‹ Contribution à l'étude du traitement de la tuberculose pulmonaire dans les sanatoriaChapitre 5 sur 33 · LE SANATORIUM · texte numérisé non relu

LE SANATORIUM

Emplacement des sanatoria

Les sanatoria sont situés aux altitudes les plus diverses, entre 150 m. au-dessus du niveau de la mer (Rehburg) et 1856 m. (Arosa). On en pourrait même trouver plus bas encore puisque l’organisation de la ville d’biver d’Arca- ■cbon, située au niveau de la mer, la rapproche beaucoup d’un sanatorium. Mais nous ne voulons pas étendre ce terme à toutes les stations où l’on traite les phtisiques parla cure d’air combinée à la suralimentation ; nous ne considérerons que l’altitude occupée par les établissements clos proprement dits, où le maladeAe trouve complètement dans la main du médecin.

Gomme dans tous ces établissements, nombreux surtout en Allemagne et à l’étranger, les succès obtenus, quelle que soit l’altitude de la station sont à peu de choses près comparables, il semble que, du même coup, la question de l’altitude, comme agent curateur de la phtisie soit résolue. Il ne s’agit point pour guérir d'aller chercher un air raréfié ou les propriétés particulières de l’atmosphère des hautes montagnes, il s’agit de vivre à l’air libre, dans les meilleures conditions hygiéniques, en même temps que de se soumettre à une abondante alimentation.

Cette idée répond à la tendance actuelle ; les auteurs

ppi

qui ont écrit récemment sur la phtisie n’accordent au climat qu’un intérêt tout secondaire. Il ne faudrait point clore le procès aussi facilement. M. le professeur Jaccoud a magistralement exposé les effets physiologiques de cet important agent thérapeutique ; il en a donné les indications et les contre-indications et tout récemment la thèse de M. Radovici (1) montrait qu’au point de vue hématopoïétique l’altitude ne laisse pas que. d’avoir une action assez nette.

Il ne faut point faire de l’altitude un spécifique, mais le climat de montagne peut être un heureux auxiliaire ajoutant ses effets bienfaisants à ceux du traitement hygiénique. Ce qu’il faut bien dire aussi c’est que, si les sanatoria sont établis dans les climats les plus variés, certains de ces climats peuvent rendre singulièrement plus facile et agréable la cure à l’air libre. C’est le cas pour nos côtes méditeranéerines et océaniennes grâce à leur température hivernale assez élevée ; c’est aussi le cas pour les hautes montagnes grâce à leur air pur et sec, leur insolation particulière, le calme habituel de leur atmosphère après la chute des neiges. Mais partoyit ailleurs, du moment où des installations spéciales, que nous décrirons, permettent aux malades de se tenir à l’air libre pendant les plus mauvais temps, la cure d’air peut se faire et les résultats obtenus ne sont point inférieurs à ceux qui appartiennent à des climats plus favorisés.

L’altitude présente un avantage très réel si l’on envisage la présence des microbes dans l’air. Il ne s’agit point tant pour le tuberculeux de fuir le bacille de Koch qu’il porte en lui, que les germes pathogènes capables de pro-

(I)Jean-G. Radovici. Le climat des altitudes dans le traitement de la phtisie pulmonaire. Thèse Paris 1896.

voguer des accidents secondaires redoutables de suppuration et de septicémie. A ce point de vue, l’air des hautes montagnes jouit d’une pureté remarquable, puisqu'a une altitude variant de 2.000 à 4.000 mètres on ne trouve plus de bactéries dans un décimètre cube d’air et qu’à 560 m. on n’en trouve que 8 (Lac de Thoune) au lieu des 66.000 qui habitent à Paris dans la rue de Rivoli (i).

A côté de ces avantages, la montagne a quelques inconvénients. Tous les phtisiques ne peuvent supporter le climat d’altitude ; M. le' professeur Jaccoud a pris soin de nous montrer ses contre-indications (2) tirées soit de l’état général du malade (faiblesse du cœur, neurasthénie, emphysème), soit de la forme môme de la phtisie (forme pneumonique, forme à réaction vive). D’autres, comme les anémiques, s’y acclimatent difficilement. Enfin, certains malades, après s’être soignés dans un sanatorium d’altitude ne peuvent plus redescendre dans la plaine pour y reprendre leurs occupations sans éprouver quelque accident, comme une hémoptysie, par exemple. Ceuxlà doivent s’arrêter dans des stations d’altitude moyenne avant de revenir à leurs anciennes habitudes.

Cette question n’a pas une importance capitale pour les malades riches qui peuvent consacrer à leur santé le temps et l’argent nécessaires ; on peut, pour eux, choisir le climat qui convient le mieux. Il en va tout autrement quand on envisage la question au point de vue des tuberculeux indigents, qui composent la plus grande partie des phtisiques. Il devient difficile d’envoyer un malade dans un sanatorium d’altitude, si l’on croit qu’à sa sortie, il ne pourra point reprendre ses occupations, sans passer par

(1) Miqüel, Annuaire de Montsouris, 1884.

(2) Jaccoud. Curabilité et traitement de la phtisie pulmonaire,, Paris 1881.

une nouvelle priode de repos, dispendieuse pour lui comme pour la ociété ; de plus, le sanatorium d’altitude ayant ses contreindications, certains malades se verront sûrement privés de ses bienfaits. Aussi, en considérant les résultats obtnus parles différents sanatoria dont l’un d’eux, peut-êtreè plus célèbre, celui de Falkenstein, situé à 400 m. au desus du niveau de la mer, ne participe en aucune façon di climat d’altitude, devons-nous conclure que l’altitude n’nflue pas d’une façon assez marquée sur le cours de la tiberculose pulmonaire, pour qu’on [doive réserver aux imntagnes l’emplacement des sanatoria et qu’on peut guérr des malades à toutes les hauteurs en leur faisant sui re le régime institué par les phtisio-thérapeutes allemaids. Nous le répétons, cette notion a la plus grande imprtance lorsqu’on envisage la question au point de vue des pauvres. Les autres conditions climatériques recherches .par les sanatoria peuvent facilement se rencontrer )artout, comme nous l’allons voir, en France comme dlleurs.

La pureté de Air, tant au point de vue des germes que des poussières et, avant toutes choses, recherchée poulies sanatoria. Cest ce qui les a fait construire toujours en dehors des gandes agglomérations humaines, loin des usines et des roites fréquentées. Falkenstein est à 20 k. de Francfort, dais un petit village sans mouvement, entouré d’un parc que ne borde aucune route passagère ; Gœrbersdorf estentouré d’un minime village au milieu des forêts ; Hohaihonnef, Reiboldsgrün sont absolument seuls ; de mêmeLeysin, de même et peut-être encore plus que les précédeits, Nordrach, au fond d’une gorge de la Forêt Noire, ave ses bâtiments en plein bois, ne présentant que lesquelques maisons nécessaires à la vie domestique du anatorium.

Dans tous ces villages, pas de ■commerce, pas de pas-

— lisage fréquent de voitures, aucune cause pour soulever la poussière. A Hohenhonnef, c’est l’électricité qui éclaire les bâtiments, qui fait marcher l’ascenseur et le petit tram-car qui relie le sanatorium aux services delà laiterie, de la blanchisserie, etc. Le tout, y compris l’usine, source de l’électricité, est situé dans une vallée à longue distance de l’établissement. Et partout ailleurs, c’est la même préoccupation d’éviter toute poussière, toute fumée.

Cette pureté particulière de l’air est cherchée pour éviter aux malades l’irritation produite sur les bronches par les particules de poussière,occasionnant des toux irritantes et fatigantes. Peut-être aussi ces particules, parles lésions qu’elles déterminent sur leur passage, peuvent-elles préparer la voie et le terrain pour l’installation consécutive du bacille. Il est donc de toute nécessité de les éviter, et c’est chose assez facile ; l’air de la campagne, en un point relativement éloigné d’un grand centre habité, est suffisamment pur.

Ce que les sanatoria veulent, c’est guérir le plus grand nombre possible de malades, et dans des conditions telles qu’ils puissent reprendre ensuite leurs anciennes occupations sans dommage, et surtout sans qu’ils aient besoin' de refaire une sorte d’acclimatement, ce qui arrive par exemple pour les phtisiques envoyés dans le Midi, et qui, par la suite, ne peuvent j)lus passer un seul hiver dans le reste de. la France. Ce sont les contrées tempérées, sans hivers trop froids, sans étés trop chauds qui répondent le mieux à ce desideratum ; aussi, la plupart des sanatoria sont-ils dans ces contrées. Dans ces établissements, le malade peut passer la bonne comme la mauvaise saison sans se soucier des variations météorologiques locales. Elles n’influent sur son état que d’une façon peu marquée. Nous trouvons à ce sujet des renseignements exacts dans un excellent travail de

BEAULAVON

M. le docteur BJumenfeld ri), médecin’ assistant au sanatorium de Falkenstein. Nous aurons l’occasion plus loin d’analyser en détail ce travail, mais ses conclusions nous intéressent dès maitenant; au point de vue de remplacement des sanàtoria.

« Le résultat général de nos observations est négatif, d’accord en cela avec l’opinion de Dettweiler : la température, la pression barométrique, l’état du ciel, les différences de température, la quantité d’eau tombée (pluie, neige, grêle) ont une influence à peine sensible sur l’état des malades. Au contraire, les vents, surtout s’ils sont violents, ont une action défavorable ; les vents d’Est, secs , et froids, sont particulièrement à redouter. »

Voici comment l’auteur explique cette influence défa- j

vorable du vent : « L’action des vents violents sur l’organisme est double :'mécaniquement, ils portent préjudice à Ja respiration et empêchent les inspirations profondes, circonstance qui est capable d’augmenter d’une façon dangereuse la soif d’air du phtisique. Plus importante est peut-être encore leur influence sur la peau. Le manteau d’air chaud, dont l’organisme s’environne, sera vite enlevé par un vent un peu vif, si bien que le corps devra produire une plus grande quantité de chaleur, ce qui lui donne l’occasion de^e refroidir. »

C’est en effet contre le vent que se défendent tous les sanatoria, y compris le premier'créé, celui de Gœrbersdorf, car son fondateur Brehmer avait reconnu l’influence néfaste de ce facteur météorologique :

« Il faut porter son attention, dit-il (2), sur ce point que

(1) Bluménfeld.— rjeùer denEinflusz meteorologischer Yorgànge auf den Yerlauf der bacillaren Lungen-schwindsucht, 1892.

(2) Hermann-Brehmbr. — Die Thérapie der chronischen Lung enschwindsacht, le édition, p. 245.

Certains changements de facteurs climatériques, qui sont déjà désagréables aux individus sains ou peuvent même leur être nuisibles, ne doivent pas atteindre le malade, le phtisique. A cette classe appartient en première ligne le vent. A la rigueur l’endroit choisi pourrait encore ne pas jouir de l’immunité phtisique, mais l’établissement, par son emplacement, ne doit pas être atteint par le vent. Contre le froid, contre le soleil, il y a des moyens de protection, contre lovent il n’y en a pas. »

Remarquons bien cette importance attribuée au vent par Brehmer qui va même jusqu’à lui sacrifier l’immunité-phtisique, qu’il considérait comme si nécessaire. Gœrbersdorf fut choisi en conséquence. Le village jouissait de l’immunité phtisique, immunité que Brehmer rapportait aux facteurs climatériques particuliers, — idée abandonnée aujourd’hui puisque la tuberculose se rencontre partout, que sa fréquence croit avec ].a facilité des moyens de communication, décroît avec leur difficulté, — mais surtout Gœrbersdorf était admirablement protégé contre le vent. Ce petit village est situé dans une vallée de la chaîne des Riesengehirge, peu large et limitée par des hauteurs boisées qui la protègent très efficacement de tout vent et particulièrement de ceux du Nord et de l’Est.

Falkenstein est placé dans une vallée ouverte vers le Sud-Est, sur le versant méridional du Taunus, abrité du vent par le Grand Feldberg ("800 m.) par l’Altkonig et d’autres sommets moins considérables. Lavallée, qui n’est pas complètement fermée a, par suite de cette disposition et aussi à cause de sa faible profondeur, l’avantage de n’avoir pas les courants atmosphériques constants qui existent d’habitude dans les vallées profondes et complètement fermées (Blumenfeld).

Partout et toujours on trouve ce souci de la protection

iPiiWi

contre les vents froids, quelle que soit l’altitude du sanatorium, à Davos et à Leysin qui sont protégés par des hauteurs de 2,000 m. comme à Rehburg, où il n’y a|qu’une lignes de collines hautes de 150 à 200 m. au milieu d’une immense plaine. Cette protection, efficacement obtenue pour les sanatoria de montagnes par les hauteurs boisées sur le penchant desquelles on place l’établissement, l’est aussi, quoiqu’à un moindre degré, par le voisinage immédiat des forêts. y

C’est un fait bien connu que le calme de l’atmosphère dans la forêt alors qu’en dehors de ses limites souffle parfois un vent violent. Les forêts jouissent donc d’une grande valeur comme moyens de protection contre le vent. Leur présence au voisinage immédiat de tous les sonatoria que nous avons visités permet au malade de trouver toujours un aii>-ca]me pendant ses promenades. Les directeurs des sanatoria connaissent bien ce fait et par les jours de plus grand vent, pendant l’hiver, alors que le thermomètre marque une dizaine de degrés au dessous de 0, on entend Dettweiler recommander à ses malades ambulants non point de ne pa s sortir mais d’avoir bien soin de ne se promener que dans la forêt qui, d’ailleurs, àFalkenstein, se confond avec le parc. Les indications du thermomètre n’ont à ce point de vue à peu près aucune valeur. Les malades de Davos font en effet la cure à l’air libre par -20° quand ils sont abrités et il est déjà très difficile de se tenir dehors par un vent violent quand le thermomètre marque -5°.

. Nous parlons là de l’action toute locale des forêts, mais elles ont encore un avantage dont oh ne tient pas assez compte. Des collines même élevées ne suffiraient point à elles seules pour abriter un sanatorium, si elles étaient dénudées. Sur ces surfaces le vent court en suivant le sol et il viendrait trouver l’établissement

situé au pied de la colline. C’est ce phénomène bien connu qui fait qu’on ne peut s’abriter du vent derrière le tronc d’un arbre. Les forêts empêchent lèvent de contourner les collines et mettent à l’abri les bâtiments situés sur leur versant.

Nous venons de fparler des forêts comme protection contre le vent, mais cette protection s’exerce de même contre le soleil et contre les hautes températures estivales, plus redoutables souvent [pour le phtisique que les froids les plus rigoureux de l’hiver. Cette question fort importante de l’ombrage sera traitée plus loin lorsque nous nous occuperons des dépendances des sanatoria, des parcs et des promenades qui y sont adjoints.

■ Presque tous les sanatoria sont entourés par des forêts de sapins et c’est un bois de sapins qui s’étend derrière le sanatorium d’Angicourt. Les avantages que présente cet arbre sont nombreux ; son feuillage persistant, ses rameaux qui descendent jusqu’au sol en font un arbre éminemment propice à remplir le rôle de protecteur contre le vent. Son feuillage est assez épais pour abriter suffisamment contre les rayons du soleil, tout en ne l’étant pas assez pour les empêcher complètement de pénétrer. De plus, le tapis d’aiguilles, de pin qui se forme à ses pieds est assez lourd pour n’être pas soulevé par le vent et assez profond pour empêcher le sable dans lequel il a pu être planté d’être enlevé par les rafales, condition qui contribue encore à la puretéde l’air (1). Pourtant cet arbre n’est pas indispensable puisqu’il manque dans l’environ immédiat du sanatorium de Falkenstein, auquel nous revenons toujours comme point de comparaison.

(1) Fehnand Lalesque. — Le sanatorium forestier d’Arcachon, Presse médicale, n» du 10 nov. 1S94.

Si maintenant nous passons au terrain,'nous trouvons bien des couches géologiques différentes pour constituer le sol sur lequel sont bâtis les sanatoria, mais partout nous rencontrons cette même propriété : la perméabilité. Elle est de toute importance en permettant - un rapide écoulement de l’eau, soit après les fortes pluies, soit au moment de la fonte des neiges. Ajoutons d’ailleurs que l’emplacement de tous les sanatoria, sur un terrain en pente, assure au mieux l’écoulement des eaux-, facilité d’ailleurs par un drainage soigneux. On évite ainsi la présence d’eaux stagnantes qui pourraient, par leur présence, déterminer des cornplications paludiques. La perméabilité du sol présente aussi l’avantage de permettre aux malades de faire presque à pied sec leurs promenades, pendant comme après la pluie. A ce point de vue, les forêts, et surtout les forêts de sapins, grâce ftux racines pivotantes de cet arbre, ont l’avantage d’assurer un drainage naturel du sol.

Nous avons dit plus haut que l’établissement devrait être assez isolé de toute grande agglomération humaine et de tout centre industriel. Cet isolement n’est que relatif bien entendu, car le sanatorium doit être facilement accessible et à ce point de vue encore la question devient plus importante lorsqu’il s’agit de sanatoria pour les pauvres. Partout autour des sanatoria, sauf à Hohenlionnef et àReiboldsgrün, on trouve un petit nombre de maisons, formant quelquefois non un village, mais à peine un hameau (Nordrach), destinées à loger les serviteurs ou les gens dont la vie est solidaire de celle du sanatorium. Puis à une distance toujours assez faible, on trouve un grand centre : Francfort pour Falkenstein, Bonn, Cologne, Goblentz pour Hohenlionnef, Breslau pour Gœbersdorf, Paris pour Angicourt, etc. Toutes ces villes, at-

teintes en quelques heures de voiture ou de chemins de fer facilitent les approvisionnements des sanatoria, tout en étant assez éloignées pour empêcher des va-et-vient trop fréquents soit des malades, toujours disposés à abandonner momentanément une cure un peu monotone, soit des visiteurs dont la présence trop répétée est plutôt préjudiciable à la bonne hygiène des malades. Lorsqu’il s’agira de malades pauvres cette distance pourra même parfois être encore réduite pour diminuer les frais de transports et faciliter les relations des malades avec leur famille. C’est cette opinion qui a été émise et défendue au Congrès de Budapesth par le professeur Leyden.

Ainsi donc, pour nous résumer, nous voyons que les sanatoria, pour leur emplacement, ont recherché surtout les conditions suivantes : Pureté de l’air, protection contre lèvent, sous-sol sain et perméable. Ce sont des conditions, semble-t-il, faciles à rencontrer partout et l’on peut voir, qu’à ce point de vue tout au moins, les sanatoria poùrraientêtre multipliés sans grandes difficultés.

Bâtiments et dépèndances.

Les sanatoria ayant été construits àdes époques fort diverses présentent des types de bâtiments différents. Brehmer possédait un établissement de style gothique, d’aspect monumental avec une décoration architecturale nombreuse. D’autres ne sont que des hôtels plus ou moins grands, bien installés au point de vue dù confort, mais ne répondant pas exactement aux besoins de la cure spéciale à laquelle sont astreints les malades. Le type nouveau que nous décrirons, n’existe d’ailleurs que depuis que le docteur Dettweiler a institué la cure de repos, la Liegekur Tous les établissements anciens, n’ayant point com-

pris de galeries de repos spéciales dans le plan primitif ont dû construire des dépendances pour y installer les chaiseslongues, ce qui nuit à l’unité de l’ensemble.

Aujourd’hui, les idées sont mieux arrêtées. Tous les nouveaux sanatoria ont un air de famille ; Falkenstein, Hohenhonnef, Davos, les sanatoria pour les pauvres de Ruppertshain, Rehburg. Heiligen-Schyendi, Angicoùrt. se ressemblent beaucoup. Nous ne les décrirons point cliacun en particulier, les renseignements à ce sujet seront facilement, trouvés dans les livres récents des docteurs Mœller (1) Léon-Petit, (2)Knopf(3).

Nous nous contenterons, pour montrer ce qu’est un sanatorium, de décrire celui de Hohenhonnef qui nous paraît résumer les principaux perfectionnements apportés dans ces derniers temps. Le sanatorium de Ruppertshain, pour les pauvres, construilrdepuis sous la surveillance du docteur Dettweiler ressemble beaucoup à celui des riches et, au point de vue du confort comme à celui de l’hygiène, nos voisins nous montrent qu'on peut faire aussi bien pour les indigents que pour les malades plus fortunés. Les plans du sanatorium d’Angicoùrt que l’architecte, M. Belouet, a eu l’obligeance de me communiquer, inspirés par le docteur Dettweiler, ressemblent beaucoup à ceux de Hohenhonnef.

Le sanatorium de Hohenhonnef, situé sur la rive droite du Rhin, à 236 m. au dessus du niveau de la mer èt à 168 m. au-dessus de Honnef sur le Rhin, est constitué par un vaste bâtiment isolé sur le versant sud-ouest du

(1) Mœller. — Les sanatoria pour le traitement de la phtisie, Bruxelles 1894.

(2) Léon Petit. — Le phtisique et son traitement hygiénique, Félix Alcan 1895.

(3) S. A. Knopf. — Les sanatoria. Carré 1895.

groupe de hauteurs connu sous le nom des Sept-Montagnes. La façade de l’établissement regarde, dans son ensemble, vers le sud-ouest, par où la vue s’étend librement sur la vallée du Rhin et les hauteurs qui la limitent.

Le sanatorium se compose d’un bâtiment principal élevé sur sous-sol de trois étages. De chaque côté se détachent sous un angle obtus des ailes présentant le même nombre d’étages. Cette disposition est généralement adoptée ; on la retrouve à Falkenstein, à Heiligen-Schvendi et àAngicourt. A Ruppertshain on s’est contenté d’incurver le bâtiment, mais le résultat obtenu est toujours le même ; on délimite devant l’établissement une terrasse encore mieux abritée des vents que le reste du parc et où l’air est généralement calme. Les verandahs de cure étant adossées aux bâtiments, ce calme de l’air rend le séjour au dehors plus agréable aux malades. A Falkenstein, cette disposition a môme été conservée lorsqu’on a adjoint des dépendances au corps de bâtiment principal. Les nouvelles constructions sont reliées aux premières par des galeries faisant avec la façade principale un angle de 150“. Cette dispositionparticulière, dont les avantages se voient facilement' n’existe pas partout ; elle manque notamment à Goerbersdorf et à Leysin. Ces stations sont d’ailleurs admirablement protégées contre le vent par la configuration du sol. Mais ce que l’on rencontre partout ou àpeu près, c’est l’orientation de la façade vers le Sud (Sud-Est ou Sud-Ouest), ce qui permet une abondante insolation des chambres, très importante au point de vue hygiénique.

Le sous-sol renferme les caves de l’établissement, les chambres de provisions, deux machines pour le chauffage (système à eau chaude) une salle de douches, une salle d’inhalations, la bibliothèque pour les malades et 4 garde-

robes ; les galeries où se fait la cure se trouvent devant tout le sous-sol.

Au rez-de-chaussée, nous rencontrons sur la façade du bâtiment : une salle d’attente, un jardin d’hiver, une salle de lecture, le salon des dames, la salle de musique, le billard. Dans l’aile orientale, en plus de la salle de billard se trouvent cinq chambres pour les malades. Dans l’aile occidentale sont le cabinet de consultation du médecin, le laboratoire de pharmacie et les chambres du personnel.administratif. Notons de suite que, dans le corps de bâtiment central, toutes les pièces où se tiennent les malades sont disposées sur la façade sud ; la façade nord est occupée par un couloir, une garde-robe, un office, laçage de l’ascenseur, les water-closets. Au rezde-chaussée, de chaque côté de la porte d’entrée se trouvent d’une part le bureau, d’autre part la poste (télégraphe et téléphone).

Les premier, deuxième et troisième étages sont occupés par des chambres de malades, sauf au t*'' étage où toute l’aile occidentale est réservée au médecin. Toutes les chambres de malades sont au sud ; au nord court le couloir avec deux chambres pour les infirmières, un office, des water-closets, une salle de bains, la cage de l’ascenseur. De plus, les étages sont réunis par trois escaliers, l’un central, les deux autres au point de réunion des ailes avec le bâtiment principal Le plancher de tou s les couloirs et escaliers est recouvert de linoléum : les tapis sont réduits au strict nécessaire.

Avant de décrire une chambre de malade, nous allons en finir rapidement avec l’énumération des bâtiments.

Derrière l’établissement, se trouve la salle à manger, précédée de deux petites salles particulières et d’un vestiaire ; au dessous de la salle à manger sont les cuisines, la vraie pharmacie de l’établissement suivant l’expres-

sioii de Dettweiler. Cet isolement des cuisines empêche leurs odeurs particulières de venir impressionner désagréablement les malades pendant leur cure.

Les machines à vapeur, les dynamos, les accumulateurs, les pompes, la blanchisserie, l’étuve à désinfection sont situés dans la vallée de l’Asbach à 150 mètres au dessous, si bien que l’établissement est exempt de toute poussière, fumée et bruit. Un petit tramway funiculaire électrique relie le sanatorium à ces dépendances.

Aucune des chambres de malades n’est sur la façade nord, presque toutes sont au Sud, quelques-unes de celles qui sont situées dans les ailes sont soit à l’Est, soit à rOuest-Nord-Ouest, mais aucune n’est privée complètement de soleil. Cette orientation particulière des chambres se retrouve dans tous les nouveaux sanatoria. A Angicourt, les ailes étant plus longues qu’à Hohenhonnef on a pu conserver la disposition des chambres uniquement sur la façade méridionale.

Les chambres de malade ont l’aspect un peu nu, car elles ne comprennent que les meubles indispensables : chaises, table, toilette, armoire, etc. et en plus une chaiselongue du même modèle que celles qui servent à faire la cure d’air dans les galeries. Autant que possible, lapis, rideaux, tentures ont été supprimés pour éviter les poussières qui accompagnent toujours ce genre de confort.

Le parquet est recouvert de linoléum, facile à nettoyer au moyèn d’un linge humide ou trempé dans une solution antiseptique. Les murs sont peints à l’huile, ou recouverts de papier vernissé facile à laver. Les angles n’ont point été arrondis, comme le désireraient quelques directeurs de sanatoria pour les constructions futures et comme le réalisera M. Belouet à Angicourt.

11 y a aussi quelques chambres à deux lits, destinées à des ménages et peu recommandables à cause des dan-

gers de contagion que fait courir une cohabitation si intime, malgré les précautions prophylactiques prises pour éviter la diffusion du bacille de Koch.

Ajoutons qu’à Nordrach, chaque chambre est munie d’une toilette avec robinets d’eau chaude et d’eau froide, et d’un appareil à douche chaude ou froide, suivant les; préférences du malade.

Les chambres les plus petites.à Hohenhonnef, ne cubent pas moins de 60 mètres. ^Ge cubage s’abaisse beaucoup dans d’autres sanatoria. Le docteur Turban, dans les instructions qu’il a rédigées pour la création en Suisse de sanatoria, estime que 30 mètres par personne suffisent dans les chambres à coucher ; c’est ce qui arrive au sanatorium pour les pauvres de Heiligen-Schwendi où les malades ont de 27 à 30 mètres par lit. Une bonne ventilation assure d’aillleurs le renouvellement incessant de l’air.

Presque toutes les chambres sont munies de portesfenêtres qui donnent accès sur un balcon assez large pour qu’on y puisse placer une chaise-longue. Les malades alités ont ainsi la possibilité d’être transportés au grand air, pendant quelques heures par jour, lorsqu’ils sont trop faibles pour descendre faire la cure dans les galeries du rez-de-chaussée. Ges fenêtres assurent la ventilation de la chambre; elles restent toujours ouvertes ou entr’ouvertes, le jour comme la nuit. De plus, des vasistas, des vitres perforées, des châssis mobiles, sont disposés au-dessus des fenêtres pour permettre une aération continue, dans le cas où, pour une cause quelconque, la fenê’tre devrait rester close.

La question de la ventilation préoccupe tous les directeurs de sanatoria. Elle est ordinairement résolue d’une façon bien simple, puisque tous les malades, jour et nuit, été comme hiver, doivent garder leurs fenêtres ou-

SENATORIUM DE HOHENHONNEF Sous-Sol

vertes. Mais, comme il ne faut rien négliger, nous avons vu qu’on disposait en outre de vasistas ; l’air vicié est enlevé par des cheminées d’appel dont l’ouverture, munie de clapets mobiles, se trouve près du plafond des chambres. Dans ces conditions, le renouvellement de l’air est incessant et se fait sans les courants d’air, si redoutés des malades.

Nous venons devoir que, dans les sanatoria pour les riches, les chambres de malade sont à un lit, rarement à deux. On prend même certaines précautions, pour que ces chambres soient bien séparées les unes dès autres, de façon que les malades, en toussant la nuit, ne se gênent point mutuellement. Ce. système excellent n’a pu malheureusement être appliqué dans les sanatoria pour les pauvres. On n’y dispose que de quelques chambres isolées pour les malades les plus graves ou ceux qui toussent le plus, les autres sont répartis dans des dortoirs de 3, 5 ou même 81its(Ruppertshain, Rehburg, Heiligen-Schwendi). A Angicourt les plus grands dortoirs n’auront que 7 lits. Les inconvénients que le docteur Wasserfuhr trouve dans cette cohabitation âu point de vue des bruits de toux et de la contagion possible des convalescents n’existent pas, comme le fait remarquer le docteur Turban : « Les expériences faites dans les établissements existants démontrent que la plupart des malades, surtout ceux qui ne sont pas gravement atteints, perdent très facilement leur toux et que le danger, d’une nouvelle contagion du mal, s’il existe effectivement au sens de l’opinion du docteur Wasserfuhr, peut être conjuré, grâce à une discipline sévère exercée sur les crachats et à une stricte observation des règles de la propreté».

Signalons aussi à Hohenhonnef, que chaque étage possède une chambre plus grande dans laquelle les con-

valescents qui ont été longtemps alités peuvent se tenir avant d'affronter la vie ordinaire à l’air libre dans les galeries de cure. C’est une chose très appréciée des malades, le passage de la chambre à la vie au dehors leur paraît moins difficile.

L’éclairage de toutes les pièces se fait à l’électricité ; il en sera de même à Angicourt. C’est le mode d’éclairage le plus recommandable au point de vue hygiénique, puisqu’il évite toute viciation de l’air par des produits de combustion, ce qui se produit avec les autres modes d’éclairage (gaz ou pétrole) employés dans les anciens sanatoria.

Les anciens établissements étaient chauffés au moyen de poêles disposés dans chaque chambre. Des raisons d’économie ont même forcé d’employer encore ce moyen pour le sanatorium de la ville de Brême à Rehburg. Mais partout ailleurs on rencontre le système de chauffage central, beaucoup plus commode à régler et à surveiller avec un personnel beaucoup moindre. A Rehburg, les poêles de fonte, placés à l’extérieur des chambres sont alimentés par le couloir de dégagement, l’air chaud est admis dans les chambres au moyen de bouches de chaleur s’ouvrant et se fermant à volonté.

Gomme calorifères, on rencontre les trois systèmes en usage partout, à air chaud (Gœrbersdorf), à eau chaude (Hohenhonnef, Heiligen-Schvendi), parla vapeur à basse pression (Falkenstein, Davos, Leysin, Angicourt et la plupart des établissements). De-plus à Hohenhonnef, des foyers libres ont été ménagés dans les salles de réunion. De tous ces systèmes celui qui présente le moins d’inconvénients est le chauffage par la vapeur à basse pression, d’autant plus qu’il s’allie facilement à une parfaite ventilation.

La vapeur d’eau à basse pression (au-dessous de deux

atmosphères) arrive dans des tuyaux, avec ou sans ailettes, qui serpentent dans des caisses placées de préférence au-dessous des fenêtres ou contre le mur extérieur. L’air pris directement au dehors s’échauffe autour des tubes,se répand dans l’appartement puis s’échappe par les cheminées d’appel. Un robinet commande l’arrivée delà vapeur dans ces caisses et, par son ouverture ou sa fermeture, permet de régler facilement la température de la chambre.

Les systèmes à eau chaude ne peuvent donner une température suffisante pendant les grands froids; ils sont peu maniables puisque les tuyaux pleins d’eau chaude mettent un certain temps à se refroidir, quand on a fermé le robinet d’accès. Pourtant on les rencontre encore dans un certain nombre ; d’établissements parfois, comme à Heiligen-Schvendi, c’est une raison d’économie qui a fait pencher la balance en faveur de ce système. Il est douteux qu’en hiver, avec le grand nombre de fenêtres ouvertes dans un sanatorium, ce chauffage puisse suffire ; il faudra sans doute le compléter par l’allumage de poêles en faïence.

Presque tous les sanatoria ont capté, pour leur consommation, une eau de source voisine. A Hohenhonnef, la source se trouve dans l’Asbachthal. Des pompes à vapeur la font monter de 180 m., c’est-à-dire dans un réservoir situé à 30 m. au-dessus de l’établissement. La pression est ainsi suffisante pour desservir tous les étages du bâtiment et permettre de parer aux dangers d’un incendie. Cette captation d’une source spéciale pour l’établissement, est indispensable, d’autant plus que, par ce moyen, le sanatorium se met à l’abri des épidémies typhoïdiques pu autres qui peuvent régner dans la contrée.

Nous en arrivons maintenant, avant de décrire les

BEA.ULA.VON

dépendances de l’établissement, à parler du système des égouts. La question est assez complexe; il est très difficile, si le sanatorium se trouve isolé, de le relier au système d’égouts d’une ville voisine sans occasionner une énornie dépense. De plus, les municipalités peuvent très bien refuser de recevoir ces vidanges^, comme ce fut le cas pour la ville de Cronberg près deFalkenstein. AHohenhonnef, on fit une canalisation spéciale qui conduisit les eaux d’égout directement jusqu’au Rhin. Mais à Falkenstein, il n’y. avait pas de grands cours d’eau à portée,; il fallut résoudre le problème autrement, par l’épandage, solution qui a aussi depuis été adoptée pour Ruppertshain.

Les eaux du sanatorium de Falkenstein sont toutes dirigées vers un collecteur qui renferme deux bassins de contenance suffisante pour .pouvoir recevoir chacun toutes les eaux de 24 heures. Les deux bassins sont mis en . communication par un siphon et, en y passant, les eaux s’y mélangent à du sulfate d’alumine. Du second bassin les eaux sont conduites à quatre bassins de décantation où, en 48heures, par une sorte de collage effectué par le sulfate d’alumine, elles laissent déposer toutes les matières en suspension. • Elles sortent alors assez claires et dépourvues de principes nuisibles et peuvent être déversées dans les ruisseaux voisins.

Quant aux matières déposées, elles sont enfoncées sous terre et sur elles on sème des plantes vivaces. Cette terre est ensuite, un ou deux ans plus tard, répandue sur la propriété ou sur les champs voisins. Ce système, établi en 1883, fonctionne très bien et n’a jamais occasionné de plaintes des propriétaires voisins. C’est ce système exactement qui sera installé à Angicourt.

Jusqu’à présent, le sanatorium ne diffère guère d’une

maison quelconque hygiéniquement construite. Ce que nous allons décrire, les galeries de cure, imprime au sanatorium son caractère spécial d’établissement où les malades doivent pratiquer, par tous les temps, par toutes les saisons, la cure àl’air libre.

A Hohenhonnef, comme à Falkenstein, la galerie principale se trouve sur le devant de la façade du bâtiment. Elle correspond au sous-sol et est au niveau de la terrasse délimitée par les deux ailes de l’établissement. Cette galerie est séparée par des cloisons en petits compartiments qui coupent d’une façon heureuse la longue file des malades, d’un aspect toujours assez triste. Cette longue galerie se trouve en communication directe avec les bâtiments du sanatorium, considération importante, puisque les malades peuvent ainsi se rendre à leurs chaises-longues sans s’exposer aux intempéries. De plus, à Hohenhonnef et dans tous les sanatoria, on trouve, disséminés dans le jardin, d’autres vérandahs, pavillons, châlets de toute forme où les malades peuvent aussi faire la cure. Ces divers kiosques sont d’un séjour très agréable en été ; ils permettent en outre aux malades qui le désirent de s’isoler plus complètement.

Les galeries de cure sont couvertes, munies d’un mur derrière et sur les côtés, et ouvertes sur le devant, en règle générale. Quelques pavillons octogonaux, ne communiquent avec l’extérieur que par un des pans de l’octogone. La profondeur de ces galeries est d’au moins 3 m., mais presque toujours d’un peu plus pour laisser un large passage aq pied des chaises-longues. De grands rideaux permettent de protéger les malades soit contre le soleil, soit contre la pluie, la neige ou les coups de vent. Grâce .à un ingénieux dispositif, le docteur Turban, à Davos, a fait construire une galerie de cure qui s’ouvre à volonté vers le nord ou vers le sud. Cette

galerie lui rend surtout de grands services pendant les fortes chaleurs de l’été. Pour s’abriter plus facilement contre le vent, le docteur Dettweiler a imaginé et répandu dans le parc de Falkenstein quelques pavillons de cure tournants. Ils sont fort, goûtés des malades qui varient à volonté leur horizon et s’orientent toujours de la façon la plus propice pour ne pas souffrir du vent ou de la pluie.

L’ameublement des galerie^ de cure est peu compliqué. Comme il faut que les malades puissent rester de longues heures sur leur chaise-longue sans avoir besoin de se déranger, il est de toute nécessité que celle-ci soit confortable et qu’un meuble à portée de la main perme^e de poser un livre ou quelque ouvrage. Aucun autre meuble n’est nécessaire ôu utile.

Le modèle de chaises-longues généralement adopté est . la chaise-longue dite de Falkenstein, qui a subi d’ailleurs quelques modifications. La chaise-longue a un dossier incliné à environ 45“ ; une courhure est ménagée pour que les jambes se posent commodément et que le corps ne glisse pas ; deux bras soutiennent les coudes du malade. A Hohenhonnef et, d’une façon générale, dans * les nouveaux sanatoria, le dossier de ces chaises-longues est mobile. L’inclinaison s’en varie facilement ; le malade peut faire lui-même la transformation, s’il en a l’habitude ; un infirmier qui est toujours présent peut d’ailleurs l’aider. Cette facilité de faire varier l’inclinaison du dossier permet aux malades de prolonger une cure qui finit toujours par être un peu fatigante quand on ne peut changer de position. De pins, le dossier, en s’étendant tout à fait, change la chaise-longne en un lit, fait prendre au malade la position horizontale très recommandée par les médecins qui font faire des exercices respiratoires réguliers (D’ Weicker). Sur la chaise-

longue se trouve un matelas plus ou moins élégant, parfois en cuir dans les sanatoria pour les pauvres, mais toujours mobile de façon à pouvoir être facilement désinfecté.

A côté de cette chaise-longue, la plus employée, que l’on rencontre dans les chambres des malades aussi bien qu’au dehors, nous devons signaler une sorte dé lit de camp imaginé par le D'' Weicker, très bon marché, qui peut remplacer la chaise-longue et qui, dans l’esprit de son auteur, rendrait surtout des services dans les sanatoria pour les pauvres. Ce lit est constitué par un cadre en fer, pouvant se plier en 3 et supporté par 4 pieds. Sur ce cadre est tendue une simple toile ; si l’on veut transformer le lit en chaise-longue, il suffit de relever plus où moins une des extrémités qui vient former dossier.

Une table doit aussi se trouver à côté de chaque malade dans les galeries de cure. Celui-ci y descendra le matin ce dont il a besoin pour passer sa journée et évitera ainsi de remonter dans sa chambre à chaque instant. Comme la cure à l’air libre se poursuit dans la soirée jusqu’à 10 heures et qu’en hiver la nuit vient avant 5 heures ces galeries sont éclairées soit par le pétrole, soit par le gaz ou l’électricité.

Si maintenant nous passons à la description des dépendances de l’établissement, il nous' est très difficile de prendre un sanatorium particulier comme modèle. Nous ne pouvons que dire ce qui existerait dans un sanatorium complet, en prenant un peu dans les uns et dans les autres ; les plus parfaits a ce point de vue sont Falkenstein, Hohenhonnef et le sanatorium Brehmer à Gœrbersdorf.

Une étable est chose indispensable, car cetle organisation permet seule la surveillance sévère des vaches et par conséquent de la qualité du lait. A Falkenstein

les vaches reçoivent des aliments secs faciles à surveiller ; elles sont changées tous les six mois et visitées chaque semaine par un vétérinaire. De cette façon on évite toute maladie transmissible parde lait aux malades. Quand la vacherie n’appartient pas à l’établissement le médecin se réserve sa surveillance et contrôle attentivement ses produits (Turban à Davos).

Une écurie et des remises, avec chevaux et voitures, sont ] nécessaires non seulement pour les besoins de l’établissement, mais aussi pour les malades qui désirent faire quelque promenade. Le docteur Meissen y joindrait volontiers une porcherie pour la consommation des détritus ; il la faudrait assez éloignée de l’établissement pour que ses odeurs ne viennent point affecter désagréablement les malades sur leurs chaises-longues.

Une blanchisserie et un séchoir dépendant du sanatorium et réservés non seulement au linge de l’administration, mais aussi à celui des malades, fonctionnent à Hohenhonnef et dans quelques autres sanatoria. Ces blanchisseries permettent de prendre les mesurés de désinfection nécessaires pour éviter la propagation de la tuberculose. Quand le linge est donné à blanchir au dehors, il va sans dire qu’il est toujours préalablement désinfecté.

Cette désinfection se fait au moyen d’une étuve à vapeur qui ne manque pour ainsi dire dans aucun sanatorium. On la trouve aussi bien dans les établissements construits pour les riches que dans ceux construits pour les pauvres, sauf à Rehburg où le linge et les matelas de tout le village sont désinfectés dans une étuve municipale .

Ajoutons encore parmi les bâtiments dépendant de l’établissement qu’on trouve à Leysin, en arrière du sanatorium, éloigné d’une centaine de mètres, un pavillon

isolé destiné à recevoir les malades atteints de maladies contagieuses, rougeole, scarlatine, etc. Cette création est heureuse car les dangers d’une épidémie au milieu d’une population de phtisiques n’ont pas besoin d’être longuement exposés.

Nous avons vu qu’à Hohenhonnef. le médecin occupait toutes les chambres de l’aile occidentale. Ordinairement, le médecin n’habite pas le sanatorium, mais une villa, indépendante, bien qu’à promixité de l’établissement. A Hohenhonnef, le conseil d’administration a décidé de faire de même et prochainement le médecin possédera son habitatio'n propre.

Nous passons maintenant au parc qui entoure tout sanatorium et où les malades peuvent accomplir les promenades graduées que leur prescrit le médecin. Hohenhonnef se trouve au milieu d’un parc naturel de. 25 hectares où les sapins sont en abondance. Falkenstein a un parc plus petit, mais est entouré de collines boisées qui continuent son domaine. Les allées qui parcourent ces collines sont d’ailleurs entretenues par le sanatorium. Des bancs et des kiosques y ont été élevés pour permettre aux malades de se reposer pendant leurs promenades. Mais tes parcs les plus beaux appartenant à un sanatorium sont ceux de Gœrbersdorf, de Rompler comme de Brehmer. Chez le premier, les allées sont réparties en trois étages et suivant qu’elles appartiennent à l’une ou l’autre de ces catégories, elles sont horizontales, à pente douce ou à pente accentuée. Cette disposition est commode pour les prescriptions des promenades. Mais le parc qui est, pour ainsi dire, le modèle du genre est celui que Brehmer a créé de toutes pièces. On en trouvera une excellente description dans la thèse du docteur Knopf ; nous ne la reproduirons pas ici, mais nous voulons mettre en lumière les indications qui s’en dégagent et que

Brehmer a lui-même exposées dans un dé ses livres (1).

Le parc doit être assez grand pour que les malades y puissent faire toutes leurs promenades et les varier comme bon leur semble pour, éviter la monotonie. Il doit être assez grand pour qu’on n’ait point à craindre de voir une agglomération de maisons se constituer dans le voisinage de l’établissement ; l’air y restera donc pur. L’accès du parc, propriété de l’établissement, sera interdit au public, à tous ceux qui ne sont pas malades ; on évitera ainsi aux phtisiques, obligés de suivre une hygiène sévère, les tentations de distractions qui leur sont préjudiciables ,

Les allées sont dessinées de façon à présenter toutes les inclinaisons possibles, sans" cependant atteindre des pentes trop raides qui fatigueraient le malade et lui demanderaient des efforts re^iratoires trop considérables. Tous les vingt pas, dans le parc de Brehmer, on rencontre un banc (il y en aplus de 400). De nombreux kiosques de tout style, de toute forme, dont un même est chauffé, permettent aux malades de se reposer à tout moment de leurs promenades. De plus, des chaises-longues et des hamacs sont installés partout.

L’établissement est situé au bas du parc si bien que le malade ne fait d’efforts que dans la première partie de sa promenade, le retour s’effectue toujours plus facilement. Cette disposition a son importance : le phtisique a toujours une tendance à s’exagérer ses forces et s’il commence sa promenade en descendant, il a bien des chances de se laisser entraîner à la faire trop longue. Son retour le fatiguera, le surmènera et il en pourra résulter

(1) Brehmer. Bie Thérapie der chronischen Lungenscluoindsucht. Wiesbaden. Bergmann, 1887.

des accidents graves, parfois même mortels, comme nous en rapportons plus loin.

Au voisinage immédiat de l’établissement, il faut aussi disposer de nombreux cliemins horizontaux,les uns ensoleillés, les autres ombragés, dont profiteront les malades les plus faibles. Si le soleil peut être utile à quelques malades affaiblis ou anémiés, il est nuisible à la plupart d’entre eux, aussi devra-t-on faire en sorte que presque toutes les allées soient ombreuses. Il sera bon que l’une d'’entre elles bien abritée permette aux malades de gagner directement la partie boisée sans s’exposer aux rayons du soleil.

Certains sanatoria comme Falkenstein possèdent une galerie, un préau couvert qui peut servir de lieu de promenade pendant les jours de pluie, mais les malades en usent peu. Ils font leur promenade au dehors par tous les temps, abrités par des manteaux et des parapluies. Les chemins bien perméables et en pente ne gardent point de flaques d’eau et l’on y marche presque à pied sec malgré la pluie.

Nous en avons fini avep la description des bâtiments et dépendances d’un sanatorium. On nous pardonnera d’être entré dans tant de détails, mais un tel établissement n’existant point en France, nous avons cru bon de montrer ce qu’il était, quand il était complet.

Page 1