OBSERVATION I
M..., matelot et charpentier du bord, 23; ans, est venu se plaindre pour la première fois, après quatre mois de notre séjour dans la mer des Antilles, de maux d’estomac, de mauvaise digestion et de ciphalée. Il a un facies amaigri, toussote le matin, crache de temps à autre, sans trace d'hémoptysie. Son sommet droit donne de la matité et de l'obscurité respiratoire, une expiration rude et prolongée. Il vient consulter surtout pour son manque d'appétit et la diminution constante de ses forces.
Ayant fait le diagnostic de phtisie de premier degré, je cherche à combattre la dénutrition du malade, en le mettant dans les meilleures conditions hygiéniques possibles à bord, (j'avoue qu’elles étaient encore déplorables).
Je lui donne de la liqueur de Fowler, de l'huile de foie de morue par cuillerées le matin, du glycérophosphate. Mais, le plus important du problème, est de faire manger le malade,
dont l'anorexie est tenace et qui refuse la nourriture par peur de surcharger son estomac atone. J'ai beau lui suggérer que, dans son cas, l'alimentation est une condition sine qua non de la guérison, il demeure indifférent à son sort.
Alors, de guerre lasse, j'ai recours pour la première fois, après l'échec des quelques amers de ma pharmacie, à ce moyen :
Après l’avoir exempté de tout service, je lui ordonne le repos absolu au grand air, 'sur le gaillard d’avant et lui ordonne du lait comme seul aliment pendant trois jours. Je lui donne en même temps des pilules de podophyllin tous les matins.
Le résultat, cette fois, est excellent. Le malade vient me déclarer au bout de deux jours qu’il a faim et que le lait ne lui suffit point. Sa pesanteur d'estomac a disparu, ses maux de tête également. Depuis ce retour normal des fonctions digestives, l’état général du malade s’est considérablement amélioré, grâce À une bonne alimentation.
L'idée de la nécessité d’un régime pour régler l’appétit
s’imposa dès lors dans ma conduite ultérieure.