THÉRAPEUTIQUE ANALGÉSIQUE GÉNÉRALE OU LOCALE
OBSERvATION Î
Lésion du nerf grand sciatique droit par shrapnell. — Causalgie. — Amélioration très lente.
Alphonse S..., vingt-trois ans, blessé Le 29 août 1914, à la cuisse droite par shrapnell. Entrée : au-dessous du bord antérieur de los coxal, au niveau du pli de l’aine, à 12 centimètres de l’épine iliaque antérieure et supérieure, assez exactement sur la ligne axiale antérieure de la cuisse. Sortie : face postérieure à 1 centimètre en dehors de la ligne axiale.
Ce soldat, fait prisonnier par les Allemands, a été renvoyé en France comme grand blessé.
À ce moment, 3 avril 4915, il existe encore une violente brûlure au niveau de la plante du pied, réveillée et augmentée par le rire, la toux,
les émotions, mais avec moins d'intensité qu’au début de l’affection. Les nuits sont bonnes.
Pied ballant en varus équin, orteils en flexion, mouvement de flexion du pied sur la jambe impossible; extension des orteils impossible aussi. Ankylose de l'articulation tibio-tarsienne.
Hyperesthésie de la plante du pied.
Hyperesthésie d'une partie de la face dorsale.
La pression du nerf tibial postérieur est douloureuse.
Troubles trophiques des ongles (stries).
Aspect succulent du pied qui est de coloration rouge.
A l'examen électrique D. R. pour les extenseurs.
Traitement. — Applications d’eau froide, strychnine, électricité, massage.
Quand le malade est évacué le 29 mai 1915 (neuf mois après la blessure), son état est stationnaire pour les troubles paralytiques, amélioré au point de vue des phénomènes douloureux.
OBsERvATION II
Lésion légère du nerf grand sciatique droit par balle. — Gausalgie. — Amélioration lente.
Etienne T..., trente-quatre ans, blessé le 6 octobre 1914 par shrapnell à la cuisse droite. Orifice d'entrée du projectile : face postérieure de la cuisse sur la ligne médiane, à deux travers de doigt au-dessous du pli fessier. Trajet dirigé de haut en bas, d’arrière en avant et de dehors en dedans.
Projectile enlevé à la face externe de la cuisse, à peu près en son milieu. Dès la blessure, violente douleur, impotence complète. Pas d'hémorragie.
À son entrée à l'hôpital (8 avril 1915), causalgie de moyenne intensité. Crises paroxystiques provoquées par le bruit, la toux, la chaleur, qui au début amenaient l'insomnie. La douleur est localisée à la plante du pied et dans les régions malléolaires; quelques troubles vasomoteurs.
Élévation thermique et sudation du pied droit. Troubles moteurs, trophiques et des réactions électriques peu accentués.
AQU Disparition du réflexe achilléen à droite.
Le malade est traité par l'électricité, le massage; on lui administre de l'acide arsénieux (deux granules par jour). Le 11 octobre 1915, donc un an après la douleur, les phénomènes douloureux n'ont pas complètement disparu.
OBSERvATION III
Lésion du grand sciatique droit. — Phénomènes paralytiques marqués. — Causalgie.
Abel F..., blessé le 1‘ septembre 1914, par balle, dans la cuisse droite.
Entrée du projectile : face externe, quatre travers de doigt au-dessus du condyle externe du fémur. Sortie : face postérieure de la cuisse, ligne médiane, huit travers de doigt au-dessus de l’interligne articulaire.
Douleurs continuelles avec paroxysmes causés par le bruit, l'effort, l'émotion, etc., à type causalgique; sont calmées légèrement par les enveloppements ouatés.
Paralysie à peu près complète de tout le membre inférieur.
Anesthésie du genou, de la jambe, du dos du pied.
Hyperesthésie occupant une bande étroite à la partie médiane de la face postérieure de la jambe, le talon, toute la face plantaire.
Troubles vaso-moteurs assez accentués. Atrophie du membre inférieur, abolition du réflexe achiléen à droite. Réactions électriques normales.
Les différentes médications calmantes sont employées. Le sédo/ seul a amené une disparition totale mais momentanée de la douleur.
Traitement électrique. Le bain galvanique réveillait au contraire les
manifestations douloureuses.
OBservaTION IV
Causalgie par lésion du médian. — Amélioration excessivement lente.
Eugène V..., vingt-cinq ans, blessé le 7 septembre 1914 par shrap-
nell à la partie interne du bras droit.
Orifice d'entrée : partie antéro-interne au-dessus du pli articulaire du coude. Sortie : bord interne du triceps.
Apparition de la causalgie avec tous ses caractères dès le lendemain de la blessure.
La sensation de brûlure est localisée à la paume de la main et à l'index, le médius et l’annulaire.
Troubles moteurs et trophiques peu prononcés.
Traité par les bains chauds ou froids, le pyramidon, la médication arsenicale, l’aconitine cristallisée, les bains de courant continu.
Malgré cela, un an après, le 2 septembre 1915, le malade a encore des douleurs causalgiques moins intenses, mais fort désagréables tout de même.
OBservaTION V
Commotion du sciatique poplité externe et du sciatique poplité interne gauche.
Gaston G..., blessé le 17 décembre 1914 par balle. Plaie en séton du creux poplité gauche au niveau de linterligne articulaire, intéressant les tendons du biceps et du demi-membraneux.
Paralysie totale du pied et des orteils. Causalgie violente avec localisation des douleurs au niveau du talon, dans la région péri-malléolaire interne. Zone d’hypoesthésie légère dans le territoire du sciatique poplité externe. Pied cyanosé avec sudation exagérée, retard de la croissance des ongles. Hypertrichose. Atrophie musculaire du triceps sural. Abolition des réflexes plantaire et achilléen à gauche.
Les douleurs ont été traitées successivement par les calmants internes; traitement local au salycilate de méthyle et frictions à l'alcool mentholé n’amenant qu’un soulagement'passager.
Le 28 juin 1915, les douleurs n'avaient pas disparu.
OBsenvarion VI
Causalgie cubitale droite sans griffe cubitale. — Guérison de | la causalgie
Alexandre C..., trente-deux ans, blessé le 17 septembre 1914. Plaie
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du bras droit par balle. Entrée : bord antérieur du deltoïde près de la pointe, à 11 centimètres de l'acromion, à 18 centimètres de l’épicondyle. Sortie: bord interne du bras à 7 centimètres de l’épitrochlée. Fracture incomplète de l’humérus.
Les douleurs n’ont apparu que quelques jours après la blessure seulement; le malade a été opéré à Biarritz pour extraction des débris du projectile et nettoyage du foyer de fracture.
Les douleurs de brülure siègent à la région palmaire interne de la main (territoire du cubital) et sont exacerbées par les émotions, les surprises, les ébranlements, la chaleur. Les crises sont d’une intensité moyenne.
Les mouvements de l’avant-bras sont possibles, mais limités par la douleur; mouvements du poignet normaux; à la main, mouvements d’adduction du pouce très diminués. Les mouvements de flexion de la 3° phalange des 4° et 5° doigts sont abolis. Le médius, l’annulaire et l’auriculaire sont écartés les uns des autres sans pouvoir se rapprocher. Anesthésie du bord interne de la main. |
Troubles vaso-moteurs marqués (cyanose, augmentation de la sudation). Hypertrichose. Troubles trophiques.
L'évolution est spontanée vers l’amélioration ; le 19 juin il n’y a plus de douleurs vives, à peine un peu de brûlure sur le bord cubital de la main et à intervalles éloignés ; il persiste encore une légère parésie du petit doigt et un état d’anesthésie de la région cubitale. Malade évacué le 21 juin pour convalescence. Causalgie pouvant être considérée comme guérie.
En résumé, atteinte probablement très légère du cubital avec phénomènes parétiques légers, anesthésie de la zone cubitale à la main et causalgie de faible intensité. Evolution spontanée vers la guérison. Cette observation confirme le fait que les causalgies du cubital sont en général moins sérieuses que celles du médian ou du sciatique.
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OgsEervarTion VII
Causalgie du pied gauche. — Injections de cocaïne répétées. — | Amélioration marquée.
Eugène V..., blessé le 3 septembre 1914, par shrapnell à la cuisse gauche. Orifice d'entrée : face postéro-externe de la cuisse à l'union du tiers supérieur avec le tiers moyen. Orifice de sortie : face interne de la cuisse, à 11 centimètres au-dessus de linterligne articulaire du genou. Douleur au moment de la blessure, plus violente au bout de trois semaines (cicatrisation terminée), localisée à la face plantaire et sur le bord interne du pied, vers le milieu du 1° métatarsien. Cinq à six crises par jour provoquées par le bruit, les mouvements; calmées par les pédiluves chauds.
La pression du sciatique poplité externe est douloureuse, ainsi que celle des masses musculaires au niveau du mollet.
Troubles moteurs, trophiques et vaso-moteurs très peu accentués.
Après l’échec des médicaments calmants, on se décide à faire à ce malade de la morphine, puis on y ajoute des injections de 1 centimètre cube de cocaïne au niveau du 1° espace inter-métatarsien (face plantaire), injections répétées à des intervalles de quelques jours. Les douleurs s’atténuent et disparaissent progressivement.
Le 25 janvier, le malade peut marcher à l’aide de béquilles ; le 26 février, avec une canne ; le 25 mars, il marche sans appui. La guérison peut être considérée comme à peu près complète; le malade estenvoyé en convalescence le 5 avril 1915.
En résumé, atleinte probable légère du sciatique gauche : causalgie de moyenne intensilé, à peu près complètement guérie au bout de sept mois.
OgservarTion VIII
Plaie de la cuisse gauche par balle. — Causalgie. — Amélioration passagère par les injections de cocaïne.
Georges D..., blessé le 24 août, par balle à la cuisse gauche. Orifice d'entrée : face antérieure de la cuisse, 20 centimètres du pli de laine
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Orilice de sortie : 42 centimètres au-dessus du milieu du creux poplité. Causalgie du pied. Douleurs localisées surtout dans la région dorsale externe.
Le pied n’est ni tombant, ni ballant.
Flexion et extension du pied sur la jambe d’abord abolies, réapparaissent après un traitement électrique. Les mouvements d'abduction et d’adduction du pied restent nuls.
Hypoesthésie de la région plantaire.
Existence de troubles vaso-moteurs et trophiques.
En somme, atteinte probable légère du tronc du sciatique gauche.
Des injections de cocaïne (1 centigramme) pratiquées sur le trajet du nerf tibial postérieur ont amené de légères améliorations des phénomènes douloureux; mais cette sédation n’a duré que quelques jours.
OBsERvATION IX
Blessure à la partie moyenne du bras droit sans fracture. — Causalgie violente. — Echec des médications internes et des injections sous-cutanées de cocaïne sur le trajet du nerf. — Amélioration très lente.
Soldat V..…., vingt et un ans, blessé au bras droit, par shrapnell, le 2 septembre 1914.
Orifice d’entrée : face antérieure du bras, au milieu du biceps, à 10 centimètres du pli articulaire du coude.
Balle extraite à la face postérieure du bras, au niveau du bord interne du triceps.
Douleurs brülantes ressenties à la paume de la main et dans les trois premiers doigts, avec crises paroxystiques causées par le bruit, le mouvement, etc.
Les mouvements de flexion et d'extension sont très diminués au pouce, à l'index, au médius ; les mouvements d'opposition du pouce sont supprimés. |
Hyperesthésie au contact et à la piqûre (face palmaire de lPindex ct éminence thénar).
Hypoesthésie dans le reste du territoire de l'innervation du médian à
la main.
LTD ASE
Pas dé troubles trophiques ni vaso-moteurs.
On essaie sans succès contre la douleur l’aconit, le sulfate de strychnine, le pyramidon, la quinine.
Une injection sous-cutanée de cocaïne sur le trajet du médian ne donne qu’un calme de plusieurs heures.
L’eau froide seule a une action favorable.
Plus d’un an après sa blessure (7 septembre 1915), les phénomènes
douloureux, bien qu’atténués, persistaient encore.
OBSERYATION X
Plaie par balle, face postérieure du genou gauche. — Gausalgie par lésion du sciatique. — Injections de cocaïne répétées. — Amélioration passagère.
Joseph M.., vingt-six ans. Blessé le 8 septembre 1914, par balle à la cuisse gauche. Orifice d'entrée : côté externe de la cuisse sur un point qui répond en hauteur au sommet du losange poplité. Trajet oblique en bas, en dedans, un peu en arrière. Orifice de sortie à 1 centimètre audessus de l’interligne articulaire entre les tendons du demi-tendineux et du demi-membraneux (probablement lésé).
Signes de parésie du pied gauche. Douleur violente à type causalgique avec troubles vaso-moteurs et sudoraux. Anesthésie de la zone plantaire externe.
Injections de cocaïne pratiquées au niveau de la tête du 1° métatarsien, puis sur le trajet du nerf. Action sédative de ces injections irrégulière ou passagère.
Le 10 juin 1915, étant donnée la persistance des troubles moteurs et
surtout des phénomènes douloureux, le malade est proposé pour la réforme.
OBservaTioN XI
Ga usalgie du membre supérieur par lésion du médian droit; traitée sans succès par les médications analgésiques géné-
rales et les injections cocaïnées au niveau du tronc du médian.
Caporal Louis B..., blessé au bras droit par balle le 22 août 1914.
LP 5/0 Vers
Orifice d'entrée à 4 centimètres au-dessus du pli du coude, face interne. Trajet horizontal. Orifice de sortie : bord interne du triceps.
Causalgie immédiate et violente. Parésie des fléchisseurs du pouce et de l'index. Mouvements d'opposition du pouce impossibles.
Hyperesthésie marquée au contact et à la température des faces palmaire et dorsale de la main. Pas de troubles vaso-moteurs ou trophiques importants.
Les douleurs ne sont calmées ni par l’antipyrine ni par le pyramidon, et simplement soulagées par des bains tièdes de l’avant-bras et de la main.
Echec des injections de cocaïne au niveau du tronc du médian au bras, elles ne procurent qu'une sédation de quelques heures.
L'injection de cocaïne au niveau du tronc du médian au poignet détermine une accalmie passagère.
Plus d’un an après, en septembre 19145, le malade souffrait encore de causalgie.