RAON ES
d'appétit, et demandaient un breuvage tout puissant susceptible de leur redonner des forces et de la gaité. Parmi les hommes.quelques-uns avaient des affections vénériennes,des chancres ; une femme souffrait de rhumatisme chronique phagédénique, un vieillard était atteint de hernie inguinale. L'élément dominant, était manifestement la dyspépsie atonique et hypochlorhydrique.
Etant donnée l'exiguité de mes ressources pharmaceutiques à bord, je prescrivis à ces clients improvisés des potions à base de teinture de quinquina et de glycérophosphate de chaux, dont jeleur promettais d'excellent résultats, et un régime frugal d'où la viande était exclue.
Il me paraissait infiniment probable que le facteur essentiel de tous ces troubles dyspeptiques n’était autre que l'état d’anémie chronique.
Le curé de cette même localité, missionnaire français, venu vplusieurs fois à bord, n'était pas indemne + de la même aflection. il habitait l'ile depuis quelques années etcommençait à souftrir de mauvaise digestion, d'anorexie et de constipation, sans toutefois, présenter .un état général aussi déplorable que les indigènes. J'en reparlerai encore plus loin.
Les nombreux cas de dyspepsie que j'eus à soigner, pendant les dix mois de mon séjour à bord et à terre dans les pays chauds, m'ont conduit à réfléchir sur le traitement qu'il convient d’approprier à cette affection dans ces conditions particulières, en vue de résultats plus rapides et plus stables que ceux qu'on est en droit d'espérer du traitement classique en Europe.
Celui-ci, que j'ai employé (dans la mesure de mes ressources pharmaceutiques) consciencieusement au déout me sembla, au bout de quelques mois, notoire-. ment insuffisant. Quoique cumulant les fonctions de médecin et de pharmacien et libre de fabriquer à mon gré toutes espèces de mixtures et de potions, les agents thérapeutiques que contenait la petite armoire de l'infirmerie du bord étaient loin de pouvoir parer à toutes les indications, de répondre à toutes les formules en usage dans nos pays. La fantaisie ne trouvait guère l’occasion de s'exercer dans le choix des médicaments. Comme toniques et eupeptiques j'avais à ma disposition : plusieurs bouteilles de teinture de quinquina. des granules de kola, du glycérophosphate de chaux
en poudre, de la teinture de colombo et du bicarbonate de soude, du charbon de Belloc. Enfin, par l'intermédiaire du commissaire du bord, je disposais de lait en boîtes cachetées et d'eau de Vichy (Célestins).
Le lait que nous avions au début, après le départ de France, était du lait non stérilisé, conservé en boîtes métalliques. Plus tard. au cours du voyage, on fit provision, d'une quantité de boîtes de lait coudensé, qu'il était nécessaire de diluer dans l'eau bouillie.
Je fis l'essai de tous ces médicaments, tour à tour, selon les indications classiques. Mais leur efficacité laissant beaucoup à désirer, au bout de quelques mois de séjour aux Antilles, j'eus l'idée d'instituer méthodiquement un régime dictétique pour chacun des. malades qui me revenaient périodiquement se plaindre de-‘troubles dysepeptiques.
Voici quelques observations recueillies sur mes malades du bord, plutôt sur qnelques-uns des plus intéressants par la ténacité de leur affection.