I. — SOINS PRÉLIMINAIRES
La réunion immédiate ou par première intention est, d’après M. Reclus, « l'adhésion primitive et sans suppuration des lèvres d’une plaie mise au contact. » Cette définition entraîne une série de conditions parmi lesquelles nous classerons celles : qui favorisent l’accolement des surfaces eruentées et celles qui amènent la suppression de la suppuration. C’est dans le but d'éviter cette suppuration que nous devons attacher une grande importance aux soins préliminaires. Ils comprennent | lPantisepsie, l’asepsie du chirurgien, des aides, des instruments et du champ opératoire. Nous n'insisterons pas sur l’'antisepsie du chirurgien, des aides et des instruments ; elle est icice qu’elle doit être à propos de toute opération, et tout le monde est suffisamment convaincu de son utilité pour que nous n’ayons pas à y insister. L’asepsie du malade a une importance capitale, et c'est dans sa réalisation intégrale que réside le sort du résultat thérapeutique.
Le champ opératoire, chez un malade porteur d’une fistule à l’anus, est exceptionnellement difficile à désinfecter. Il est souillé en effet par des germes venant de plusieurs sources :
FAP LOUE
la surface péri-anale, toujours humide, couverte de poils, exposée sans cesse au contact de l’air extérieur, offre aux microorganismes venus du dehors un milieu de culture excellent ; cette surface péri-anale reçoit en outre tous les germes contenus dans les matières fécales et dans les gaz intestinaux. Pour remédier à ces deux causes d'infection, il faut administrer au malade, quelque temps avant l'opération, plusieurs grands bains savonneux ; la région opératoire sera, au moment de l'intervention, soigneusement rasée et copieusement irriguée avec un liquide antiseptique. Pendant les deux jours qui précèdent l'opération, on donnera au malade matin et soir un lavement antiseptique, en se servant d’une longue canule qui permette d’irriguer le rectum aussi haut que possible. M. Tédenat emploie surtout la solution suivante:
anse .s.."1.hre | Atide boriquex-1.: 256pr.
Naphtol 8. . . . . . 40 centigr.
Au moment de l'opération, une dernière irrigation antiseptique sera faite dans le rectum, jusqu'à ce que le liquide injecté en sorte absolument limpide. Le champ opératoire sera alors frotté avec des tampons d’ouate aseptique, Un purgatif énergique l’avant-veille de l'opération, un autre purgatif Ja veille, auront débarrassé l'intestin des germes qu'il peut contenir, et auront ensuite l'avantage de permettre de constiper plus. facilement le malade pendant les jours qui suivront Popération. En même temps, le malade sera mis, quelques jours à l’avance, à un régime spécial dont le lait et le bouillon feront surtout les frais, et il sera utile d’aseptiser les produits de la digestion en administrant pendant quelques jours 1 à? grammes de benzonaphtol, soit seul, soit associé à du salicylate de bismuth. À laide de ces divers moyens, on arrive à aseptiser convenablement le champ opératoire.
Le malade étant ainsi placé dans les conditions les meilleures, on procède à l’anesthésie. Cette anesthésie, qui peut être effectuée indifféremment à l'aide de l’éther ou du chloroforme, est ici absolument indispensable à cause de Ja longueur relative de l’opération et de la douleur qu’elle provoque. Si, pour une raison quelconque, on ne peut procéder à une anesthésie générale, on pourra essayer de pratiquer l’anesthésie locale à la cocaïne. C’est ainsi que nous relevons dans la thèse de Lonco (1) une observation où cette anesthésie locale à parfaitement suffi; M. Tédenat l’a également employée deux fois avec un plein succès (2).
D'après MM. Forgue et Reclus cependant (3), cette anesthésie à la cocaïne ne paraît pas présenter ici ses avantages habituels.
Quelle position faut-il donner au malade? « Le malade est couché sur le côté, la cuisse inférieure étendue, la cuisse supérieure fortement fléchie sur le bassin, c’est-à-dire dans la position énéralement adoptée en Angleterre, pour l’application du spéculum chez la femme (4). » Quelques chirurgiens
préfèrent la position de la taille : le malade est couché sur le
dos, les jambes maintenues écartées et la région sacrée reposant sur le bord de la table d'opération. I n'y à, du reste, pas de règle fixe, et on peut mettre le malade en décubitus latéral ou dorsal selon que la situation de la fistule rend telle ou telle position plus commode. Pour prévenir l'inconvénient d'une débâcle soudaine au cours de l'opération, on recommande de
glisser dans le rectum, jusqu au-dessus de l’orifice interne de
la fistule, un ou deux tampons de gaze iodoformée.
(1) Longo, loco citato, observation VIII.
(2) Voir observation IV. 3
(3) Forgue et Reclus, Traité de thérapeutique chirurgicale, tome Il, page
(4) D. Mollière, Maladies du rectum et de l'anus, page 103.
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