‹ Contribution à l'étude du traitement chirurgical de la constipation chronique par la méthode conservatriceChapitre 9 sur 25 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Notions Générales

La constipation chronique est une affection particulièrement répandue chez les races civilisées, chez les individus sédentaires, plus que chez les personnes vouées à une exisience active, et surtout fréquente chez les femmes.

Est-ce là un méfait de la civilisation ? Pour une grande part, peut-être, mais pas uniquement.

Sir W. Arbuthnot Lane, auteur d'ouvrages magistraux sur la stase intestinale chronique, accuse en particulier la station verticale d’être, dans l’espèce humaine, la cause de la chute des viscères abdominaux, origine de cette affeçtion, car, l’homme primitif étant fait pour marcher à quatre pattes, ou tout au moins le corps très incliné en avant, cette position serait la seule idéale pour la suspension uniformément répartie de ses organes dans l’abdomen.

On pourra ‘objecter que, depuis que l’homme est bipède, tous les individus ne sont pas des ptosés, et que ces derniers sont même l'exception. |

Néañmoins, on ne doit pas rejeter l'influence exercée par la civilisation sur l’origine de la constipation.

Mais il faut surtout l’accuser du manque d'hygiène ‘et

de plein air, cause de la faiblesse physique trop fréquente chez les civilisés, et du défaut de la tonicité musculaire, qui donne à l’homme robuste une paroi intestinale active, une sangle abdominale bien musclée, soutenant puissamment son intestin et l’empêchant ainsi de se ptoser.

Chez les femmes, le port d’un corset défectueux comprimant et abaissant ses viscères, les grossesses dilatant et affaiblissant sa paroi abdominale, seraient des facteurs importants de l’étiologie de la stase intestinale chronique.

La Pudeur, fille de la civilisation, est largement responsable aussi de la mauvaise éducation de l’intestin. Le citadin ne peut guère satisfaire la nature où et quand bon lui semble : il attendra de pouvoir s’isoler dans un appartement spécial à cet usage et, réfrénant ses besoins, il émousse la sensibilité de son rectum au réflexe de la défécation; son côlon, progressivement dilaté, perd sa tonicité, et, peu à peu, la constipation habituelle s'établit.

Combien de jeunes collégiens, rebutés par la saleté des latrines de l’école, ou préférant jouer plutôt que d’attendre que les cabinets soient libres, restent une semaine entière sans aller à la selle. | |

Mais, parmi ces constipés, hypotoniques ou gens débiles, il en est toute une catégorie dont la constipation est restée rebelle à tout traitement médical : laxatifs, lubréfiants, physiothérapie, hygiène, gymnastique rationnelle, électro et hydrothérapie, rééducation intestinale, rien n’a pu les guérir. |

Intoxiqués par la stagnation de leurs matières fécales dans l'intestin, déprimés physiquement et moralement, neurasthéniques obsédés par leurs souffrances, ce sont des malheureux qui cherchent avidement le médecin qui, en les guérissant, les libérera de l’esclavage des purgatifs et des clystères.

Les progrès de la radiologie nous ont permis de déceler la cause de leur mal : membranes et brides péritonéales,

die

étranglant, coudant et fixant en position vicieuse leur gros intestin, forment ainsi autant d'obstacles à la progression des matières fécales et ont créé la stase intestinale chronique. Ces malades peuvent être guéris chirurgicalement. Diverses méthodes ont été employées : dérivations, colectomies partielles ou totales, colopexies, section des brides et adhérences.

Nous exposerons plus loin les indications, les avantages et les inconvénients de ces opérations.

Mais le but de notre thèse est de prouver les grands avantages de la méthode conservatrice, en nous basant sur les résultats prouvés par de nombreuses observations dues à l’obligeance de M. Rudelle, qui a bien voulu nous les communiquer.

Lorsque le gros intestin est coudé, étranglé par des brides ou membranes formant obstacle à la circulation des fèces, n’est-il pas plus rationnel de chercher à le libérer, chaque fois que cela est possible, plutôt que de supprimer un organe très utile à l’économie de nos fonctions digestives.

La colectomie est une opération toujours mutilante, qui, en guérissant le malade de sa constipation, risque de lui occasionner la diarrhée, inconvénient contraire aussi redoutable.

Enfin, la mortalité, peu élevée sans doute, grâce à l’habileté de nos chirurgiens, est cependant assez importante pour n’être pas négligeable et doit ne faire recourir à la colectomie que lorsque les parois propres de l'intestin sont irréparablement lésées, au point d'indiquer formellement cette opération.

Les dérivations, solution intermédiaire, ont l’inconvénient d’exposer le malade au reflux des matières et des gaz, dans le cul-de-sac ainsi formé. I se crée une nouvelle stase cœco-ascendante ou de tout le côlon, rendant aïnsi la colectomie indispensable.

. Les cœco et colopexies, excellentes en principe, mais. souvent difficiles à réaliser en raison de la longueur du segment à fixer sur un espace trop réduit, sont très discu-, tées par bien des chirurgiens éminents.

Les sutures faites sur une paroi cœco-colique trop fragile cèdent souvent, et le cœco-côlon redevient libre dans la cavité abdominale. Cependant, les fixations ont leurs indications très précises dans les cas de cœcum mobile et très dilaté. Dans ces cas, après la libération des brides de péricolite, la cœcoplicature et la cœco-colopexie jusqu’à l'angle hépatique avée des fils de lin non résorbables donnent de très bons résultats. Mais la cœcopexie du transverse, en raison de la longueur de ce segment de côlon, n’est pas à tenter.

Sans condamner toutefois avec intransigeance les diverses méthodes de colectomies ou de dérivations, qui ont parfois leurs indications absolues, on ne doit les en. ployer qu'avec une circonspection extrême et recourir de préférence à la simple libération du gros intestin dans la cavité abdominale avec ou sans pexie.

Dans l’immense majorité des cas, le gros intestin ptosé, dilaté, reprend rapidement sa tonicité normale, souvent même sous les yeux de l’opérateur, et promptement au cours de la convalescence, avec l’aide d’un petit traitement médical, le cours des matières se rétablit avec une régularité étonnante.

Donc, à moins de lésions grossières évidentes de la paroi intestinalé, il est préférable de pratiquer la simple libération des anses du gros intestin ; on est toujours à temps de pratiquer lopération de la dérivation ou de la colectomie si la première a échoué, ce > qui, je le répète, est extrêmement rare |

Les observations que nous publions à la fin de cet

ouvrage seront l’argument le plus éloquent en faveur de cette méthode.

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