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CHAPITRE IT

Les méthodes de traitement et leurs bases pathogéniques

Devant l'intensité des phénomènes douloureux de la causalgie, devant leur ténacité, leur retentissement sur l’état général, tous les moyens thérapeutiques ont été mis en œuvre; la plupart, on pourra le constater, sans succès ou du moins n’amenant que des améliorations incomplètes ou temporaires.

Nous étudierons d'abord la thérapeutique empirique analgésique ; puis, la thérapeutique raisonnée reposant sur les diverses théories proposées pour éclairer la pathogénie de la causalgie.

THÉRAPEUTIQUE EMPIRIQUE ANALGÉSIQUE

A) Médication gérérale

Les médicaments dits anti-névralgiques ont été administrés par la voie interne. On s’est adressé aux opiacés, au bromure, à la valériane, à la jusquiame, à l’aconit, au salycilate de soude, à l’antipyrine, à l’aspirine. Les résultats ont été à peu près nuls. L'injection de morphine seule procure aux malades un soulagement passager.

Chaput a insisté sur la suppression des boissons alcooliques dans les formes douloureuses rebelles des blessures des nerfs.

B) Médications locales

Les médications locales n’ont pas eu un succès plus marqué. Les liniments, les pommades au salycilate de méthyle, à la

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belladone, au menthol ont été appliqués sur les régions douloureuses.

Weir Mitchell dit avoir obtenu de bons résultats par l’application de vésicatoires sur le point affecté de causalgie; il faut les continuer « quelque temps encore après une apparente guérison, car les rechutes sont fréquentes » (25, p. 303).

Dans les cas légers, il suffit de deux ou trois vésicatoires ; d’autres fois, il en faut dix ou douze. « Enfin, dans des cas très rares, l’action n’est pas seulement très lente, elle est nulle » (25, p. 303).

Par contre, l’usage de la glace sur les parties douloureuses ne peut le plus souvent être toléré longtemps.

Les pulvérisations de chlorure d’éthyle ont été aussi employées.

On a eu. recours également aux ingections hypodermiques « loco dolenti ». Weiïr Mitchell pratiquait deux fois par jour des injections de morphine « dans l'épaisseur des tissus aflectés » (25, p. 303).

Des solutions de cocaïne, de stovaïne, d'alcool ont été injectées sous la peau de la région douloureuse au niveau des points d'émergence des nerfs sensitifs dans le territoire lésé.

Les injections gazeuses locales sous-cutanées, les injections de sérum artiliciel ont été faites aussi.

Les résultats ont été décevants. |

Une place à part doit être réservée dans les médications locales pour les ablutions d'eau tiède ou froide. Cest, en effet, souvent le seul moyen de procurer aux malades un soulagement de leur douleur, d'en éviter les paroxysmes. Encore ces douleurs réapparaissent-elles dès que l’eau cesse son action. Aussi les blessés portent-ils souvent, de leur propre initiative, autour de la màin et-du pied d'énormes pansements qu'ils humectent sans cesse. Il semble d’ailleurs que ce soit uniquement l'humidité qui agisse et non la température de l’eau.

Pour éviter la macération de l’épiderme produite par les enveloppements humides sans cesse renouvelés, M. Souques a proposé le port d’un gant de caoutchouc qui, en évitant l’évaporationsdefla peau, agit par ie même mécanisme.

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Comment expliquer cette action sédative du pansement humide ?

Peut-être l'humidité agit-elle à la façon d'un isolant, en soustrayant les terminaisons nerveuses trop sensibles aux influences extérieures. Peut-être aussi le pansement humide a-t-il une action directe sur les phénomènes vaso-moteurs, que ceux-ci soient sous la dépendance des fibres du tronc nerveux lui-même ou bien des libres sympathiques qui l'accompagnent.

Le rôle de la paralysie vaso-motrice paraît, en effet, des plus nets dans les manifestations de la causalgie. Le fait que les douleurs augmentent lorsque le membre est en position déclive, qu'elles diminuent à la suite de l'élévation de ce membre, que la pression profonde en masse de la main ou du pied les fait disparaitre, que la compression des artères arrête presque instantanément les crises les plus violentes, le démontre. De même, ce sont toutes les causes capables de troubler l'équilibre vaso-moteur général (efforts, mouvements, émotions) qui réveillent les paroxysmes douloureux.

Cette vaso-dilatation continue entretient les terminaisons nerveuses dans un état constant d’irritation, eb il est fort possible que l'humidité, en diminuant cette vaso-dilatation, amène une sédation des phénomènes douloureux.

Dans le même ordre d'idées, on peut noter que le pansement sec compressif a parfois une influence calmante marquée dans les causalgies de moyenne intensité. La constriction du membre à sa racine a -élé aussi pratiquée contre la « douleur de cuisson ».

En présence du peu de succès des médications générales et locales, on a eu recours à la physiothérapie; on à cherché à en utiliser toutes les ressources.

Le massage léger, exécuté sous l’eau (Meige), a été préconisé, mais il agit surtout ainsi que la mobilisation sur les raideurs articulaires et il ne peut êlre entrepris que lorsque la douleur à déjà quelque peu rétrocédé.

L'électrothérapie à été employée avec succès dans des cas de causalgie peu intense. On emploie le courant continu : l'élec-

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trode négative est placée à l'émergence du nerf, l'électrode positive à la main ou au pied. « Il faudra porter le courant au maximum d'intensité désirable en le débitant progressivement ; il sera rarement inférieur à 50 milliampères et l'application devra durer au moins quinze minates [M!° Grunspan] (ir Ath. Benisty, 2, p. 100).

La radiothérapie a donné à MM. Cestan et Paul Descomps des résultats appréciables dans des causalgies de moyenne intensité. Ils indiquent comme technique «1 milliampère avec un tube dur rayons VIII-IX. Filtre d'aluminium de 1 millimètre. Distance à la peau de 20 centimètres. Une séance hebdomadaire d’un quart d'heure. »

Ce traitement doit être précoce.

Mais « l'intensité parfois effroyable des douleurs ne permet pas toujours d'utiliser une méthode qui, sauf exceptions, n'agit pas immédiatement et qui nécessite le transport, le maniement, l’arrangement d’un blessé chez lequel le plus léger frôlement, le moindre bruit réveillent un intolérable paroxysme » (1).

L'ionisation iodurée ou salycilée, les douches d'air chaud, les bains de lumière, la diathermie ont été aussi proposés et essayés.

En somme, de cette étude des moyens thérapeutiques empiriques employés contre la causalgie, il ressort qu’un seul est efficace, l’enveloppement humide, encore n'est-il que palliatif. Aussi a-t-on cherché à essayer des traitements vraiment curatifs basés sur une étude approfondie des symptômes de la causalgie, sur la nature des lésions nerveuses constatées, sur le mécanisme pathogénique probable des phénomènes douloureux.

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