‹ Contribution à l'étude du traitement de la syphilis par le bismuth et l'arsenicChapitre 50 sur 51 · RÉACTIONS ACCOMPAGNANT L'INJECTION DU DÉRIVÉ ARSENICAL · texte numérisé non relu

RÉACTIONS ACCOMPAGNANT L'INJECTION DU DÉRIVÉ ARSENICAL

Rappelons ici que les injections d’arséno en solution glucosée sont complètement indolores.

Des malades traités par des arsenicaux trivalents . en injections intramusculaires et qui se plaignaient de douleur après la piqûre ont constaté que lesinjections d’arséno étaient indolores même à fortes doses.

— Avec les arsénos ordinairement employés, soit par voie intraveineuse ou par voie intramusculaire, il n’est pas rare d'observer des crises nitritoïdes.

Les malades se plaignent de bouftées congestives au visage et au cou, les conjonctives s ’injectent, la face rougit fortement, les lèvres et la langue se tuméfient. Les malades sont anxieux et se plaignent de fortes céphalées avec sensation de constriction épigastrique. À cette phase succède souvent de la pâleur, des vomissements, de la diarrhée avec tendance syncopale.

Souvent la crise est atténuée, pendant quelques minutes après la piqüre, le malade se plaintde bouffées de chaleur à la face, les yeux sont un peu injectés, le malade a des nausées.

Avec le dérivé arsenical que nous avons employé,

nous n'avons jamais rencontré de semblables phénomènes.

Avec l’arsenobi, comme nous le verrons ultérieurement dans un cas,le malade s’est plaint de bouffées congestives à a face après la piqûre, en rapport

évidemment avec le dérivé arsenical.

Réactions générales.

Parfois après la première piqûre, les malades ont présenté une légère élévation de température, sans autre symptôme, l'état général était bon. La température baissait sion continuait les piqûres. Il s'agissait donc de conflit thérapeutique et non pas

d'intoxication.

Réactions cutanées.

Exceptionnellement, les malades se sont plaints de prurit après les piqüres.

Comme l’a démontré le Dr Milian, il faut distinguer, au COUTS des accidents cutanés,qui surviennent pendant la médication arsenicale : « les réactions biotropiques » des érythrodermies toxiques.

Certaines maladies cutanées peuvent se développer à l’occasion d’injections d’arsenicaux : ceux-ci éveillent:ou réveillent ces infections.

Le D: Milian a démontré qu'il existe des érythèmes toxiques et des érythèmes infectieux : &« Ces érythèmes sont remarquables par leur polymorphisme :

éruption scarlatiniforme, érythème rubéoliforme, érythème morbiliforme, polymorphe, urticarien., Ces érythèmes d’aspect si divers se développent toujours dans des conditions particulières ; ils se produisent toujours au début du traitement vers le de jour, quelquefois vers le 8° ou le 108; mais 90 fois sur cent, c’est exactement au neuvième jour qu'ils apparaissent, L'érythème a été précédé de phénomènes généraux : de fièvre pendant deux jours et très fréquemment — c’est ce qui a attiré mon attention sur leur origine infectieuse — d’une angine souvent frustre pultacée dont les malades ne se plaignent pas toujours, qu’il faut rechercher systématiquement surtout dans l’érythème scarlatiniforme, grande analogie avec la scarlatine vraie où l’angine antérieure est la règle, puis des phénomènes fébriles surviennent et quarante-huit heures après apparaît l’éruption » (Extrait des Archives dermato-syphiligraphique, t. 1, fasc. 9).

Selon le Dr Milian, ces érythèmes sont d'ordre infectieux, ce sont des réactions biotropiques indirectes. On peut sans crainte reprendre le traitement et augmenter les doses. Il se produit une réaction moins violente après la seconde piqüre,ces réactions finissent par disparaître à la troisième ou la quatrième injection.

— Au contraire, l’érythème toxique survient chez les malades qui ont recu une certaine quantité de dérivé arsenical.

Nous avons observé une érythrodermie semblable

œdémato-vésiculeuse arsenicale quia évolué en un mois vers la guérison.

Cette érythrodermie est survenue chez un malade atteint de psoriasis et qui présentait de l’urticaire, après 3 gr. 08 d’arséno.

Il est extrémement important, avant de soumettre les malades au traitement arsenical de rechercher s'il existe des troubles sympathiques : chez notre malade, il existait des symptômes de déséquilibre sympathique, Il vaut mieux dans des cas analogues renoncer à la médication arsenicale, l’arsenic trivalent étant un poison du système sympathique, comme l’a exposé le Dr Milian.

L’arsenobi a été toléré par des malades qui ne supportaient pas d’autres dérivés arsenicaux trivalents.

Les malades qui ne supportaient pas le 914 ont pu suivre un traitement par l’arsenobi.

OBsERvVATION I

G... Louise. Policlinique Hillairet. N° 24533,

Le 8-3-50, la malade était venue consulter pour une lésion érosive du repli hyménéo-labial. Adénopathie inguinale droite à caractères spécifiques.

Le 13-53-30, la lésion était en voie de cicatrisation, la prise de sang était négative.

Le 12-4-30, roséole papuleuse sur le tronc etles membres.

Plaques papulo-érosives vulvaires et syphilides pal-

maires.

J, Mouneyrat 11

Adénopathie inguinale droite à caractères spécifiques.

Le 16-4-30, la malade est mise au traitement par du Quinby et du Novar.

Le 25-7-30, on abandonne le traitement par le Novar, après une injection de o gr. 45, la piqûre a été suivie de vertiges, de bouffées congestives à la face et de diarrhée.

Le 16-5-30, la malade est mise à l'As Bi, deux injections par semaine et au cyanure de mercure, trois injections intraveineuses par semaine, de 2 centigrammes.

Du 16-5-30, au 20-6-30, la malade a reçu onze piqûres d’As Bi.

Le 24-6-30, le Wassermann et le Hecht sont négatifs.

Le traitement par l’As Bi avait été bien supporté, mais après chaque injection, la malade présentait un peu de diarrhée.

On continue le cyanure, la malade ne présente aucun

trouble.

OBSERVATION II

B... René. Policlinique Hillairet. N° 94741.

Chancre soigné par douze piqûres d’arsenobi.

Le 2-6-30, à la fin du traitement, le Wassermann et le Hecht sont négatifs.

Le 27-6-30, après un repos de quinze jours, le malade reçoit neuf piqûres de Muthanol.

Le 6-10-30, traitement par le Novar.

L'injection intraveineuse de o gr. 15 est suivie de vertiges, de vomissements, de diarrhée ; ces troubles ont per-

sisté une demi-heure.

Réactions locales avec l’arsenobi.

Localement, certains malades n’ont pas souffert après la piqûre d’arsenobi en émulsion huileuse, d’autres se sont plaints de violentes douleurs.

Pendant les deux heures qui suivent la piqüre, le malade ne souffre pas. Après cette période apparaîit une douleur que le malade compare à celle produite par un coup de poing.

Le lendemain de la piqûre, il n’est pas rare de constater que la fesse est augmentée de volume, parfois elle devient dure et douloureuse à la pression.

Ces réactions locales peuvent durer deux à trois jours.

La résorption est rapide et ne laisse après une semaine qu’une légère induration au niveau de la piqûre, qui elle-même finit par disparaître.

Dans deux cas, la fesse est restée empâtée pendant quatre ou cinq jours, les téguments sont devenusrouges, nous avons dû abandonnerle traitement.

Il n’y a jamais eu d’abcès, ni de réactions locales graves.

Ces accidents sont peu fréquents si comme nous l’avons recommandé pour le B. S. M., on fait la piqûre profondément.

Rappelons ici que l’arséno en solution glucosée est indolore ainsi que l’Olbia. La douleur lorsqu'elle se produit, est due à l’émulsion d’arséno.

Réactions générales.

Comme nous l’avons déjà signalé avec le dérivé arsenical employé seul, il peut se produire une élévation de température après la première piqûre à 380-390 sans autres signes généraux. La température finit par baisser si on continue les piqûres, chaque piqûre étant suivie d’une réaction fébrile de moins en moins forte. Il ne s’agit pas là d'intoxication.

Dans d’autres cas, la fièvre qui suit chaque injection peut devenir régulièrement croissante. Elle s'accompagne de pâleur, d’anémie et d’amaigrissement. Il s’agit là d'intoxication. Il vaut mieux dans

ce cas suspendre le traitement,

OBSERVATION

Sch... Milly.

Le 25-3-30, la malade entre salle Biett pour des lésions papulo-érosives infiltrées de la région vulvaire ; elles envahissent les petites lèvres, la fourchette. Elles sont apparues il y a quinze jours. Le suintement est abondant au niveau de ces lésions.

Adénopathie inguinale bilatérale, indolore, à caractères spécifiques.

Chute des cheveux depuis une semaine.

Le Wassermann, le Hecht et le Desmoulières sont négatifs,

Traitement par l’As Bi.

Les lésions sont complètement cicatrisées après la quatrième piqûre : mais on abandonne le traitement.

Après chaque piqûre, on constatait une élévation de température. La malade est pâle, elle a maigri de 2 kilos

depuis le début du traitement,

Dans un cas, après la piqüre, le malade s’est plaint d’une légère poussée congestive à la face, il a été pris de vertiges, ces troubles ont persisté un 1/4 d'heure. Il faut évidemment les mettre sur le compte du dérivé arsenical ainsi que nous l’avons

dit antérieurement,

OBSERVATION

B... Marius, N° 24/48. Policlinique Hillairet.

Le 17-9-29, le malade présente une petite érosion croûteuse préputiale située près du frein ; elle est légèrement indurée et date de huit jours.

Adénopathie inguinale droite, volumineuse, à caractères spécifiques.

Le Wassermann et le Hecht sont positifs.

Il y a quinze ans, le malade aurait eu la syphilis, il aurait été traité par une série d'’injections intraveineuses pendant quatre semaines, il aurait fort bien supporté ce traitement. Depuis, il n’a pas reçu de piqûres.

Le 20-9-29, As Bi, o gr. 18.

Le 24-9-29, As Bi, o gr. 35.

Le 27-09-29, As Bi, o gr. 35.

Immédiatement après cette piqûre, le malade ressent des

vertiges, les conjonctives sont injectées, il se plaint de dou-

leurs abdominales. Le pouls est normal, pas de diarrhée.

Ces malaises ont persisté 1/4 d'heure.

Le malade ne s’est pas alité.

L'érosion de la verge n’était pas encore cicatrisée.

Le malade n’a pas supporté le Novar ultérieurement ; après o gr. 30 de Novar, il a ressenti les mêmes troubles

mais s’accompagnant de diarrhée et de tendance syncopale.

Nous ferons remarquer que ce malade a présenté les mêmes troubles avec en plus de la diarrhée après une injection de 0,30 de 914. ,

Avec l’arsénobi nous n’avons jamais observé d'accidents cutanés.

En résumé les troubles que nous avons observés n'ont jamais présenté de gravité. L’arsénobi (As Bi) (émulsion huileuse d’arséno et de dicamphro-carbonate de bismuth) s’est montré très actif dans le traitement de la syphilis, sonefficacité est supérieure

à celle des composés arsenicaux employés jusqu'ici.

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