‹ Contribution à l'étude du traitement de la syphilis par le bismuth et l'arsenicChapitre 8 sur 51 · RÉSULTATS THÉRAPEUTIQUES · texte numérisé non relu

RÉSULTATS THÉRAPEUTIQUES

Syphilis primaire.

Le B. S. M., comme l’avaient déjà constaté Spinetta et Tolila, s’est montré très actif sur les chancres syphilitiques, ainsi qu’en témoignent les ob$ervations qu'ils ont publiées.

Vint-quatre heures après la première piqûre, la plaie se modifie, le suintement diminue. Les tréponèmés disparaissent en trois à quatre jours à l’ultramicroscope, mais vingt-quatre heures après la première injection, les tréponèmes perdent déjà leur mobilité.

La cicatrisation d’un chancre de dimension moyenne s'opère en dix à quatorze jours environ. A la période sérologique, il faut un temps un peu plus long. L’adénopathie persiste souvent après la première série d’injections (douze à quinze piqûres). Notons ici que l’action est beaucoup plus rapide qu'avec les sels insolubles. Elle est comparable à celle des arsénobenzènes.

Syphilis secondaire.

Nous résumerons également son action, l'étude ayant déjà été faite par Spinetta et Tolila.

Enr à

Le B. S. M. blanchit rapidement les accidents secondaires la roséole disparaît en trois ou quatre piqûres alors qu'avec les autres sels de bismuth, il faut quatre ou cinq injections.

Dans une de nos observations des syphilides papulo-érosives ont été cicatrisées après trois piqûres. Parfois, elles disparaissent après la première injection. Les syphilides ulcéreuses, ulcérocroûteuses disparaissent plus lentement. Les syphilides cutanées demandent souvent six à sept piqûres pour disparaître.

L'action est plus rapide avec le B. S. M. qu'avec les sels insolubles, il faut avec ces derniers au moins deux à trois injections de plus pour cicatriser les accidents secondaires.

L’alopécie qui survient au cours de la période secondaire est également rapidement enrayée, les cheveux repoussent abondamment après une série de quinze à vingt piqüres (observation n° 23.029).

Accidents tertiaires.

Le B. S. M. s’est montré particulièrement actif sur les lésions tertiaires. Spinetta dans sa thèse» avait déjà montré la rapidité avec laquelle disparaissent les syphilides kératosiques, les gommes et les ulcérations tertiaires des jambes. Le B. S. M. est couramment employé avec succès dans le service du D' Milian chez les malades porteurs d’ulcères

syphilitiques, ceux-ci sont cicatrisés en cinq à dix piqûres environ.

Dans la syphilis nerveuse même, le B. S. M. aune action incontestable. Dans le service du D° Milian, un malade atteint de paralysie générale, caractérisée par des troubles intellectuels marqués, de la dysarthrie, une inégalité pupillaire et une ponction lombaire positive, a été considérablement amélioré après vingt-huit piqüres.

Une malade atteinte de tabès, avec disparition dés réflexes achiléens, douleurs fulgurantes et insomnies, avait été traitée par le 914 à la dose de 1 centigramme 5 par kilogr. et par l'iodoquiniobismuth sans amélioration, après 22 piqûres de B. S. M. elle a vu disparaître les douleurs fulgurantes et la fatigue générale.

Action sur la sérologie,

Nous avons observé la remarquable efficacité du B. S. M. sur la séro-réaction. A la période du chancre, le Wassermann est très souvent négativé après quinze piqüres, son activité s’est montrée égale à celle du Novar.

À la période secondaire, la réaction devient DÉgative environ six semaines après la première injection de B. S. M. ; dans les roséoles à leur début, le Wassermann devient négatif au bout de un mois, dans les roséoles finissantes, il faut deux mois pour néga-

tiver une séro-réaction, Parfois le Wassermann est

devenu négatif vingt-cinq jours après la première Injection.

Au cours des syphilis décelées uniquement par la prise de sang, celle-ci devient négative après deux mois de traitement environ (observation n° 23099).

Action du B. S. M.

sur les arséno-résistances.

Nous avons remarqué l’activité considérable du B. S. M. au cours des syphilis rebelles au Novar. Nous voyons dans l’observation n° 7651 un malade qui après un traitement de 7 gr. 35 de Novar intraveineux présentait encore un Wassermann positif. Après vingt-quatre piqûres de B. S. M., il était devenu négatif.

Citons également l’observation 7215 : un malade, traité en pleine période secondaire par le novar à la dose totale de 7 gr. 95 présentait au milieu du traitement une glossite à caractères syphilitiques. Celleci disparaissait après trois piqûres de B. S. M. Le Wassermann devenait négatif après 40 piqüres de B.S. M. |

Dans l'observation 6516, un malade recevait 5 gr.70 de novar, le Wassermann était positif, il en était de même après 30 piqûres d'huile grise, 30 piqûres d’hydroxydede bismuth et un traitement buccal par l’iodure. Après 24 piqüres de B. S. M., le Wassermann était négatif.

Dans une remarquable observation publiée par

Li108

le Docteur Milian un malade présentait encore des tréponèmes à la surfacè du chancre après une dose totale de 4 gr. 50 de novar intraveineux. Malgré 33 injections de cyanure de mercure et une nouvelle série de novar intraveineux (6 gr. 75) les lésions s’'étendaient. Il a suffi de 5 piqûres de B. S. M. pour cicatriser les lésions, Le Wassermann qui était devenu positif était négatif après 8 piqûres.

Elimination du bismuth.

L’élimination du bismuth est rapide. Souvent à l'émission, les urines perdent leur couleur ambrée. Après avoir été exposées à l’air pendant deux ou trois heures, elles prennent une teinte sépia, un dépôt noir se produit. Ce fait déjà signalé par Dal- ché et Villejean, ne se produirait pas si on stérilisait les urines aussitôt après leur émission.

Les sels de bismuth s’élimineraient sous forme d’une combinaison, indoxylsulfate de bismuth et abandonneraient le métal à l’état de sulfure noir sous l'influence d'agents microbiens (Louis Démelin).

Le bismuth apparaît dans les urines environ trois heures après l'injection. Nous constatons la facilité avec laquelle se résorbentles sels insolubles. Vingt-quatre heures après l'injection, le B. S. M. s'élimine dans la proportion de 1/9 de bismuth, tandis que pour les sels insolubles, dans le même temps, l'élimination n'est que du 1/25.

L’élimination est rapide, avec le B. S. M., le bismuth est déjà difficilement décelable le sixième jour. Rappelons qu'avec les sels insolubles L’écimrnation EST BEAUCOUP PLUS LENTE, l’hydroxyde de bismuth s’élimine en un mois à six semaines au moins

(Thèse de Restoux).

Réaction locale occasionnée par le B. S. M.

Certains malades ne ressentent aucune douleur après l’injection de B. S. M. Mais, par contre, après la piqûre, d’autres accusent une douleur assez vive qu'ils comparent à une brûlure et qui peut gêner la marche. Elle peut n’apparaître que deux ou trois heures après la piqûre et dure vingt-quatre à quarante-huit heures environ. La douleur est continue, le malade la compare à la sensation produite par un violent coup de poing, parfois même elle a pu immobiliser le malade pendant quatre ou cinq jours.

Tous ces phénomènes sont essentiellement variables suivant les malades, quelques-uns n’ont jamais souffert avec le B. S. M., d’autres, il est vrai, ne tolèrent aucune injection intramusculaire, même pas les sels insolubles réputés indolores. La douleur est surtout fonction de la technique opératoire et du siège de la piqûre. Elle s’observe lorsque . l'injection a été faite au voisinage d’un filet nerveux ou sur des aponévroses ; la douleur est réduite au minimum lorsque l'injection est faite strictement

intra-musculaire. Il arrive souvent qu’un malade qui

souffrait au début du traitement constate que les piqûres suivantes sont beaucoup moins douloureuses, elles peuvent même devenir complètement indolores.

Injecté avec une asepsie rigoureuse, nous n'avons jamais observé d’abcès avec le B. S. M., iln’y a jamais eu de nodosité ou d’enkystement, reproche

que l’on a fait aux sels insolubles.

HEXABI

Nous avons employé comparativement un autre

dérivé soluble que nous avons appelé hexabi.

Caractéristiques chimiques.

Sous le nom d’Hexabi, nous avons employé diftérents complexes formés par l’iodure de bismuth et successivement les amines suivantes :

1° Hexaméthylènetétramine ;

20 Pipérazine ;

30 Pyramidon ;

4° Antipyrine.

Ces corps se présentent sous forme de poudre rouge cristalline, insoluble dans l’eau et les solvants organiques.

Ils se dissolvent facilement dans l’eau additionnée de tartrate de soude et de bicarbonate en donnant des solutions incolores et limpides.

Ces solutions traitées par le sulfure d’ammonium donnent un précipité noir de suliure de bismuth.

Ils ne précipitent pas par la soude et le carbonate de soude même à l'ébullition,

L’acide chlorhydrique provoque la formation d’un

précipité rouge.

1° Hexaméthylènetétramine, iodure de bismuth : (CSH2N4HI)? Bi [5 2° Pipérazine, iodure de bismuth NH (CH)? NH — 2 Bi 2 HI.

poudre rouge grenat titrant 27 % de bismuth ; 30 Pyramidon, iodure de bismuth

CH3— C — N\ — CH I ON CH Bi F HI (CHSN — C — CO/ concentration 22 % de bismuth ; 4° Antipyrine, iodure de bismuth

CHI CN CH I N — CSHS Bi I$ HI HG —C0/ concentration 23 % de bismuth.

Toxiciré. — La toxicité de l'Hexabi s’est montrée très voisine de celle du B. S. M., le lapin en supporte 8 à 10 centigrammes par kilo.

Pratiquement, l’'Hexabi se présente en ampoules de 3 centimètres cubes, contenant 30 centigrammes . de sel.

Nous avons fait une injection intramusculaire fessière tous les cinq jours ou même deux fois par semaine, en suivant la même technique que celle que nous avons employée pour le B. S. M.

Résultats thérapeutiques.

Période primaire.— Les tréponèmes disparaissent

en général quatre jours après la première injection.

Be

Le chancre est cicatrisé en 4 ou 5 piqûres, quinze à vingt jours après le début du traitement. Dans l’observation 20706, le chancre était cicatrisé après 4 piqüres.

En général, il y a un retard de quatre à cinq jours sur le B.S.M.

Période secondaire. — Nous avons obtenu également de bons résultats.

La roséole exige trois piqüres pour disparaître, après la première piqüre, nous avons observé une réaction d'Herxheimer.

Dans l'observation 20720, des lésions papuleuses disparaissaient en 4 piqüres ; il faut en moyenne 4 à 5 piqûres pour cicatriser ces lésions.

L’alopécie est également arrêtée. A la fin d’une série de douze piqüres, les cheveux repoussent abondamment (obs. 20.721 bis).

Les adénopathies secondaires disparaissent également rapidement.

Les accidents généraux, fatigue, pâleur, sont très vite améliorés par l’Hexabi.

Chez une de nos malades, un ictère secondaire

a disparu en cinq piqûres.

Action sur la sérologie.

L'activité de l’Hexabi nous a paru moins grande que celle du B. S. M.

A la période primaire; il faut en général vingt

piqûres pour négativer les réactions; avec le B.S. M.,

il est fréquent d’obtenir la négativité après douze piqûres. ;

À la période secondaire il faut en générai soixantedix à quatre-vingt-dix jours après le début du traitement pour négativer les réactions. Cependant, dans l'observation n° 20720, le Wassermann est devenu négatif après douze piqûres, cinquante jours après le début du traitement.

L'Hexabi paraît également bien agir Her les malades arséno-résistants; un malade traité par le novar et l’huile grise présentait des plaques papuloérosives. Après 6 piqûres d’Hexabi, les lésions disparaissaient et le Wassermann était négativé après trente piqûres.

En résumé, l’Hexabi s’est montré très actif; cependant nous n'avons pas poursuivi son étude car le produit n’est pas stable, à la longue, il se produit une précipitation dans l’ampoule. Seules les combinaisons avec la pipérazine ont paru plus stables.

De plus l’Hexabi s’est montré un peu moins actif que le B.S. M.

Par contre, les injections sont à peu près indolores. Seuls les complexes avec la pipérazine occasionnent une légère réaction au point d'injection durant les vingt-quatre heures qui suivent la

piqûre.

Syphilis primaire.

Hexabi. B. S. M.

OBSERVATION I

GC... Avelino, n° 20706. Policlinique Hillairet.

Le malade vient consulter, présentant un phimosis assez serré, la verge est en battant de cloche; les téguments sont violacés et infiltrés. Au niveau du sillon balano-préputial, on constate une érosion ovalaire, indurée, mesurant 2 centimètres dans son plus grand diamètre. Ces lésions sont apparues il y a quinze jours environ.

Adénopathie inguinale bilatérale à caractères spécifiques.

L'examen à l’ultramicroscope montre la présence des tréponèmes.

Le Wassermann et le Hecht sont positifs.

Le 11-4-20, traitement par l'Hexabi.

Le 13-4-29, soit 4 jours après la première injection, il n’y a plus de tréponèmes.

Le 18-4-29, après deux piqûres d’'Hexabi, l'érosion du sillon balano-préputial est beaucoup moins étendue et moins suintante.

Le 2-5-29, l'érosion du sillon balano-préputial est complètement cicatrisée, la verge a un aspect normal, soit dixneuf jours après le début du traitement, après quatre piqûres d'Hexabi.

Le 3-6-29,le malade a reçu douze piqûres d’Hexabi, le

Wassermann et le Hecht sont partiellement positifs.

Le 8-7-29, après vingt-trois piqûres d’Hexabi, le Wassermann et le Hecht sont négatifs.

La cicatrice du chancre est souple, il n’y a plus d’adénopathie.

OBsERvATION II

W... Thérèse, n° 20345, Policlinique Hillairet.

Le 12-3-29, la malade vient consulter pour une adénopathie inguinale droite datant de trois semaines.

A la partie toute interne de l’aine droite, il existe un ganglion de la grosseur d’une petite noix, dur et légèrement douloureux à la pression. A la face interne de la petite lèvre droite, ulcération ayant 2 centimètres de diamètre, à fond jaunâtre, très peu indurée et indolore.

L'ultramicroscope est négatif.

Le Wassermann et le Hecht sont positifs.

La malade est traitée par l'Hexabi.

Après sept piqûres d'Hexabi, le chancre est complètement cicatrisé. :

Le 13-4-29, le ganglion est de la grosseur d’une petite noi-

sette.

Après neuf piqûres d'Hexabi, le Wassermann et le Hecht sont encore positifs.

OBsERvVATION III

M... O. Policlinique Saint-Louis.

Le malade vient consulter le 28 mars 1928 pour une éro:

sion du sillon balano-préputial de la dimension d’une très

grosse lentille. La base est indurée.

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