‹ Contribution à l'étude du traitement de la conjonctivite granuleuse: ScarificationsChapitre 18 sur 24 · MANUEL OPÉRATOIRE · texte numérisé non relu

MANUEL OPÉRATOIRE

L'opérateur se place derrière la tête du malade s'il est couché, ou fait appuyer la tête sur sa poitrine s’il est assis.

On retourne la paupière, et celle-ci une fois retournée et maintenue ainsiavec le médius ou l’annulaire de la main gauche, on tend autant que possible la conjonctive. Cette tension a un double but : de bien immobiliser les tissus pour que le scarificateur agissebien ; de chasser le sang des parties superficielles, et supprimer ainsi momentanément l’érythème congestif qui masque quelquefois les granulations.

On prend alors le scarificateur, voire même un sim: ple bistouri ; le scarificateur convexe de Desmares est préférable, c’est celui dont nous nous servons. De la main droite appuyée sur la tête par le petit doigt, le médecin tient son instrument comme une plume à écrire avec assez de fermeté pour l'empêcher de dévier ou de rouler entre les doigts, mais en même temps avec assez de souplesse pour que les doigts gardent toute leur finesse de tact et puissent apprécier les moindres différences de consistance des tissus. Alors par un mou-

vernent net et rapide qui doit se passer tout entier dans la main sans participation ni du coude, ni de l'épaule, comme un dessinateur faisant des hachures pour ombrer un dessin, on scarife la conjonctive. On commence ces scarifications par le bord tarsien, elles doivent être plus au moins nombreuses, plus ou moins profondes, suivant le degré de l’infiltration granuleuse ; elles sont toutes parallèles au bord tarsien, et jamais nous n’en faisons de perpendiculaires. Chaque granulation est ainsi incisée par trois ou quatre scarifications. Nous épongeons alors le sang qui s'écoule et qui masque le champs opératoire, si des granulations nous apparaissent non touchées, nous les scarifions. Toutes les granulations, quelque soit leur dimension, tout le tissu infiltré, doivent être scarifiés à chaque séance.

Il n’est nul besoin de dire que le premier temps doit être très rapide, quoique peu douloureux. Les malades en effet, supportent très-bien ces scarifications. au moins pendant les premiers temps. Quand les granulations commencent à disparaître, la sensibilité devient plus exquise.

Après avoir epongé le sang, on passe au second temps que nous considérons d’ailleurs comme secondaire. Ici notre manuel opératoire varie un peu suivant l’époque du traitement, suivant l’état inflammatoire des conjonctives.

Au début, et tant que les conjonctives sont un peu irritées, nous faisons de légères frictions avec de la ouate imbibée de la solution d’oxycyanure de mercure, Plus tard, quand l'inflammation est disparue, nous frictionnons les paupières avec du coton chargé de

SRE FES

poudre : on prend un morceau de coton, on en fait un petit tampon que l’on imbibe de la solution antiseptique, on l’exprime et on le trempe dans la poudre dont j'ai indiqué la formule plus haut. Avec ce tampon, on frictionne la surface scarifiée, ces frictions doivent être assez modérées, mais durer quelques minutes, une légère hémorhagie se produit. Ce temps lui-même n’est pas douloureux. On lave alors l'œil avec la solution antiseptique, ce lavage a un double but; celui d’antiseptiser, et celui d'emmener mécaniquement la poudre qui aurait pu rester sur les conjonctives et gêner le malade.

On ferme l’œil, on place un tampon sur les paupières et le malade est laissé au repos. Pendant quelques minutes, quelques minutes seulement, j'insiste sur ce point, il ressent une légère douleur, où plutôt un sentiment de cuisson désagréable, l’hémorrhagie continue un peu. Un quart d’heur aprèsle malade s’en va vaquer à ses occupations.

On voit donc combien cette méthode est simple et à la portée de tous les médecins. Moi-même, j'ai pratiqué très souvent cette petite opération et j'ai pu me fixer sur son manuel opératoire qui est tout à fait rudimentaire. |

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