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ANUS

A partir du début de 1840, époque où les médecins, d'abord militaires puis civils eurent à étudier la conjonctivite granuleuse, nous trouvons de nombreuses relations sur sa définition. Loiseau (ophtalmie de l’armée belge, Annal ocul. 1840\ définit la granulation : hypertrophie des papilles palpébrales, et 1l prétend faire reposer cette définition sur des expériences tentées en 1838, s'appuyant sur les faits d'abord de Burgræve, et ensuite de Burkard Eble, où l'injection des papilles conjonctivales prend l’aspect et les formes des granula tions morbides. Le professeur Thiry (Crocq. Annal: Ocul. 1849), à la même époque, prétend que les granulations sont une production spéciale qui se développe de toute pièce, sous l'influence d’une cause unique toujours la même, sans qu’antérieurement à l’action pathogénique de cette cause on puisse invoquer un germe anatomique préexistant dans le tissu muqueux normal. Pour cet auteur encore, disons-le de suite, « cette production nouvelle prend son origine dans les dernières ramifications papillaires de la conjonctive. » (Anna/. Ocul. Tom. XXI). Il discute longuement le diagnostic différentiel entre cette affection et l’hypertrophie papillaire des conjonctivites catarrhales ou scrofuleuses. Deval (Bull. Théra. 1859), admettant l'opinion de Thiry, va encore plus loin dans sa vue en disant que « les granulations sont des productions spéciales identiques sur toutes les muqueuses, transmissibles de l’une à l’autre, émanant d’un virus ». Cette doctrine admettant la spécificité de la conjontivite granuleuse ne tarda pas à être combattue par Walormont. (Ann. Ocul. 1854) qui appelle granulation toute aspérité de la con-

jonctive, quelqu’en soit la cause, accompagnée de phénomènes inflammatoires et de muco-pus. Wlemincks en

1859, appuie cette opinion, en disant que la granula tion n’est qu'une folliculite simpleet appelle cette forme « folliculo-papillite simple. » (Ann. Ocul. 1859).

Toutes ces divergences subsistent encore aujourd'hui, et pour la simplicité de l’exposè des opinions, on peut diviser les auteurs en unitaristes et dualistes ; par là nous entendons diviser les médecins en : ceux qui admettent que la conjonctivite folliculaire et le trachome sont deux stades différents de la même affection, et ceux qui prétendent que ce sont là deux. maladies différentes. Nous laisserons de côté la théorie des granulations par l’hypertrophie des papilles ; que cette hypertrophie existe nous n’en doutons pas. (Fuchs admet même le trachome papillaire) mais ce n’est pas un phénomène pathognomonique du trachome.

Galezowski, de Wecker, Neesse (Deutsch med.

Woch 1897), admettant la théorie de Thiry, différencient, dans leurs traités, la conjonctivite granuleuse de l’hypertrophie des papilles, et de la conjonctivite folliculuire. Ils essayent de baser leur diagnostic différentiel sur de nombreuses considérations. Pour eux, le trachome est une maladie essentiellement spécifique, une maladie néoplasique. De Wecker sépare les granulations des foliicules et des papilles hypertrophiées par la forme, la coloration, l'emplacement, l’histologie : la vranulation simple, dont il compare longuement le développement à celui du tubercule tuberculeux; est tantôt isolée, tantôt associée à la granulation mixte où l’hypertrophie papillaire-entre en jeu, tantôt remplacée

HOMO par la granulation diffuse où une hyperplasie lymphoïde semble s'être emparée de la muqueuse (Zoc. cf.) Ce savant oculisteest si convaincu du caractère de néoplasie donné à la granulation, qu'il soutient qu'il n’est nullement besoin de constitution spéciale pour être atteint de cette maladie. Galezowski (Recu. d'oph., 1873) est moins affirmatif : si cet auteur admet que « l'air impur, le froid, l'humidité, la discrasie scrofuleuse ou tuberculeuse ne peuvent être sérieusement admis dans les causes qui engendrent les granulations néoplasiques » il est pourtant d’avis de diviser les gra: nulations en fausses, en catarrhales, ‘en néoplasiques. Cette opinion de la dualité de la granulation et du follicule est basée en général sur la facilité de guérison de la conjonctivite folliculaire sans laisser de cicatrices: Loghetschnikow, Medweden, en Russie, disent que le trachome est une maladie infectieuse entrainant une destitution profonde du tissu conjonctif et par conséquent des lésions cicatricielles, tandis que les follicules rentrent parmi les éléments normaux de la conjonctive. (Loc. cit. Congrès des médecins Russes, 4 janvier 1891). Les dualistes invoquent encore l'argument de la contagion : la granulation est contagieuse, le follicule ne l’est pas. Fuchs admet la dualité, mais sans grande conviction.

Les Unicistes, au contraire, qui veulent que le trachome soit le stade consécutif du follicule disent que la conjonctivite folliculaire des dualistes n’est que du folhculosis, affection non inflammatoire que l’on trouve après l’abus des collyres, atropine, éserine, et chez des personnes atteintes d’un défaut de réfraction. Ils s’ap-

SN er

puient surtout pour étayer leur opinion sur l’observation, « les oculistes, dit Mutermilch, qui ont eu l'occasion d'observer des endémies de trachome ont tous observé le passage des formes légères, dites conjonctivites folliculaires en trachome. » (Ann. Ocui. 1893). Wlalerstein a vu souvent la conjonctivite folliculaire se transformer en trachome, et le trachome par contagion en conjonctivite folliculaire. Knapp, Fulton ont soutenu la même opinion; Kunt, Nuel, Leplal, dualistes convaincus, semblent maintenant revenir à l'unité. Tout récemment le D' Coppez de Bruxelles, dans sa classification des conjonctivites folliculaires, n’assigne-t-il pas la première place à la conjonctivite folliculaire prodromique de la conjonctivite granuleuse. (Archiv d'Opht. 1899), Nous nous rangerions facilement parmi les unicistes, surtout au point de vue qui nous occupe : conjonctivite folliculaire, conjonctivite granuleuse sont passibles du même traitement. Nous ne parlons pas du folliculosis, ni de l’hypertrophie papillaire, affections que beaucoup d’auteurs ont appelé aussi granulation et qu’ils guérissent par des traitements anodins.

La confusion ne règne pas seulement dans l'interprétation du terme granulation, elle règne aussi dans la nature, la constitution, la contagion de la conjonctivite granuleuse. Comment se présente la conjenctivite granuleuse ? Quel est le résultat de l'examen histologique?

Quand on retourne la paupière d’un granuleux, on voit une série de petites saillies de couleur framboisée, séparées par de petits sillons. « Si l’on exerce avec le doigt une légère pression sur la surface granulée la rougeur palit pour redevenir plus vive aussitôt la pres-

sion finie. » (Ann. Ocul. 1849). Ce signe est pour Thirypathognomonique, les granulations sont adossées, imbriquées, couchées les unes sur les autres, et les sillons, toujours pour Thiry, n’en séparent que les sommets. Cette opinion ne semble pas soutenable d’après les recherches histologiques du Dr Villard.

Les granulations siègent surtout à là paupière supérieure, au niveau du bord libre du torse ; là on peut voir plusieurs rangs de petites saillies circulaires, quelques unes ovales, plus ou moins surélevées sur la muqueuse. Schneller base même son diagnostic différentiel entre la conjonctivite folliculaire et la conjonctivite granuleuse sur le nombre et la grandeur des aspérités. (Ann. Ocul. 1893). Mais la granulation peut offrir aussi tantôt la forme d’un nodule volumineux, isolé, saillant, tantôt la forme de réunion de nodules plus petits autour d’un plus grand qui semble servir de groupement. Ces nodules peuvent envahir le cul de sac conjonctival supérieur, et Galezowski avait même fait de cet envahissement le signe du trachome. Les nodules sont rouges, à l'extrémité souvent blanche. (Professeur Gayet). D'ailleurs beaucoup d'auteurs assignent plusieurs formes au trachome ; Fuchs divise le trachome en forme papillaire et forme granuleuse ; ces deux formes du reste sont toujours confondues. Et Galezowski, Truc, Vigier n’admettent-ils pas les formes lymphoïde, scléroïde, fibroïde suivant que la muqueuse et le tissu sous-muqueux sont plus ou moins envahis, plus où moins durs, et dans ces formes mêmes ne distinguentils pas les formes aïgue, subaïgue, chronique. (Vigier). (Ann. Ocul. 1891-1892).

Tous les symptômes réactionnels des conjonctivites apparaissent avec plus d'intensité dans cette affection : la douleur, le larmoiement, une phothophobie intense, l'injection du globe oculaire ; et d’après la description des aspérités ne comprend-on pas la formation des complications cornéennes, ces pannus si rebelles, ces kératités ulcéreuses dont l'existence a été la cause de beaucoup de cécités ?

Ce que nous avons eu en vue jusqu'ici c'est la granulation chronique, mais 1l existe en Egypte et dans toute l'Afrique en général une forme aiguë avec purulénce et phénomènes réactionnels très accentués. Cette forme a fait confondre la conjonctivite granuleuse avec la conjonctivite blennorhagique et Thiry en fait une même affection. Nous ne nous occuperons pas de ce point de vue, nous dirons seulement que cette idée ne semble pas soutenue aujourd’hui où les auteurs ont cherché dans l’anatomie pathologique la caractéristique du trachome.

Truc (Montpellier médical, 1897) dit que le follicule . trachomateux se rapproche histologiquement du follicule tuberculeux, mais qu'ilne présente jamais de vraies cellules géantes, ni de caséïfication, ce qu’aurait observé Staderini et Reid. Ce serait peut-être une sorte de lymphome ou scrofulome correspondant à dela tuberculose atténuée. Villard a étudié avec M. le professeur Vialleton l’anatomie pathologique de la conjonctivite granuleuse. D’autres auteurs ont fait sur le même sujet des publications antérieures ou postérieures ; ils ont voulu voir dans l'absence ou le trouble de l’épithélium conjonctival le sceau de cette affection. Bur-

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