INTRODUCTION
Le traitement de la phtisie par un régime hygiéniquediététique remonte à la plus haute antiquité. On le trouve indiqué déjà dans les œuvres d’Hippocrate qui a même pensé à recommander aux malades des exercices modérés, réglés suivant leur force. Plus tard Arétée, Celse, Pline l’Ancien, Galien, Avicenne mettront surtout en œuvre le traitement climatérique. Tous les climats, air marin, campagne, forêts de sapins, montagnes sont recommandés. La diététique est représentée uniquement par des cures de lait.
Dans des temps plus rapprochés de nous, on retrouve avec Faloppe, Van Helmont, Willis, Bœrhaave, Huffeland, Laënnec les indications du traitement climatérique. La mer et la montagne se partagent les préférences des médecins. Le régime alimentaire est peu étudié, sauf par May qui y voit le salut du phtisique.
Avec les contemporains, la question est serrée de plus près. Le traitement hygiénique de la tuberculose est étudié dans tous ses détails ; les ouvrages de MM. les professeurs Jaccoud et Grancher en propagent la connaissance. Aujourd’hui l’accord est fait sur la haute valeur de ce traitement et nombreux sont les livres dans lesquels on le trouve exposé. Gomme on attache généralement une grande importance au climat, les malades sont dirigés vers des stations de montagne, des stations méridionales et maritimes où ils se soignent suivant les indications qu’on leur donne relativement à leur genre de vie.
Mais, comme le fait remarquer le docteur Frémy (1), dans ces stations, le malade se soigne et se guérit au petit bonheur, il échappe à la surveillance du médecin et est exposé à commettre des écarts de régime volontaires ou involontaires.
Aussi, les sanatoria, tout en ne faisant qu’appliquer un régime hygiénique connu, ont-ils fait faire un grand pas à la question. Le grand mérite de Brehmer est d’avoir mis en pratique le traitement par l’air libre, la suralimentation, les exercices modérés, combinés à l’hydrothérapie, dans un établissement fermé, sous la surveillance continue du médecin.
M. le professeur Jaccoud, voulant indiquer la différence qui existe entre Davos ou l’Engadine et les stations à climat d’hiver rigoureux comme Gœrbersdorf écrit (2) : « A Gœrbersdorf, à Alissee, à Falkenstein, c’est le médecin qui agit ; — à Davos, à Samaden, à Baint-Moritz, c’est le climat. » Cette phrase, me paraît indiquer merveilleusement le progrès accompli par Brehmer. Je me permettrai seulement d’ajouter que le climat a besoin d’être aidé par Faction du médecin ; à lui seul, il est incapable de guérir un malade inJocile menant une vie toute contraire aux règles hygiéniques.
Et combien cette action du médecin doit-elle être puissante puiqu’elle compense les bienfaits attribués au climat ! Cette trouvaille des établissements fermés est, à mon avis, le plus grand mérite de Brehmer, mais ce n’est pas le seul. Avant lui, les prescriptions du régime à suivre pour soigner les tuberculeux étaient flottantes, vagues, difficiles à.indiquer d’une façon précise. Lui, le premier,
(1) Frémy. — Les établissements fermés pour le traitement des phtisiques (Congrès de la tuberculose 1888).
(2) Jaccoud.— Ùurahilitéet traitement de la phtisie pulmonaire,
les systématisa, sut mettre à leur rang chacune des prescriptions et montra leur importance relative. Aussi ne peut-on que renclré hommage à son génie, en regrettant que son caractère trop entier et dominateur lui ait fait •souvent dénigrer de parti pris les travaux de ses successeurs.
Brehmer a eu beaucoup d’élèves et d’imitateurs, niais il n’en est point qui ait fait autant pour le traitement de la phtisie dans les sanatoria que le docteur Dettweiler. Le régime qu’il a institué et mis en pratique est, dans ses grandes lignes, celui de Brehmer: air libre, suralimentation, exercices réglés, hydrothérapie. Par un seu^ point, il s’en est un peu éloigné en accordant une grande importance au repos. C’est là une des parties les plus intéressantes de l’œuvre du docteur Dettweiler ; il reconnut que le phtisique .a besoin de moins dépenser pour suffire, avec ses propres forces, à la lutte contre son ennemi. Je ne parle là que de la partie de l’œuvre du docteur Dettweiler particulièrement frappante. Mais là ne se borne pas le mérite de ce médecin : tous les détails du traitement ont été étudiés et mis au point par lui ; il a particulièrement attiré l’attention sur le danger des refroidissements et de leurs conséquences chez les phtisiques et sur les moyens de les éviter, en maintenant l’équilibre des fonctions de la peau. Enfin le docteur Dettweiler, avec un grand esprit scientifique, a fait de Falkenstein une sorte d’école où les médecins désireux de voir de près le fonctionnement d’un sanatorium sont accueillis, pris comme assistants et initiés aux multiples devoirs d’un médecin directeur d’un établissement fermé.
Qu’on nous pardonne de nous être arrêté sur ces deux grands noms ; mais l’œuvre de ces novateurs nous semblait devoir être rapidement esquissée en tête d’une étude sur le traitement de la tuberculose dans les établissements
fermés. Leurs élèves sont nombreux et les çanatoria qui existent en Europe sont tous dirigés suivant leurs principes, à l’imitation de leurs établissements. Nous croyons utile d’en donner ici la liste, liste qui sera rapidement incomplète car plusieurs établissements sont actuellement en projet ou en construction tant en France qu’à l’étranger.