‹ Contribution à l'étude du traitement de la tuberculose pulmonaire par l'hyposulfite double d'or et de sodiumChapitre 17 sur 55 · ISA · texte numérisé non relu

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d'espérer la stérilisation complète des lésions tuberculeuses. L’hyposulfite d’or devait de plus exercer une véritable bactériolyse. Celle-ci libérait des toxines spécifiques déterminant, chez les animaux traités, des accidents graves que l’auteur avait assimilés à ceux qui se produisent lors d’une injection de tuberculine dans un organisme sensibilisé.

Sur quels faits repose cette hypothèse ?

1° Chez le cobaye tuberculisé la mort se produit avec des doses d'hyposulfite d’or inoffensives pour le cobaye sain;

2° Chez les animaux de laboratoire on constate les mêmes lésions que celles qu'on observe avec les injections de tuberculine :

3° Il s’agit bien d’un shock tuberculinique parce qu'un sérum riche en anticorps spécifiques injecté au moment des accidents suffit à les juguler. :

Il faut remarquer tout d’abord que l’action bacté- riolytique, qui est à la base de toute la théorie, n’a pas été constatée in vitro par le Professeur Calmette : des bacilles de Koch ont été mis en contact avec une solution concentrée du sel pendant 3 h. 1/4 On a injecté ensuite les Bacilles centrifugés, à des lapins qui meurent avec des lésions tuberculeuses typiques; ceux qui reçoivent le liquide de centrifugation restent indemnes ou meurent sans lésions.

Des expériences . de contrôle semblent infirmer l'analogie avancée par le savant danois entre le shock sanochrysien et le shock tuberculinique vrai.

1° La différence entre les doses mortelles n’est pas aussi considérable que le dit Mollgaard (rapport de

ot

1 à 10). En effet, par voie buccale la mort se produit chez le cobaye sain avec 0 gr. 40, chez le cobaye tuberculex avec 0 gr. 32 (Calmette). Par voie sous-cutanée (MM. Fernbach et Rullier), 5 centigrammes entraînent toujours la mort du cobaye tuberculisé, mais il ne faut que 0 gr. 085 pour tuer un cobaye sain et parfois la même dose de 0 gr. 05 est suffisante.

2° Les lésions constatées après la mort ne diffèrent pas sensiblement chez les animaux sains et tuberculeux (Fernbach et Rullier). Les animaux sains présentent « une forte hyperhémie au niveau des ganglions et du tissu périganglionnaire, une congestion intense du foie, de la rate et de l'intestin grêle, parfois des poumons; et au point d'injection de larges suffusions sanguines et même une véritable escarre ». Chez les cobayes tuberculeux, « nous avons constaté, maïs avec de grandes différences individuelles, qui ne paraissent nullement en rapport avec les lésions tuberculeuses, des phénomènes d’hyperhémie au niveau des ganglions et des signes évidents de congestion du côté des viscères ». Et les auteurs se demandent si les symptômes observés, pour qui connaît l’extréme sensibilité de l’organisme tuberculeux à tous les poisons, ne sont pas dûs simplement à l’exagération des phénomènes toxiques présentés par les animaux normaux.

3° Enfin, le fait que le shock sanochrysien peut être neutralisé par un sérum tuberculeux spécifique, n’est pas une preuve suffisante de l'identité du mode d’action de l’hyposulfite d’or et des poisons tuberculeux, tout au moins dans les conditions où s’est placé Moil-

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gaard. Celui-ci, en effet, pour affirmer la valeur du sérum préparé par Madsen s’est basé, d’une part, sur sa richesse en anticorps, d’autre part, sur.sa capacité de guérison des accidents observés pendant le traitement.

Or, d’après le Professeur Calmette, la richesse en anticorps d’un sérum tuberculeux ne correspond nullement à son pouvoir antitoxique : « Anticorps ne veut pas dire antitoxines. Ceux-là n’exercent aucune action protectrice. Si riches que puissent être en anticorps les meilleurs sérums actuellement connus, aux doses auxquelles on les injecte, ceux-ci n’ajoutent presque rien aux quantités normalement beaucoup plus considérables de ces substances que renferme la masse du sang des organismes tuberculisés. »

Prendre comme critère de spécificité du sérum, son aptitude à guérir les accidents survenant au cours du traitement c'était supposer que l'hypothèse (bactériolyse et libération de toxines) était vérifiée. Pour prouver cette hypothèse définitivement, il fallait faire la contre-épreuve et montrer que le sérum était capable de neutraliser un shock tuberculinique vrai.

Cette expérience a été réalisée par MM. Fernbach et. Rullier.

Des cobayes reçoivent tuberculine à doses mortelles et sérum riche en anticorps : ils meurent tous dans. les délais habituels.

Un second groupe reçoit de l’hyposulfite à dose mortelle et la même dose de sérum : les animaux résistent de 10 jours à un mois. Enfin, les animaux

auxquels on n’a injecté que de l’hyposulfite d’or meurent après 2 ou 3 jours,

Le sérum peut donc neutraliser l’action d’une dose mortelle d’hyposulfite d’or, mais ne peut empêcher Paction d’une dose léthale de tuberculine. « Dans ces conditions, il semble difficile d'admettre une identité quelconque d’action entre la sanochrysine et la tuberculine. »

En résumé, le Professeur Mollgaard avait cru découvrir un médicament à action rigoureusement spécifique qui détruisait le Bacille de Koch et mettait ses toxines en liberté. Aux preuves habituelles de prévention et de guérison de la tuberculose expérimentale, il avait ajouté ces arguments indirects du shock et de son traitement.

Or, les faits expérimentaux apportés depuis ses travaux et que nous venons de passer en revue, ne permettent pas de considérer l’hyposulfite d’or comme une substance possédant toutes ces propriétés. On ne lui dénie pas une certaine valeur bactéricide in vitro (Arloing, Calmette, Sweany) qui peut même être plus considérable sur d’autres microorganismes moins bien défendus que le Bacille de Koch (expériences de Levaditi, Girard et Nicolau), mais, dans les conditions rapportées plus haut, il ne suffit ni à protéger, ni à guérir les animaux de laboratoire sensibles à l'infection tuberculeuse. Quant à l’action bactériolytique elle paraît fort improbable : de même la pathogénie ingénieuse des accidents que le savant danois avait basée sur elle. |

Mois pourquoi de telles différences entre ces résultats ? Pour expliquer les expériences si concluantes

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de Môllgaard, le Professeur Bang a émis l'hypothèse que celui-ci s’était servi de souches de bacilles bovins vieillies au laboratoire et trop peu virulentes : d’où l'affirmation des propriétés hautement bactéricides. La méconnaissance de la toxicité propre à l’hyposulfite d’or chez l’animal tuberculeux a conduit Mollgaard à attribuer à la bactériolyse les accidents dûs probablement à l’intoxication métallique : nous verrons dans la seconde partie en étudiant les accidents qui surviennent chez l’homme que ceux-ci ne présentent aucune spécificité.

D'un autre côté, il faut remarquer que toutes les expériences qui contredisent celles de Mollgaard ont été faites sur des cobayes. Or, d’après lui, les recherches sont très difficiles à mener chez cet animal à cause de son extrême sensibilité à l’infection tuberculeuse et à l’hyposulfite d’or.

Il reste cependant des expériences du savant danois que l’hyposulfite d’or (tout en ne possédant pas d’action spécifique) semble agir sur le développement des lésions tuberculeuses à marche lente : ses travaux, que personne n’a repris jusqu’à présent, sur la guérison de la tuberculose expérimentale des Bovidés, en sont la preuve.

De nouvelles recherches expérimentales sont nécessaires pour savoir la valeur de l’hyposulfite d’or et pour préciser son mode d’action.

Mais nous pouvons nous rendre compte dès maintenant des résultats que l’on obtient en l’employant en tuberculose humaine : la deuxième partie de ce travail y sera consacrée.

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