TRAITEMENT LOCAL
« Jusqu'à un temps très rapproché, jusqu'à ce que les résultats de l’antisepsie en chirurgie aient indiqué une voie nouvelle pour le traitement des maladies infectieuses, la blennorragie était justiciable des procédés banaux dirigés contre l’inflammation, quel qu’en fût le siège. En agissant ainsi, les antivirulistes étaient logiques, puisque la blennorragie était, à leurs yeux, le résultat d’une cause quelconque d'irritation. Leurs doctrines, contestées en théorie par quelques-uns comme Diday, Rollet, s'étaient imposées à la pratique de ces adversaires. Le traitement prétendu antiphlogistique était la base de la thérapeutique antiblennorragique.
« Les prescriptions de Diday étaient restées classiques, presque jusqu’à nos jours. Tant que la douleur, les phénomènes fonctionnels étaient ceux de la période d'état, il fallait « laisser couler ».
« Le malade était gorgé de prétendus émollients, tisanes abondantes et variées, il prenait des bains fréquents,
ne buvait que de l’eau, mangeait à peine. Après trois semai-
nes environ, la période de déclin se dessinait, Diday se décidait alors à couper l’écoulement.
« Des balsamiques à l'intérieur, des injections astringentes devaient pourvoir à cette indication.
« Depuis Diday, la découverte du gonocoque, les bienfaits très exagérés des préparations antiseptiques en chirurgie, devaient modifier la thérapeutique de la blennorragie. Fatalement le médecin devait tenter de traiter le canal suppurant comme une plaie quelconque par l’application d'agents microbicides sur toute la surface infectée. Cette conception fit reléguer à l'arrière-plan les médicaments, les balsamiques ; les topiques furent seuls considérés comme répondant, par leur action, à la conception pathogénique de la blennorragie. » (Augagneur et Carle, Précis des Maladies vénériennes.)
Le traitement local peut être abortif ou curatif suivant le moment où le traitement est commencé. Diday distingue à ce point de vue deux états, l’état abortable et l’état irrépressible. Dans le premier état on peut songer à enrayer brusquement l'infection, à la supprimer, lorsque la blennorragie est au premier jour de la période de début. Passé ce délai, la malade passe à l’état irrépressible ; à ce moment, d’après Diday, il n’y a aucune intervention thérapeulique capable d'arrêter l'intervention blennorragique.
Le traitement abortif a été préconisé par Diday (1) et fortement défendu par Janet (2). Deux méthodes se pro-
1. Dinay. « Traitement local antiparasitaire de la blennorragie. » Lyon médical, 1884 et Bulletin médical, 1891. 2. Jaxer. Annales de Dermatologie, 1896.
posent de faire avorter la blennorragie. L'une, la plus ancienne, est la méthode des caustiques à doses fortes (injection de 6-7 centimètres cubes de nitrate d'argent à 5 0/0 — instillation de 10 centimètres cubes d’une solution de sublimé au centième). L'autre méthode, dite de Janet, emploie les antiseptiques à doses faibles et fréquentes (nitrate d'argent, sublimé, salicylate de soude et surtout permanganate de potasse dont les recherches de Janet ont contribué à affirmer la supériorité).
En pratique, les occasions de recourir à l’abortion sont très rares, puisque l’avortement ne peut être réalisé, à proprement parler, que tant que la blennorragie n'est pas cliniquement constituée, c'est-à-dire tout à fait au commencement de la période de début. «Il est encore temps, dit Diday, si la faible sécrétion est à peine colorée et plutôt muqueuse que purulente ; si les bords du méat, non tuméfiés, sont à peine teintés d’une rougeur érythémateuse. Tout au contraire, la sécrétion fournit-elle, dans l’espace de deux ou trois heures une goutte bien formée, ce liquide est-il purulent ; le pourtour du méat offre-t-il le plus léger degré de gonflement œdémateux, il est déjà bien tard. »
Or, il est rarement donné au médecin d'observer la vraie blennorragie à cette phase de son évolution et, quand on trouve un écoulement de quelque date sous cette forme muqueuse, il est fort probable qu'il s’agit d’urétrite simple non gonococcique et que ce sont là presque les seules chaudepisses où le nitrate d'argent et le sublimé exercent une action abortive.
Enfin, de l’aveu même de son promoteur, siles moyens
suppressifs d'emblée produisent quelquefois une amélioration immédiate, ils conduisent la plupart du temps à la chronicité.
Une fois la blennorragie arrivée à la période d’état, le traitement local peut être pratiqué de deux manières, soit par les injections, soit par les grands lavages de l’urètre. Avant l'emploi des grands lavages, on se servait uniquement d'injections, surtout de la solution de sulfate de zinc
préconisée par Ricord et dont la formule est la suivante :
SUÉALE UE ZINC ART RER 4 CANIN RE RTE PAR ACER 2 Tenturerdecaichou er ee
aà 3 Laudanum de Sydenham...........
Eaudetroses CARE re 200
Depuis la découverte de Neïisser on à utilisé un grand nombre de substances antiseptiques parmi lesquelles le permanganate de potasse a conquis la préférence des praticiens. On a employé également la résorcine, le sulfate de quinine, l’ichthyol, l'acide picrique, le sous-nitrate de bismuth, les différentes préparations organiques d’argent, l’argentamine, l’itrol, le protargol surtout, fortement défendu par Neisser.
Les grands lavages de l’urètre, permettant d'atteindre le canal dans toute son étendue, sont aujourd'hui préférés aux injections. Les mêmes agents antiseptiques utilisés dans les injections peuvent servir aux lavages. Cette méthode des grands lavages, tant vantée au début par
ceux qui l’ont préconisée, n’a pas donné dans tous les cas
To —
des résultats très heureux et l’on peut faire à cette méthode des grands lavages, comme d’ailleurs à toutes les méthodes qui veulent traiter la blennorragie par l’application directe sur l’urètre de substances modificatrices et antiseptiques, les critiques suivantes :
1° I! est impossible de traiter la blennorragie au début d'une manière efficace. En dehors des circonstances extrêmement rares, où le malade arrive dès les premiers jours de sa blennorragie, l'expérience a montré qu'il fallait, pour entreprendre un traitement local, attendre la disparition de l’état aigu. Le vieux traitement méthodique, antiphlogistique d'abord, puis lavages, s'impose de nouveau à la majorité des praticiens. Finger, recommandant de n’employer le traitement local que lorsque la blennorragie a dépassé son acmé, base sa ligne de conduite sur l'opinion suivante : linflammation et la suppuration sont des phénomènes de défense et il ne faut point enlever à la nature ses armes de médication. Il serait plus exact de dire que nous sommes désarmés en présence des accidents aigus du début ; __ 20 La méthode antiseptique, en particulier la méthode des grands lavages, nécessite un traitement de longue duree, que le malade ne peut pratiquer sur lui-même sans dangers.
3° Tous les traitements locaux ne peuvent que laver l'urètre, de l'extérieur vers l’intérieur, d’où les dangers de transports des germes pathogènes de l’urètre antérieur, où ils sont primitivement localisés, vers l’urètre postérieur. L'on voit très souvent les grands lavages déterminer des
poussées congestives du côté de l'urètre postérieur, ame-
ner les douleurs, la pollakiurie, tout le cortège symptomatique de l’urétrite postérieure aiguë. Guiard a vu souvent la rétention, la prostalite et l’orchite directement déterminées par les grands lavages.
4 D'autre part, l’on sait qu’à la période de déclin de la blennorragie, au moment de l'élimination terminale des gonocoques, le microscope montre une prédominance de cellules épithéliales sur les globules purulents, il s’agit donc à ce moment d’une mue épithéliale plutôt que d'une
| suppuration. La continuation systématique des grands
lavages peut, en augmentant la desquamation épithéliale, contribuer à prolonger cet écoulement muqueux et à faire croire à une non guérison du processus infectieux.
5° Enfin et surtout la méthode locale antiseptique, si séduisante en théorie, est en contradiction avec nos connaissances anatomo-pathologiques et, en particulier, avec les notions que nous possédons des localisations du gonocoque. « Le gonocoque n'est pas établi en surface ; trèsrapidement il pénètre les couches épithéliales, s'introduit dans les mailles du tissu conjonctif sous-épithélial et dans les lacunes el les vaisseaux lymphatiques. Un courant liquide traversant l’urètre ne peut avoir aucune action directe sur les micro organismes profonds. Que dans les premières heures de l'infection, quand la migration du gonocoque en profondeur n’est pas encore effectuée, le lavage puisse supprimer l'infection parce qu'il entre en contact avec la tolalité des éléments infectés, c’est possible, mais plus tard l'agent antiseptique n’atteint qu'une quantité insigniliante, la moins tenace, des organismes virulents. » (Au-
gagneur, loco citato.)