CHAPITRE PREMIER
Historique Principales théories émises sur la nature de la coqueluche Théorie microbienne, ses résultats pratiques
Que les Grecs, les Romains ou les Arabes aient ou non connu la coqueluche ; qu'Hippocrate, Galien ou Avicenne l’aient ou non décrite, cela nous importe fort peu, au point de vue du traitement. Les relations historiques des premières épidémies, mentionnées par Monstrelet, Mézeray (1414), d’Aubigné, ne nous arrêteront pas davantage. La relation de Baillou (1580) ne parle pas du traitement. La description de Thomas Villis (1682) est un peu plus explicite : la toux irrégulière et convulsive y est mentionnée, et le remède indiqué est le lichen pyxidé (Mucus pyxidatus). Sydenham distingue la coqueluche de la grippe, et Huxham, parlant du rejet d’abondantes mucosités qui termine l’accès convulsif de toux, conseille les vomitifs, tout en reconnaissant que la maladie est longue et opiniâtre et ne peut se guérir que
A0 par le changement d’air. C'est à cette époque qu’on saignait volontiers les coquelucheux, au début. A partir du xvin° siècle, nous trouvons plus de détails. Rosen et Sauvages ne s’arrêtent cependant pas au traite-
ment. Laennec, qui considérait la coqueluche comme uñ
catarrhe ordinaire, employait la belladone après les vomitifs. Il ne reconnaissait pas le caractère contagieux de la maladie, et pensait qu’elle ne diffère que par la toux convulsive, d’une bronchite ordinaire. Trousseau, qui voyait dans la coqueluche l’association d’un catarrhe et d’une névrose, employait la belladone et l’atropine, contre les quintes. Au début, il se servait des vomitifs, et surtout du sulfate de cuivre. On avait essayé d’obtenir l'avortement de la maladie à son début de diverses manières que nous rappelons pour mémoire : Chenubon, par une médication qu'il qualifiait d’échauffante ; un médecin de Milan par le procédé contraire, c’est-à-dire par l’application deglace sur la région cervicale antérieure et l’ingestion de boissons glacées ; Autenriethenfin, par des frictions sur le cou avec sa pommade au tartre stibié,
Mais ce sont surtout les trois théories suivantes qui ont dominé la direction du traitement, selon la prépondérance qu’elles attribuaient respectivement à tel élément de la maladie, de préférence aux autres.
I. Pour les premiers observateurs, la coqueluche n’était pas distincte de la bronchite ordinaire. Tout au plus, son épidémicité la leur faisait-elle placer à côté de la grippe. Cette importance de l’élément catarrhal fut acceptée par Parrot et Gendrin. Beau ne donne aucune valeur spéciale au caractère convulsif de la toux, il la compare à celle qui accompagne la suffocation, causée par la présence d’un
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corps étranger à l’orifice glottique. Pour lui, dans la coqueluche, le corps étranger est représenté par la sécrétion inflammatoire qui tomberait goutte à goutte des parties sus-glottiques dans le larynx. Il cantonnait même cette inflammation à la région laryngée supérieure et, suivant sa théorie jusque dans ses conséquences pratiques, il préconise pour le traitement, la cautérisation d2 la région avec le nitrate d'argent. Le résultat de cette médication fut d’ailleurs très inconstant, mais il ne donna Jamais lieu à des succès bien éclatants, et son emploi est au moins difficile.
Quelques auteurs ont voulu rapprocher la coqueluche des fièvres éruptives, au point de vue clinique seul, en laissant de côté l’étiologie qu’ils ne comprenaient pas comme nous. Joseph Frank, Neumann, Rokitansky, Volz ont établi une comparaison entre la coqueluche et la rougeole. Rülliet et Barthez accordent à cette manière de voir une certaine vraisemblance, sans aller comme eux jusqu'à prendre la rougeur de la muqueuse pharyngienne et laryngo-bronchique, pour une sorte d’énanthème. Noël Guéneau de Mussy avait poussé cette théorie à l’extrême : pour lui, l’énanthème généralisé des voies aériennes produisait le catarrhe de la muqueuse, et par extension l’adénopathie des ganglions bronchiques, qui par la compression du nerf pneumogastrique amenait les quintes de toux convulsive et les vomissements. Comme conséquence de cette théorie, il dirigeait le traitement contre l'hypertrophie ganglionnaire et prescrivait les résolutifs, les applications de teinture d’iode sur le cou et l’eau de la Bourboule.