LA DÉFENSE CONTRE LES TOXIQUES
Nous voyons dans l2 conflit livré entre les toxiques d’origine minérale, animale ou végétale et l’organisme intervenir sensiblement les mêmes éléments que dans la défense contre les agents animés. Et cela n’est pas fait pour nous surprendre, puisque nous savons que les microbes et parasites agissent bien plus par leurs poisons que par leur présence même. À l’immunité naturelle et aéquise correspond laccoutumance aux toxiques, qui revient à une adaptation lente de lorganisme au poison. Au cours des intoxications les moyens de défense mis en œuvre par lorganisme sont de nature cellulaire et humorale, et ici encore nous constatons que le tissu conjonctif joue un rôle de première importance. |
Quelles sont les cellules qui interviennent ? Comme des doses non mortelles de toxine tétanique déterminent chez la poule un grand afflux de leucocytes dans le sang ; comme chez une poule qui a reçu de la toxine tétanique, on retrouve bien
moins la toxine dans le sang que dans les 2xsudats provoqués aseptiquement et riches en leucocytes, Metchnikoff a pensé que la protection de l’organisme contre les toxines est assurée par les leucocytes. Le lapin résiste à des doses considérables d’atropine inoculée sous la peau ou dans le sang, mais il est sensible à l’inoculation intracérébrale ; sont-ce les leucocytes qui s'emparent du poison inoculé dans la veine ? C’est possible, car on le retrouve dans les leucocytes, dans la pulpe spléni-. que, dans la mœælle osseuse, alors qu’on n’en retrouve que des traces dans le plasma sanguin (Calmette). Lorsqu'on injecte dans le péritoine des cobayes du trisulfure d’arsenic, les particules de ce sel peu soluble sont saisies par les macrophages. Lorsqu'on injecte un sel soluble comme larsénite de potassium, dans le cas où l’animal survit, c'est dans les leucocytes que lPanalyse chimique retrouve l’arsenic (Besredka) et les lésions nécrotiques les plus graves sont centrées autour des organes hématopoiétiques. Les phagocytes absorbent les sels de plomb (Carles). Ainsi, les leucocytes et leurs tissus matriciels sont capables de résister aux poisonsminéraux comme aux poisons microbiens. D'ailleurs, leur rôle antitoxique n’est-il pas mis en évidence au cours des expériences de coloration vitale, après injection de colorants tels que le rouge Congo, le bleu trvpan, qui, sans leur intervention se comporteraient comme des toxiques ? Ici encore lorganisme utilise avec profit la fonction antixénique de ses défenseurs naturels. Les réactions celfulaires au cours des intoxications ne sont pas
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rares, et l’on n’en veut pour preuve que les réactions leucocytaires, les tuméfactions spléniques et hépatiques, les réactions des organes hématopoiétiques constatées après injection médicamenteuse de certains poisons.
L'organisme réagit également et simultanément par des modifications humorales importantes, avec les mêmes éléments que nous avons vus lors de la défense antimicrobienne : apparition d'anticorps, modifications de certains équilibres vitaux, libération de produits neutralisants, modification de ‘a tension osmotique, de l'équilibre colloïdal, etc, variables suivant qu’il s’agit de poisons cristalloides ou colloïdes. Dans cette fonction humorale, le système conjonctif réticulo-endothélial réagit de façons diverses, en intervenant dans la fabrication de précipitines, d’agglutinines, d’antitoxines, d’oxvdases, de protéases, etc., suivant la nature du toxique. Les poisons sont dilués dans le conjonctif par un œdème, qui résulte de modifications de la tension osmotique. La surcharge adipeuse des cellules spécialisées intervient. Ch. Fiessinger, Gougerot, dans des recherches sur le rôle antitoxique des graisses, ont donné des preuves nombreuses de Ia défense adipeuse. La cholestérine neutralise la saponine, la solanine, lagaricine, la vibriolysine, les lécithides du venin d’abeille et de cobra. Les lipoides neutralisent la toxine tétanique, les graisses organiques sont aptes à fixer les hémolysines, à fixer certaines sensibilisatrices et certaines agressines. Dans les intoxications lentes, le tissu adipeux augmente : ce sont les adiposités et obésités de
défense, obésité des auto-intoxications arthritiques, glandulaires, des intoxications exogènes, des infections (Carnot).
Le tissu conjonctif réagit encore par l’organisation de lésions d’élimination externe, dont la plus typique est l’eczéma. Cette lésion peut d'ailleurs alterner avec l'obésité de défense (Gougerot). Il peut également présider à l’organisation de tophi chez les uricémiques, de xanthomes et xanthelasmas chez les hypercholestérinémiques, véritables dépôts de substances dont l'organisme cherche à se débarrasser. Ce rôle défensif des tissus s’observe aussi bien dans les infections que dans les intoxications, taches rosées de la fièvre typhoïde, éruptions de la rougeole, gros œdèmes, pseudo-phlegmons des septicémies, eczéma, urticaire, érythèmes, œdèmes neuro-arthritiques, œdèmes papuleux douloureux extensifs des auto-intoxiqués, prurit et prurigos toxiques, ete. (Gougerot). Les œdèmes semblent combattre surtout les intoxications rapides, brutales, graves. L’obésité corrige les intoxications lentes et minimes. Dans les deux cas, le conjonctif a le même rôle défensif. I] devient le réservoir, le déversoir, le magasin des substances nuisibles, et cela entre tout à fait dans le cadre de sa fonction antixénique et pexique. I les brûle sous forme d’érythèmes, il les fixe tantôt sous forme d'œdème, tantôt sous forme de graisse. Enfin, dans nombreuses intoxications, le tissu conjonctif réagit par sclérose.