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TRAITEMENT PAR LES MÉDICATIONS INTERNES

Des considérations ci-dessus, sur les inconvénients et sur l’inefficacité relative du traitement local, nous pouvons conclure avec Augagneur que « le problème consiste à trouver une substance gonococcide et à l’introduire dans la profondeur des tissus, partout où se cultive le gonocoque. Il est évident que cette mise en contact de l'agent antivirulent avec le virus ne peut se faire par la voie urétrale, après ce que nous venons de rappeler sur la situation du microbe pathogène dans la paroi urétrale. Le procédé chirurgical doit céder le pas au procédé médical : le véhicule du médicament sera l'appareil circulatoire après introduction par la voie gastrique. » (Augagneur).

Deux groupes de substances tendent à réaliser ce but ce

sont les balsamiques et les antiseptiques internes.

$ 1. — Les balsamiques

Le traitement interne de la blennorragie par les balsamiques, copahu, cubèbe, santal, était universellement

ASS pPOGE prescrit, il y a peu d'années, et compte encore de nombreux partisans.

Ils exercent leur influence par l'intermédiaire de l'urine chargée de l'huile et de la résine qui les constituent. La démonstration de leur action locale a été faite par Ricord qui a vu des individus avec une large fistule urétrale laissant passer l'urine en entier, et une blennorragie siégeant à la fois en decà et au delà de la fistule guéris, sous l'influence des balsamiques, de leur blennorragie profonde, tout en conservant la blennorragie de la partie libre du canal située au-devant de la fistule, c'est-à-dire de celle qui, n'ayant pas été traversée par l’urine chargée des principes actifs du balsamique, n'avait pas pu en éprouver l’action directe. |

Mais à côté de ces effets heureux sur la blennorragie tous les balsamiques ont de tels inconvénients que l’on est souvent contraint d'en interrompre l'administration. Aucun n'a échappé à de justes et sévères critiques.

I. — Le copahu. — Suc oléo-résineux qui provient d'incisions pratiquées sur le tronc de plusieurs arbres de la famille des légumineuses. Il passe pour un des meilleurs balsamiques. Augagneur le prescrit dès le début de la blennorragie. Il cause cependant bien des désagréments.

À doses thérapeutiques il agit comme irritant du tube gastro-intestinal, provoque des nausées, des vomissements, des coliques et de la diarrhée, de l’inappétence. Il s’élimine partiellement par la voie pulmonaire et la peau. L'élimination par les voies respiratoires communique à l'haleine une odeur caractéristique « haleine plus redoutée

par celui qui l’exhale que par celui qui la flaire » ‘Gü-

bler). L'élimination par la peau donne aux sueurs une odeur caractéristique, elle a quelquefois aussi pour effets de provoquer une éruption cutanée qui peut revêtir diverses formes : érythème, roséole, papules, miliaire rouge, éruptions scarlatiniformes.

Enfin son action sur le rein est peut-être nocive et peut donner lieu à des urines albumineuses et sanglantes. « On rencontre souvent, dit Fournier, des douleurs rénales assez vives dans le cours de la blennorragie, mais elles tiennent à une des causes que voici. Ou bien, ce sont des douleurs prodromiques d’une épididymite ou d’une orchite, ou bien elles tiennent à l’action du copahu sur le rein. Les dernières sont quelquefois très vives, intolérables et nécessitent la suppression du traitement. Du reste elles cessent aussitôt qu'on interrompt l'administration du copahu. »

Trousseau et Pidoux, dans leur Traité de Thérapeutique, s'expriment ainsi. « Le copahu est un remède utile. Toutefois il échoue trop souvent dans le traitement de la blennorragie. Disons aussi que lorsqu'on s'opiniâtre dans son emploi, les malades finissent par contracter des dyspep-

sies et des gastrites d’une curation très difficile... Les malades qui prennent longtemps du copahu maigrissent,

pâlissent etconservent souvent trop longtemps les traces trop durables de cette sorte d'intoxication. »

IT. — Ze cubèbe. —Le cubèbe ou poivre cubèbe, fruit desséché du Piper cubeba a à peu près les mêmes effets que le copahu, mais est mieux toléré. Il peut cependant irriter les voies urinaires et provoquer des douleurs lombaires,

parfois de l'hématurie.

Pris à haute dose, il détermine une soif vive, une sen-—

Re

sation de chaleur à l’épigastre et de la céphalalgie. Sur l'appareil pulmonaire il n’a que peu d’effets et provoque très rarement sur la peau une légère éruption érythémateuse.

IT. — Le santal. — Le santal est un des balsamiques les mieux tolérés, mais son action antiblennorragique est très variable. Nous verrons plus loin ce qui explique cette variabilité dans les effets thérapeutiques.

Par distillalion du santal blanc on obtient une huile volatile, liquide oléagineux, limpide, presque incolore, à peine ambré. La densité de cette essence est de 0,85, elle bout à 288 degrés, dévie à gauche le plan de polarisation de la lumière est presque insoluble dans l’eau, soluble dans l'alcool, l'éther et le chloroforme.

Le bois de santal en nature appartient à une très ancienne thérapeutique ; il paraît avoir été très en honneur chez les Arabes qui le connaissent sous le nom de Sandal, mot que l’on a fait dériver de l'indou chandana, laissant à supposer que les prâtres de l'Inde auraient, longtemps avant les peuples orientaux,connu et utilisé les propriétés du bois de Santal. (Dictionnaire Dechambre.)

La médecine arabe le donnait en décoction et nos vieilles pharmacopées, héritières des formules des Arabes donnaient ce bois comme un sudorifique.

«Ce n'est pas dans l’héritage des Arabes civilisés que nous avons trouvé l'usage du santal, c'est dans la pratique empirique des naturels d’Amboine (iles Moluques). C'est d’eux que vint, en Hollande, la connaissance d’un secret très usité contre une maladie qui parait être particulièrement fréquente aux îles Moluques, la blennorragie.

Le D' Rumphius, d'Amsterdam, en 1750, recueillit la

recette de quelques-uns de ces voyageurs comme la Hollande en comptait tant alors et déclare que « Santalum contritum ac per multos dies cum aqua propinatum curavit æque feminis ac viris gonorrheam virulentam ». (Dictionnaire Dechambre).

Retiré de l'oubli en 1866 par Henderson, le santal fut dès lors employé sous forme d’essence retirée par distillation du bois de santal. Pour Henderson l'essence de Santal est un médicament inoffensif, agrtable aux malades et exerçant sur l’estomac une action stimulante ; il ajoutait avoir toujours observé au bout de quarantehuit heures une amélioration réelle de la blennorragie, et il regardait ce médicament comme beaucoup supérieur au

copahu et au cubèbe.

Peu de temps après, Panas résumant une quinzaine

d'observations favorables, recommandait à la Société de Chirurgie l'emploi du santal.

Le santal cependant a très souvent des inconvénients sérieux. S'il ne provoque pas comme le copahu des accidents cutanés ou pulmonnaires, son action sur l’estomac est souvent nocive, enfin il provoque souvent, comme les autres balsamiques, des douleurs lombaires et de l’albeminurie.

Donc, à côté de ses propriétés gonococcides réelles, le santal a un double inconvénient, sa grande variabilité dans ses effets, son action nocive sur le rein.

Ce double inconvénient nous parait tenir à deux causes :

En premier lieu le santal n'est pas un corps simple, mais un composé de produits multiples et variables.

D'autre part l'essence est fréquemment falsiliée ; on

ajoute, en effet, aux essences de santal de l'huile de ricin, de l'essence de cèdre, de l’essence de copahu, du baume de gurjun. Tous ces produits sont une source d'inefficacités qui s'ajoute à celle due à la variété d'espèces de bois employés.

Aussi y a-t-il intérêt à substituer à ce produit complexe et si souvent falsifié un corps chimiquement bien défini qui parait être le principe actif de l’essence de santal, le santalol.

IV. — Le santalol$.— Chapoteaux, le premier, en 1882, montre que l'essence de santal est composée principalement, 30 à 90 0/0 suivant les essences, d’un corps à fonction alcoolique le santalol C“H:‘0, qui est un alcool sesquiterpénique.

Parry, en 1895, donne une méthode de dosage du santalol. |

Schimmel (1) perfectionne la méthode de dosage et donne le premier un mode d’extraction de cet alcool : on chauffe l’esserice de santal pendant une heure au bainmarie à 80 degrés avec une quantité équimoléculaire d'anhydride phtalique et de benzol, on agite les éthers formés avec de la soude, on dissout dans l'eau, on régénère les alcools en saponifiant par de la potasse alcoolique, on lave et on rectifie par distillation.

Soden et Müller (2) ont estrait de l'essence de santal le

santalol CH", mélange d'alcools isomériques et lévogyres

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