LE CRE
A. LA FIÈVRE INTERMITTENTE. — Elle évolue sous forme d'accès rappelant ceux du Paludisme et comportant comme ceux-ci les trois stades de frisson, sen-
sation de chaleur, sueurs.
Le frisson est ordinairement violent, solennel, avec
claquement de dents et tremblement ; le malade pré-
sente la chair de poule, il souffre de ses muscles et de ses articulations.
Au bout d’un temps variable le frisson se calme et la sensation de chaleur apparaît et s’intensifie : le malade a des bouffées de chaleur, son faciès devient vultueux ; à ce moment, la température est aux environs de 3%, 409 et plus.
Après 4 à 5 heures les sueurs surviennent, abondantes, obligeant parfois le malade à changer de linge. Elles durent quelques heures. Puis le malade s'endort, dans une sensation de bien-être qui permet l'alimentation.
Si tel est l'accès dans son aspect le plus net, il s’en faut qu’il en soit toujours ainsi. Il peut ne pas y avoir de frisson proprement dit, mais une simple sensation de froid.De même la température peut ne pas dépasser 390 et la sudation rester modérée. Au cours même de l’évolution, l'intensité des accès pourra varier, s'atténuant en général à mesure que se prolonge l'infection.
De même, l’intermittence n’est pas de valeur constante. Quotidiens au début, très souvent les accès revêtent par la suite le type de la fièvre tierce. Ils
tendent à s’espacer vers la fin. Dans certains cas, l’irré-
PT ee gularité de la courbe est complète, mais toujours, et c'est là’ la caractéristique de l’évolution, le malade entre deux accès récupère une sensation de bien-être et d’euphorie absolue. Parfois même, il ne demande qu'à se lever et à reprendre ses occupations. C’est'd’ailleurs ce que nous avons noté chez notre malade. Il est vrai que .le frisson n'avait pas chez lui une très forte intensité. La courbe fébrile présente une inégalité assez grande, portant à la fois sur l'intensité des accès et sur leurs espacements. Pendant les premières semaines de la maladie, la courbe frappe par son irrégularité. Les accès surviennent tantôt tous les deux jours, tantôt après trois ou qüatre jours d’une apyrexie relative. De même, ils sont d'intensité inégale : très marqués au début puisqu'ils atteignent 40° et plus, ils oscillent ensuite aux environs de 39°, 3905. À partir du mois de mars, cependant, ils réalisent plus nettement un aspect de fièvre lierce et atteignent ou dépassent presque constamment 400, s’élevant même parfois jusqu'à 410. Cette allure persiste jusqu’au début d'avril, époque à laquelle la température, tout en conservant une intermittence à type tierce, revient aux environs de 39, 3905, pour n’atteindre que rarement 40°. Nous n'avons pas noté ici l'allongement des intervalles entre les accès à mesure que se déroulait l'évolution. Il semble, au contraire, qu'après une première phase de « tâtonnements » pour ainsi dire, la température se soit définitivement fixée au rythme d’une fièvre tierce dont elle
ne s'écarte que rarement. Il est vrai que l’évolution a
se
5, dE
été interrompue par notre traitement ; abandonnée à elle-même, il est fort probable qu'elle eut amené graduellement un espacement plus grand des accès, précurseur de la guérison, à moins qu'une complication survenant tardivement, en particulier une méningite, n'en eût singulièrement assombri le pro-
nostic.
B. LES ARTHRALGIES. — Elles surviennent dans la moitié des cas environ. Elles*intéressent surtout les grosses articulations (genou, cou-de-pied), plus rarement les petites articulations des mains ou des pieds. Transitoires, mobiles, d'intensité variable, il est exceptionnel de les voir s'accompagner d’un gonflement de l'articulation avec exsudat.
Il est à noter que notre malade, à aucun moment de sa maladie, n’a présenté d’arthralgies. En revanche, au début, il a éprouvé de très fortes myalgies localisées à la cuisse et au mollet et qui se sont atténuées par la suite car il ne s’en est jamais plaint pendant qu'il était dans notre service. Ces douleurs musculaires ont déjà été signalées ainsi que les douleurs
osseuses (Hissard, thèse).
C. LES ÉRUPTIONS CUTANÉES. — Celles-ci constituent avec les accès fébriles le symptôme le plus caractéristique de la maladie. On a signalé quelques rares cas d’herpés : mais ce sont surtout le purpura et les érythèmes qui donnent à cette méningococcie sa phy-
sionomie particulière.
Le. T RAS
Le purpura survient habituellement de façon précoce. Réduit parfois à quelques rares pétéchies qui siègent de préférence sur les membres inférieurs et l'abdomen, il revêt dans les cas les plus typiques l’aspect de purpura franc : les taches plus ou moins volumineuses, de coloration rouge violacé, apparaissent d’abord aux membres inférieurs et s'étendent bientôt à tous les téguments. Leur apparition, tantôt précoce, tantôt tardive est le plus souvent rythmée par celle des accès fébriles, survenant au même moment que ceux-ci. On assiste parfois à une poussée purpurique généralisée où s'associent aux taches des ecchymoses plus ou moins étendues.
Dans notre cas ce purpura n'existait point. En revanche, nous avons noté constamment au moment des poussées thermiques l'apparition d'érythèmes réalisant un type maculo papuleux rappelant celui des taches rosées de la fièvre typhoïde, et un type papulonoueux. Ces érythèmes sont fréquents et ont été signalés dans de nombreuses observations. Parfois ils revêtent un aspect morbilliforme, parfois un aspect scarlatiniforme. Plus souvent, comme dans notre observation, ils sont constitués par des éléments papuleux ou noueux dont le sièse de prédilection semble être le genou, le coude, le cou-de-pied, rarement l'abdomen, le thorax ou la face.
Classiquement l'éruption naît à l’acmé du paroxysme fébrile : chez notre malade, cependant, ce n est qu'au moment de la chute thermique qu'on la voyait appa-
raître. Elle dure 24, 48 heures au plus. Les éléments