HISTORIQUE
Sans vouloir entrer dans les détails de la partie historique de la taille, nous rappellerons que cette interven- : tion était déjà connue d'Hippocrate. Celse, plus tard, attacha son nom à un procédé qui resta longtemps en honneur ; cependant dans les premiers siècles de notre ère, nous ne trouvons pas d'exemple de malades traités par la taille ; il est vrai qu’alors on réservait cette intervention sur la foi d'Hippocrate.
Ce fut en 1561 que Franco rompit avec les traditions : il opéra pour une « grosse pierre » un enfant de deux ans qui guérit.
Depuis lors, les exemples se multiplièrent, et il faut penser que la taille fût en grand honneur puisque nous trouvons, en 1771, un ouvrageen quatre volumes sur les indications et procédés pour la taille. Si l’on songe aux difficultés auxquelles devaient se heurter les praticiens de cette époque, aux risques qu'ils faisaient courir au patient, nous pouvons juger par l'importance de l'ouvrage du cas qu’ils faisaient de cette intervention.
Cette opération continua à être pratiquée, mais
jusqu'alors, elle avait toujours eu pour but l'extraction de pierres trop volumineuses pour pouvoir être extraites autrement.
C’est en 1856 que Sédillot recourut le premier à cette méthode pour vaincre une rétention d'urine qui n'avait cédé à aucun autre procédé.
Son exemple n'avait pas été suivi jusqu'à 1889. Poncet faisait alors paraître dans le Lyon médical un article qui relatait les bons effets de la taille en cas de rétention.
: Vers la même époque, un chirurgien américain, Mac- Guire de Richmond publiait des résultats analogues. |
Cette nouvelle voie ouverte, les travaux se multiplièrent dans ce sens. Sous l'influence du chirurgien lyonnais, ses élèves publièrent les résultats heureux qu’il obtenait et l’un d'eux, devenu un de ses collaborateurs, rapportait encore dernièrement le résultat de 114 observations.
En 1893, Routier et Audry, les premiers, appliquaient la taille à la cystite aigue consécutive à la blennorrhagie ; le premier cas d'Audry mérite, du reste, d’être signalé en ce sens que le malade traité par la taille vit sa cystite s'améliorer et guérir, alors que l'écoulement reparut après. cette amélioration et ne céda qu'à une série de lavages.
Cette intervention donna idée d'appliquer le procédé aux Cystites d’une autre origine.
Aussi, au Congrès de chirurgie de 1894, MM. Tufñer, Mougeot, soumettaient-ils aux membres un certain
FAURE nombre d'observations qui donnaient lieu à une discussion fort intéressante.
Depuis, l'intervention par la taille a eu ses partisans, tandis que d’autres chirurgiens conservèrent une prédilection marquée pour le sondage. Aussi, dansles cas d'infection vésicale, sauf dans les cystites douloureuses et les cystites rebelles à tout autre traitement, la taille n'est-elle envisagée que comme une opération d’'exception.
Il faut avouer que les résultats qu'on avait obtenus jusqu'alors étaient loin d’être satisfaisants; mais nous arrivons là à la question que M. le Docteur Picqué avait bien mise en évidence au Congrès d’urologie de 1898 et qui avait été reprise par un de ses élèves, M. Martial Lagrange dans un travail dont le nôtre n’est guère que le complément; c’est la question du moment de l’intervention. En effet, les malades qui avaient été soignés par la taille étaient-ils dans des conditions favorables? N'y aurait-il pas lieu d'établir dans les infectés un certain nombre de catégories ? Les résultats ne seront-ils pas totalement différents selon l’état du malade et les progrès du mal ? |
Ce sont ces conditions essentielles sur lesquelles M. Picqué a insisté et que nous aurons à préciser de nouveau.
Les observations que nous avons recueillies nous permettent, croyons-nous, d'indiquer alors quand l'opération pourra être suivie de succès, de chance de succès ou dans quels cas l’abstention sera préférable.
Avant de présenter ces observations nous dirons quel-
AU ques mots de l'infection vésicale et des traitements qu’on y applique; nous entrerons ainsi dans le corps de notre sujet, puisque force nous est de rappeler les discussions auxquelles a donné lieu le procédé dont nous voulons relater les effets.