MULLER
Nous avons aussi été témoin d'une réaction inflammatoire (observation LIV), qui s’est traduite par de la rougeur de la peau, du gonflement et de la douleur avec menace de phlegmon au niveau du point injecté. Ces phénomènes peuvent être attribués à la non-stérilisation de la seringue dont on s'était servi par erreur, et aussi à la propreté douteuse de la malade, car c’est le seul cas qui se soit produit.
D'autre part nous avons vu se produire des manifestations d'empoisonnement, survenues quelques heures après l'injection et caractérisées par des coliques et de la diarrhée avec selles glaireuses (observation L, LI, LI, LIT). Ces faits ont d’ailleurs été très rares et les accidents ont rapidement disparu. La malade de l’observ. L était alcoolique, celui de l’observ. LIT avait mangé des moules au repas qui précédait la piqüre : peut-être faut-il voir dans ces deux états une prédisposition aux accidents. Nous savons en effet que l’alcoolisme atteint souvent le tube digestif, et que l’ingestion
de moules est parfois et chez certaines personnes suivie
de phénomènes d'intoxication, à forme gastro-intestinale.
En ce qui concerne les malades LI et LIIT nous n'avons rien remarqué, quant à la pathogénie -de leur diarrhée et de leurs coliques. Peut-être pouvons-nous les attribuer à une sorte d’idio-syncrasie, et penser qu’ils sont dus à une susceptibilité spéciale de leur organisme.
D'ailleurs sur un total de 1,261 injections relatées dans
nos observations, prises dans le service de la Charité, nous
n'avons observé que les cinq accidents dont nous parlons plus haut; la proportion est done bien petite par rapport au nombre de piqûres qui ont été faites.
Malgré la toxicité reconnue du éyanure de mercure, nous croyons que ces accidents ne sont pas imputables au radical cyanogène : ils sont d'origine mercurielle, si l’on s’en tient aux symptômes observés, en tout semblables à ceux que détermine le mercure : en effet nous savons que son action toxique se porte très fréquemment sur le tube digestif.
En 1897, M. Hallopeau, disait que l’adjonction de cocaine à la solution de cyanure peut causer des dangers. Iattribue en effet à huit milligrammes de ce médicament des phénomènes d'intoxication (agitation, insomnie, vertiges). M. Manquat croit que les sujets qui le supportent mal sont des névropathes; car, chez certains neurasthéniques, il a observé les mêmes accidents avec le chloral, l’éther, l’iodure, et un verre de liqueur à essence. M. Reclus dit n'avoir observé aucun cas de mort avec des doses de cocaine inférieures à O gr. 05 centigr. Il attribue à la dégénérescence du cœur les accidents survenus avec une dose de (O gr. 02 cent. Nous ne pensons pas non plus que la quantité de O gr. O1 centigr. ait assez d'énergie pour déterminer des troubles, car nous n’en avons Jamais observé.
En résumé, nous croyons que malgré ces petits inconvénients qu'on esten droit de lui reprocher, le cyanure de mercure peut être employé avec avantage dans le (raitement dela syphilis, et de ses accidents.
Observations.
Les neuf premières observations ci-dessous ont été publiées par M. Galezowski (Progrès médical, 1882).
OBsERVATION [ (Résumée). — Homme atteint d'iritis droite avec infiltration interstitielle de la cornée et douleurs ciliaires.
Disparition complète des douleurs après 3 injections de cyanure de mercure et de l’infiltration cornéenne après 6 injections.
Guérison de l’iritis après la 102 injection.
OBSERVATION IT (Résumée). — Homme atteint d'iritis gauche avec condylome. Après 5 injections, disparition du condylome et après 8 il ne reste de l’iritis qu'une petite synéchie antérieure.
OBsERvATION II1 (Résumée). — Femme atteinte de kératite et irido-choroïdite gauche avec obstruction pupillaire, et d'iritis droite : amblyopie depuis 4 ans. Après la 9 injection, guérison de l'iritis droite ; amélioration de l'œil gauche après la 15°. Acuité visuelle revenue de 1/9 à 1/4.
OgsErvaTION IV (Résumée). — Femme de 66 ans atteinte d'iritis gauche avec kéfatite ponctuée : insomnie depuis 15
Pa
jours ; douleurs périorbitaires. Sommeil possible après la première injection ; plus de douleurs après la 2°; guérison de l'iritis après la 6° ; la kératite a été plus rebelle.
OBSERVATION V (Résumée). — Kératite avec douleurs périorbitaires ; guérie après 18 injections.
OBSERvATION VI (Résumée). — Iritis double avec condylomes ; pas d'amélioration avec les frictions et les pilules ; guérison complète avec 12 injections.
OBSERvATION VII (Résumée). — Neurorétinite double avec iritis : pas de résultats avec les frictions employées pendant 8 mois.
Après 24 injections : amélioration : augmentation de l’acuité visuelle du 1/3.
OBsERvATION VIII (Résumée). — Iritis gauche avec kératite ponctuée ; aucun résultat avec les pilules de sublimé. Guérie complètement après 15 injections.
OBSERVATION IX (Résumée). — Atrophie des papilles. Résultat négatif avec tous les traitements mercuriels employés.
Amélioration et réapparition de l’acuité visuelle après 21 injections.
OBsERvATION X (Résumée).
(Publiée par les docteurs Bernardberg et Dubarray. Normandie médicale, 1896).
B.., jardinier, 49 ans; en 1892 syphilide probable de la paupière inférieure droite. En 1893, convulsions généralisées et céphalalgie intense.
Vu en 1894. Ulcération à aspect syphilitique de la paupière inférieure droite ; engorgement des ganglions préauriculaires et sous-maxillaires : pas de trace de syphilis.
Love
Traité par KI et les frietions : aucun résultat.
Après (1894) : embarras de la parole, fatigue musculaire générale : inégalité pupillaire : ptosis : paralysie du voile du palais.
Mis au sirop de Gibert, aucun résultat: apparition d’une parésie du bras gauche et de la vessie.
Injection de cyanure au 1/100€, chaque jour pendant 5 jours d’abord.
Après la 4°, amélioration des accidents : disparition de la céphalalgie.
Après la 5°, une injection seulement tous les deux jours : prend en même temps de l’iodure : disparition rapide des accidents.
Soumis chaque mois pendant un an alternativement aux piqûres de cyanure et à l’iodure.
N'a jamais eu depuis aucun accident.
Les observations suivantes ont été recueillies dans le service de la Charité; les unes sont dues à l’obligeance de MM. les docteurs Labadie-Lagrave et Magdelaine; les autres nous sont personnelles.
OSERVATION XI]
J..., femme, 49 ans ; mariée en 1895, mari mort alcoolique en 1896 ; sœur aliénée ; 7 enfants, dont 4 morts, et deux fausses couches à 6 semaines (1878 et 1882).
Début remonte à deux ans, chancre inaperçu, céphalalgie violente, matutinale, amblvopie, vertiges, troubles de l’ouïe ; démarche titubante ; crises gastralgiques pendant une année.
Etat actuel : mars 1899. Affaiblissement considérable des membres inférieurs, allure sautillante, exagération des réflexes, plaques d’hypo et d'hyperesthésie aux cuisses et au bras, fréquentes douleurs lombaires.
EG TVR
Faiblesse considérable de la vue, empêchant le travail, non améliorée par les verres, myosis accentué à droite. les pupilles ne réagissent plus.
Dès les premières piqüres, retour de la force musculaire dans les membres inférieurs, marche plus facile, quoique conservant ses caractères, disparition des douleurs.
Amélioration remarquable des troubles de la vue. travail de
couture sans verres, acuité visuelle presque égale à la normale.
31 piqûres, bien supportées.
Revient en 1900, redemander le traitement qu’elle trouve si merveilleux, nouveaux troubles de la marche.
Soumise a une autre série de 25 piqüres, amélioration rapide et guérison, bien que le traitement soit suivi irrégulièrement.
Revue en juin 1901, les avantages obtenus sont conservés.
Nota. — Cette malade avait la bouche en mauvais état, pas de stomatite.