INTRODUCTION
La loi de DUVERNAY sur la non spécificité des réactions articulaires s'applique avec beaucoup de justesse à la pathologie de là hanche.
L'arthrite déformante de la hanche, la « coxarthrie », est une des affections articulaires dont la place nosologique et l’interprétation étio-pathogénique sont le plus discutées. Si tout le monde s'entend lorsqu'on parle. de « coxarthrie », personne n'est d'accord lorsqu'il faut assigner à cette entité anatomoclinique une place précise dans les affections de la hanche. lorsqu'il faut discuter ses causes et son mécanisme de :production. La riche synonymie dont elle « été l'objet est une preuve de l'imprécision de nos connaissances à son sujet. |
” Qualifiée d’arthrite chronique de la hanche (CRUVEILHER, 1834; ADpAMS, 1839 ; Smirx, 1845) et de « Morbus coxae sénilis » par les classiques, BRocA dès 1850 entrevit la nécessité d'y intégrer certains « Morbus coxae juvénilis » ; par la suite, elle est dénommée tour à tour arthrite déformante de la hanche, arthrite sèche (DEVILLE, 1846), coxarthrie (A. LER et R. MERKLEN), coxarthrose (COSTES et FORESTIER), arthropathie dégénératrice.
Ces dérnières années, un peu de clarté a été jetée sur celte affection par Costes, FORESTIER ef LACAPERE. Ces auteurs, qui opposent formellement par leurs caractères étiologiques, anatomiques, CRRIQUES et thérapeutiques bien tranchés, les « arthri-
TA
les » en général, aux « arthroses », considérent que la « coxarthrie », qu'il vaudrait mieux appeler « coxarthrose », est une arthropathie dégénérative qui se distingue très nettement des arthrites de la hanche, spécifiques ou non. C’est ainsi, qu'à l'encontre des arthrites inflammatoires, la « coxarthrie » apparaît en général chez des sujets plus âgés, en provoquant des désordres üänatomiques complexes ostéo-chondro-ligamentaires ; elle évolue d'une manière régulière sans atteinte de l'état général, süns signes hémaätologiques (sédimentation gylobulaire, Vernes, Résorcine, formule sanguine, numération globulaire sont normaux) vers l’ankylose tardive d'origine osseuse. Radiologiquement, elle se manifeste par des déformations osseuses considérables avec production d'ostéophytes.
Si cette conception de la « Coxarthie » a rallié la plupart. c’est qu'elle paraît répondre, en effet. à la grosse majorité des faits. |
En réalité, P. M. WEL l’a rappelé il y à quelques semaines à peine, aux journées du rhumatisme de Montpellier, cette opposition « arthrite-arthrose » nest pas absolument exacte : aucun critère absolu, tant étlologique que clinique et même qu'anatomique ne permet de dresser de pareilles barrières : il existe. un grand nombre de formes de passage et de formes associées. Il semble, en définitive, comme le rappelle souvent M. le professeur ETIENNE, que des causes différentes peuvent provoquer des lésions anatomiques semblables, et, d'autre part, qu'une même cause est capable dengendrer des désordres différents.
Les divers mécanismes, qui interviennent dans ces affections articulaires, n'aboutissent-ils pas au même résultat, de modifier et de troubler la nutrition cellulaire ?
Il faut bien reconnaître néanmoins, qu'en. pratique, la « coxarthrie » -présente des carac téristiques propres, en général suffisamment nettes, pour en faire une affection autonome, aux frontières assez bien définies. HER
Ft
Dans un travail qui s'intéresse plus particulièrement à une
méthode de traitement, nous ne pouvons reprendre l'étude
anatomo-clinique et étio-pathogénique de cette affection, nous voudrions cependant préciser certains points particuliers qui nous paraissent utiles pour discuter les méthodes thérapeutiques.
Parmi les FACTEURS ÉTIOLOGIQUES, certains sont importants à envisaGer : :
1° I y a des « Coxarthries » qui apparaissent sur des hanches antérieurement normales, il en est d'autres qui surviennent sur une articulation déjà troublée dans son fonctionnement parce que travaillant dans des conditions anatomiques anormales ; nous voulons parler ici des malformations telles que luxations et subluxations congénitales réduites ou non, Coxa Vara, Coxa Valga, Ostéochondrite déformante (maladie de LEGG, CALVE, PERTHES, WALDENSTROM), Ostéochondrite disséquante (maladie de KŒxIG), etc. Dans ces « coxarthries » en quelque sorte « secondaires », des indications. opératoires sont tout à fait particulières ;
2° Les « Coxarthries >» sont dans l'immense majorité des cas des affections atteignant les sujets âgés, artérioscléreux, surtout les femmes, et plus spécialement les femmes douées d'un certain embonpoint. Il est facile de comprendre, dans ces conditions, que certaines opérations intra-articulaires graves ne serént pas d'indication courante.
Du. POINT DE VUE CLINIQUE, il faut opposer les formes douloureuses les plus fréquentes dans lesquelles l'importance des phénomènes douloureux prime toute autre manifestation, «tx formes où une gène fonctionnelle considérable est apportée par la suppression plus ou moins complète des mouvements normaux de l'articulation ; la disparition des mouverménts d'extension est la plus précoce, elle passe le plus souvent inaperçue des malades eux-mêmes ; par contre, là limitation de l’abduction et de la flexion attire rapidement leur atterition, elle peut arriver à la suppression totale de tous mouvements arliculaires.
ANATOMIQUEMENT, cet état correspond rarement à une arky-
À te
lose osseüse, mais surtout à la contracture musculaire, à une
incongruënce complète des surfaces articulaires et del proS
duction de buttoirs ostéophytiques.
Il est à remarquer, comme le signale TAVERNIER, que si, bien souvent, les douleurs accompagnent les troubles orthopédiques, il n'y «a pas cependant toujours een entre ces deux ordres de ACER
Les Arret de ces douleurs sont assez constants, mais c’est surtout leur topographie qui est intéressante à étudier : :
1° « La douleur antéro-interne est de beaucoup la plus fréquente et celle dont la manifestation est la plus précoce », affirme TAVERNIER ; nous pouvons ajouter que c'est chez elle
où l'intensité est le plus marquée. Cette douleur. dont le.
maximum se silue à la partie antéro-interne de l'articulation, irrädie en général dans tout le- domaine du nerf obturateur, quelquefois jusqu’au genou ;
2° Il existe également des douleurs localisées à la face postérieure de la hanche et qui irradient vers la région trochantérienne ;
3° Enfin, la pratique systématique des sections nerveuses portant en avant sur les rameaux articulaires du nerf obturateur et en arrière sur le nerf du carré crural, a permis
d'isoler une troisième catégorie de phénomènes douloureux à
topographie antéro-externe qui seraient sous la dépendance de filets articulaires issus du nerf crural.
LES LÉSIONS ANATOMIQUES peuvent présenter des degrés divers.
1° Il n'est pas rare qu’elles intéressent simultanément Les deux branches, contre-indiquant formellement toute iniervention chirurgicale de verrouillage articulaire : :
2° On peul se ‘trouver en présence de sujets dont les lésions anatomiques. sont au début, ou au contraire de malades qui présentent déjà des déformations considérables au niveau de leur articulation coxo-fémorale ; les méthodes thérapeutiques et surtout leurs résultats seront évidemment bien différents
nes
selon qu'on envisagera l'une ou l'autre de ces deux catégories de « coxarthriques » ;
8° Nous avons déjà signalé l'importance des lésions associées
pour ne pas avoir à y revenir (luxations ou subluxations congénilales, etc., etc.). :
Ces considérations étant faites, on voit déjà l'intérêt que peut présenter une méthode thérapeutique comme celle de TAVERNIER : il parait, en effet, à priori très séduisant de supprimer, à peu de frais et sans grand traumatisme chirurgical le contingent nerveux sensitif de l'articulation et de faire disparaître du même coup un des éléments les plus constants et les plus génants de la maladie à tous ses stades évolutifs LA DOULEUR.
Cette méthode semble pouvoir bénéficier par surcroît d'indications très larges soit à titre de thérapeutique isolée, soit au titre de traitement d'appoint; nous verrons de plus quon peut la considérer comme représentant davantage qu'une. méthode thérapeutique symptomatique ; il nous reste, après l'avoir décrite, à discuter,ses résultats en les comparant à ceux obtenus par les autres méthodes et à en faire une étude critique à la lueur des faits anatomiques et physiologiques actuellement acquis.