‹ Contribution à l'étude du traitement de la syphilis par le bismuth et l'arsenicChapitre 33 sur 51 · INCIDENTS ET ACCIDENTS SURVENUS AVEC LES SELS BISMUTHIQUES EMPLOYÉS · texte numérisé non relu

INCIDENTS ET ACCIDENTS SURVENUS AVEC LES SELS BISMUTHIQUES EMPLOYÉS

Nous avons déjà étudié les réactions locales causées parfois par le B. S. M., nous n'avons jamais observé d’abcès.

Rappelons que l’Olbia; l'Hexabi et l’abiétate de bismuth se sont montrés indolores.

Le bismuth s’élimine par la salive, la bile, la sueur, les matières fécales et surtout l'urine.

Il se localiserait tout spécialement au niveau de l’endothélium de la muqueuse buccale, des angles coliques du gros intestin où il est transporté par voie sanguine.

Les accidents que nous avons rencontrés relevaient presque tous de la stomatite.

Stomatite. — La stomatite est plus fréquente avec le B. S. M. qu'avec l’Olbia, mais elle disparaît plus vite au cours d’une série de B.S. M. lorsqu'on suspend les piqûres qu’au cours d'une série d’Olbia dans les mêmes conditions. La stomatite est survenue plus fréquemment avec l’Olbia lorsque nous avons employé un sel renfermant 5 centigrammes de bismuth métal par centimètre cube. Nous avons renoncé

à cette concentration et nous avons adopté celle de

0 gr. 04 par centimètre cube et cela sans diminuer son activité thérapeutique.

Avec le B. S. M., après l'injection, le malade ressent parfois de violentes douleurs dentaires paroxystiques durant quelques minutes. Ce fait est très facilement expliqué par l'absorption très rapide du B.S. M.

Avec l’Olbia, nous n’avons jamais observé de semblables phénomènes.

Rappelons que chez les malades ayant des dents parfaitement saines, nous n’avons jamais eu de stomatites, ce qui montre le rapport étroit quiexiste entre la stomatite et les altérations dentaires préexistantes.

On observe parfois (surtout avec le B. S. M.), à la troisième injection un liseré gingival qui débute au niveau d’une dent cariée ou à la base des incisives médianes et inférieures.

Dans la plupart des cas, nous n’avons pas observé d’autres accidents, parfois des taches bleuâtres sont apparues sur les muqueuses jugales, les gencives, la langue, si on cessait la médication, tous ces accidents disparaïissaient très rapidement.

La pigmentation est due vraisemblablement à l'apport par voie sanguine de parcelles bismuthiques, le bismuth étant probablement précipité sous forme de sulfure de bismuth, les infections gingivales et dentaires favorisant ensuite l’infection pyogène ; c'est pourquoi nous n’avons jamais observé de semblables lésions chez des malades ayant la bouche en parfait état.

Dans certains cas, les malades se sont plaints de gène à la mastication, les gencives devenaient douloureuses, œdématiées, l’haleine était un peu fétide.

Très rarement, nous avons observé les ulcérations de stomatites.

Tous ces accidents disparaissaient très rapidement en cessant le traitement, la guérison survenait en dix à douze jours.

Les lésions dentaires jouant un rôle considérable, il est prudent, avant de commencer les piqûres de faire enlever les chicots, d’obturer les caries et de faire détartrer les dents, il faut également veiller au cours du traitement au bon fonctionnement du tube digestif.

Si le liséré gingival apparaissait malgré ces précautions, il faudrait en surveiller attentivement l’évolution, prescrire des pâtes dentifrices aux arsénobenzols et recommander les lavages au chlorate de potasse.

En résumé, nous n’avons pas observé plus de stomatites qu'avec les sels de bismuth couramment employés, l'évolution en a toujours été bénigne.

Avec l’Olbia la stomatite est plus rare, surtout depuis que nous employons 0 gr. 04 de bismuth

par métal centimètre cube.

Action sur le rein.

Comme nous l'avons déjà signalé, il est fréquent d'observer après une injection de B. S. M. ou d’Olbia,

une polyurie légère dans les trente-six heures qui suivent la piqûre.

Nous avons fait des analyses fréquentes d'urine chez nos malades, nous n’avons pas trouvé d’albumine. Cependant M. Milian a observé une albuminurie passagère au cours d'une cure par le B. S. M. chez une intolérante à l’arsenic ; en poursuivant le traitement, l’albuminurie s’atténua.

Nous n’avons jamais observé d’albuminurie accompagnant la stomatite, signalée par différents auteurs.

Une de nos malades qui avait fait un an auparavant une pyélonéphrite et qui de plus était arsénorésistante fut mise au traitement par l’Olbia, des analyses fréquentes d’urine n’ont jamais montré la présence d’albumine.

Aux doses auxquelles le bismuth est injecté en thérapeutique, la néphrite toxique serait exceptionnelle, il faudrait plutôt penser à une néphrite secondaire, une néphrite infectieuse.

Pour le professeur Gougerot cependant,le bismuth pourrait à lui seul provoquer de l’albuminurie et des néphrites légères, ces lésions se produisent plus facilement chez un malade ayant déjà le rein atteint.

Accidents cutanés.

Au cours de l’emploi du B. S. M., après des centaines d'injections de ce produit, nous n’avons observé qu’une érythrodermie.

Les érythrodermies bismuthiques ont déjà été

signalées par différents auteurs, en particulier par les Docteurs Louste, Milian, Lortat-Jacob, Roberti après des injections de sels insolubles.

Cette érythrodermie bismuthique que nous avons observée s’est accompagnée de prurit intense, de desquamation et d’exfoliation de l’épiderme.

OBSERVATION

La malade F... est venue consulter le 4-6-29. Policlinique Hillairet, service du Dr Louste pour des lésions papuleuses de l’avant-bras droit.

Elle avait un mois auparavant présenté un ganglion inguinal gauche. Elle n'avait pas remarqué la présence de lésions vulvaires ou anales.

Cinq jours avant sa venue à l'hôpital, trois ou quatre éléments papuleux infiltrés et cuivrés étaient apparus sur la face antérieure de l’avant-bras droit et au pli du coude gauche.

Apparcil génital. — On constate la présence de plaques papulo-érosives vulvaires s'étendant jusqu'à l’anus et s’accompagnant d’adénopathie inguinale bilatérale,

Adénopathies cervicale postérieure, épitrochléenne. La gorge est rouge uniformément.

Le 4-6-29, le Wassermann etle Hecht sont entièrement positifs.

Traitement par le B. S. M., une injection de o gr.30 tous les cinq jours.

Les lésions papulo-érosives disparaissent après quatre piqûres. |

J. Mouneyrat 7

Après quinze piqûres de B. S. M., les réactions sont négatives. e

La malade revient le ro octobre, elle reçoit de nouveau du B. S. M.

Dès la seconde piqûre, de petites vésicules de type eczématiforme apparaissent sur le dos des mains, ces lésions sont jextrémement prurigineuses, le traitement n'est pas interrompu.

Une semaine après,on observe l'apparition d’une éruption généralisée à type eczématiforme qui nécessite l'entrée de la malade à l'hôpital.

Arrêt du traitement par le B. S. M., la malade a reçu & piqûres.

Le 26-10-29, l’éruption très prurigineuse est surtout marquée aux membres inférieurs où l’on constate l’apparition de vastes placards érythémateux suintants et de fines vésicules.

Aux membres supérieurs, il existe également des pla cards érythémateux suintants. Il n’y a pas d’œdème.

La température est élevée 39° Le soir, 38° le matin.

Trois à quatre jours après, les lésions se sont étendues au tronc et à la face. Sur les cuisses sont apparues de vastes zones de desquamation et aux mains quelques vésicules purulentes avec décollement épidermique et traînées lymphangitiques.

Traitement par la théobromine, localement pansements au liniment oléo-calcaire. Régime lacté.

Très rapidement les lésions diminuent d'intensité, quinze jours après la peau a un aspect à peu près normal. Une nouvelle poussée beaucoup plus légère apparaît. La malade

sort guérie un mois après son entrée à l'hôpital.

En résumé, il s'agissait d'une érythrodermie bismuthique d’allure bénigne survenant dès la 2 piqûre d'une seconde série de B. S. M. On a du reste déjà signalé des érythrodermies avec les sels de bismuth couramment employés. Leur évolution est généralement bénigne, on n’observe pas d’érythrodermies graves comme celles consécutives à l’emploi des arsenobenzènes et l’on pourrait dans la suite administrer de nouveau un traitement bismuthique sans que le malade présente de récidives cutanées.

Avec l’Olbia et les autres dérivés bismuthiques que nous avons employés, nous n'avons jamais observé d'accidents cutanés.

Accidents généraux.

Nous avons observé parfois après les injections de bismuth soluble dans l’eau (B. S. M.) des

réactions thermiques.

Le lendemain de l'injection, il se produisait parfois une élévation de température à 38°; cette fièvre disparaissait en répétant les injections, c'était une véritable réaction d’Herxheimer.

Rarement après chaque injection, les malades ont présenté une légère ascension de température à 380 dûe probablement à la très grande rapidité de résorption des bismuths solubles dans l’eau.

Exceptionnellement, la température peut s'élever progressivement au cours du traitement, s accom-

pagnant d’anémie, d’amaigrissement. Il conviendrait dans ce cas de suspendre provisoirement la médication.

En résumé, les incidents ont été rares au cours du traitement par les sels bismuthiques que nous avons employés. La plupart de nos malades ont subi leur traitement sans inconvénient.

Cependant si ie B. S. M. s’est montré le plus actif, il s’est montré un peu plus toxique que les bismuths liposolubles.

Les malades ont toujours parfaitement toléré

l’Olbia.

TRAITEMENT ARSENO-BISMUTHIQUE

Nous avons voulu associer le bismuth à l’arsenic dans le traitement de la syphilis, sous une forme qui n’avait pas encore été réalisée ; nous avons employé un composé arseno-bismuthique nouveau préparé par le Docteur Mouneyrat alors que jusqu'ici, on avait simplement employé simultanèment un composé arsenical et un composé bismuthique, les deux injections étant faites le même jour ou à des jours alternés. Par exemple : association de Novar intraveineux et de Quinby ainsi que l’a exposé Fournier dans sa thèse.

Dès l’apparition de la bismuthothéraphie, plusieurs auteurs avaient préconisé l’emploi simultané du bismuth et de l'arsenic.

Dès 1921, M. Ravaut traitait ses malades par des injections de 914 et des injections intramusculaires de bismuth.

Wallon (Thèse de Paris 1922) montra que le traitement arsenical associé à la cure bismuthique permet d’administrer le bismuth métal en plus grande quantité sans crainte d'accidents.

Mayen 1922, dans les Annales de la faculté de Médecine de Montevideo, démontra l'efficacité de l’associa-

tion tartrobismuthate sodique et Novarsenobensol.

Ainsi que nous l'avons mentionné antérieurement, le D. Jean Fournier exposa les brillants résultats qu'il avait obtenus par l'association du Novar et d’un sel insoluble de bismuth.

M. Cuperman, dans sa thèse en 1927, démontra que les résultats thérapeutiques étaient meilleurs en joignant au Quinby, le Stovarsol.

Dans le service du Dr Louste, on associe très souvent l’arsenic, soit sous forme de composé arsenical trivalent intra-veineux ou de composé arsenical pentavalent à un sel insoluble de bismuth, les deux piqûres étant faites le même jour, les résultats sont excellents. |

À l'étranger, des auteurs tels que Bloch, Felke, Scherben, Shamberg de Philadelphie (Archives of dermatologie and syphilology, octobre 29) emploient en même temps que le bismuth, les arsenobenzènes.

Stoker et Chambers ont étudié l’action d’une combinaison : arsphénamine et bismuth, ils ont obtenu des résultats supérieurs à ceux obtenus avec les bismuths insolubles.

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