CHAPITRE IV
Différents manuels opératoires des scarifications
Dans le chapitre 1v et v du traité #epi ébiss d'Hippocrate, nous trouvons la première mention du traitement des granulations par les scarifications et la cautérisation. Voici comment s'exprime Hippocrate « Lorsque vous aurez à scarifier les paupières de l’œil (Eva), faites-le d'abord avec un cautère fusiforme en bois (ærpexrx), autour duquel vous aurez roulé de la laine de Müilet pure, et faites attention de ne pas toucher la prunelle de l'œil (stégw»). » L'auteur grec recommande encore de ne pas pratiquer les scarifcations trop profondément et trop près du bord libre des paupières, cette manœuvre pouvant oblitérer les conduits dans lesquels passent les cils.
Galien ne cite comme traitement raaical des granulations (aspritudines, scabrities), que les scarifications.
Nous n'avons trouvé aucun renseignement sur l'emploi de cette méthode jusqu'au commencement du xvue siècle, époque où Jean- Thomas Woolhouse,
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oculiste de Jacques II, établi à Paris, exploitait le passage du livre hippocratique relatif aux scarifications pour en faire un secret charlatanique. Mais pour lui arpaxros ne signifiait pas fuseau, mais était employé pour atpaxruds, chardon à foulon dont la tête avec ses longues pointes devait servir de scarificateur et être enveloppée de laine, afin que ses pointes ne pénètrent pas trop profondément dans l'œil.
En 1721, J. Henr. Hampe fit paraître une thèse « dissertation de scarificatione oculari Hippocratica ». Nous n'avons pu trouver cet ouvrage. Mauchard en 1726, Platneri en 1749 semblent avoir suivi la méthode de Woolhouse. Triller en 1776, dans son « de scarificatione et cestione oculorum ab Hippocrate descripta », revient au cautère en bois.
Au cautère en bois, on a substitué une rape (radula), et les promoteurs de ce système appelaient cette opération « brosser l'œil ». Borelli de Turin a essayé de remettre en honneur cette rape qu’il a transformée en une brosse à longues dents pointues semblables à une carde (scardasso). Himly a inventé un scarificateur. Tous ces procédés dérivent du procédé hippocratique ; on comprendra la raison de leur description dans ce chapitre. En Grèce, encore aujourd’hui, et c’est je Dr Anagnostakis, professeur à la Faculté d'Athènes qui nous l’apprend, le procédé d'Hippocrate est encore en vigueur. (Sichel. Ann. ocul. 1850.)
Les scarifications selon le procédé du médecin grec n'étaient employées que comme temps prémonitoire de la cautérisation au sulfate de cuivre, les procédés modernes, au contraire, que nous allons passer en
2 0 revue, demandent la guérison à l'instrument tranchant.
Il faut arriver à Deval en 1859, pour voir décrites les scarifications comme intervention primordiale. Cet auteur qui se servait d’une lancette, trouve ce moyen étonnant . « Tous les médecins, dit-il, qui se sont succédés à mes consultations cliniques, ont été surpris des. résultats fournis par cette méthode, tous sans exception aucune m'ont assuré qu'aucun moyen ne valait celui-là parmi les expédients qu'ils voyaient mettre en œuvre dans les autres consultations ophtalmologiques. » (Bull. Thérap.) Comme précepte, ce médecin dit que les scarifications doivent être délicatement pratiquées avec un instrument bien tranchant et n’effleurer que la superficie des parois granuleuses ; il scarifie à larges traits transversaux et quelquefois verticaux. Lelièvre en 1869, dans sa thèse « des granulations de la conjonctive », publie trois observations où l’on voit des malades traités par les caustiques, qui n'ont été améliorés que par les scarifications. Ces scarifications faites avec un couteau convexe, ont été pratiquées par Galezowski ; ce médecin, en présence de l’insuccès de sa, j'allais dire de ses méthodes, n’est donc pas réfractaire à l'intervention par les scarifications, que Sattler en 1891 préconise comme traitement exclusif. Mais ce médecin allemand en fait une véritable opération chirurgicale, et comme telle, anesthésie son malade : alors avec une aiguille à cataracte, il scarifie l'enveloppe des granulations, et avec une curette fine et tranchante il en expulse le contenu. Après cette opération, qui doit être unique, il fait con-
ob af e tinuer pendant quelques semaines des attouchements au sublimé d’abord, puis au sulfate de cuivre, pour finir avec le tannin (#ischers, buchandlung, 1891). Sattler scarifie, curette ensuite ; Abadie remplace le curetage par le brossage ; voici brièvement son manuel opératoire :
Il met à nu la partie la plus élevée du cul-de sac supérieur en retournant la paupière deux fois à l’aide d’une pince à torsion. Puis avec un petit bistouri bien tranchant, il fait de larges scarifications sur la muqueuse, il les fait plus ou moins nombreuses, plus ou moins profondes suivant la profondeur de l’infiltration. Ce premier temps accompli, il brosse, soit avec une brosse à dents, soit avec de la ouate trempée dans une solution de sublimé à 1 pour o/oo. Cette opération nécessite l’anesthésie complète (A7. ocu/. 1893. Académie de médecine, 1891).
À cette méthode, Darier ajoute un troisième temps : le curettage. Toujours sous anesthérie complète, après avoir trente fois o/o sectionné d’un coupde ciseau l’angle externe des paupières, renversé les paupières avec la pince qu'il a fait construire dans ce but, Darier pratique avec soin des scarifications : 1l a soin de bien inciser toutes les granulations avec un simple bistouri si elles sont rares, avec un bistouri à trois lames si elles sont nombreuses. La profondeur des incisions est proportionnée à la profondeur de l'infiltration trachomateuse. Aprèsce premier temps, l’auteur enlève le contenu gélatineux des granulations, soit avecune curettesoitavecla cuillère tranchante ; ce curettage doit être très rapide et il est suividu troisième temps : le brossage. Pour ce
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brossage, on se sert d’une brosse à dents petite et à crins durs et courts, trempée dans une solution de sublimé à 1 pour 500 ; il doit être vigoureux (Fourrey, Thèse, Paris 1892).
À coté de ces scarifications qui revêtent les allures d'une grande intervention chirurgicale, il yen a d’autres qui se pratiquent sous anesthésie locale. Vigier, en Afrique, cocaïnise la conjonctive, scarifie profondément les granulations par des incisions transversales et verticales, 1l imprègne ensuite la surface cruentée de sublimé à un pour 500. Dans les cas graves, brossage avec brosse à dents. Ces scarifications doivent être répétées. souvent, et quelquefois, au dire de l’auteur, l’anesthésie locale n’est pas suffisante. (7. ocul. 1892).
Truc, de Montpellier, pratique aussi quelquefois des scarificatiors dans les formes fibroïdes et lymphoïdes de sa classification du trachome : dans la forme fibroïde, il scarife, curette les points granuleux ; dans la forme lymphoïde, il scarifie, exprime le tissu sous-muqueux. Mais pour ce médecin, ces interventions sont toujours suivies de cautérisation.
Nous voyons donc que les scarifications ont été employées surtout suivies du brossage, ou du curettage et les médecins attribuent à ce deuxième temps, le succès de l'intervention : Lakah, Martin, Tannar, suivant les préceptes d’Abadie, opèrent dans ce but. D’autres médecins encore en désespoir d'amélioration avec les méthodes classiques, entreprennent les scarifications comme dernière ressource. Mais cette intervention par les apparats usités, jouit encore de la réputation de moyen héroïque et désespéré. Cette idée peut
LAS EX se concevoir après la lecture de ce chapitre. Mais nous allons voir en quoi ces opérations, ainsi que tous les traitements chirurgicaux préconisés, sont défectueuses : elles dépassent ordinairement le but cherché, ce qui est le contraire pour les méthodes que nous avons appelées médicales.