INTRODUCTION
La chimiothérapie, qui avait à son actif, à la suite des travaux d’Ehrlich, de si beaux succès dans le trai-
tement des spirilloses, était une voie logique dans :
laquelle devaient s'engager les chercheurs pour le traitement de la tuberculose. Ils se sont tout d’abord adressés, pour détruire le Bacille tuberculeux, à des antiseptiques dont la puissance microbicide fut suffisante, tout en laissant intacte la vitalité des tissus cellulaires. Mais toutes les substances employées se révélèrent inefficaces parce qu’elles étaient détruites avant de parvenir jusqu’aux lésions tuberculeuses.
Des essais chimiothérapiques furent tentés un peu partout, avec les substances les plus diverses. Cependant, les sels des métaux lourds, surtout ceux de cuivre et d’or, retinrent plus particulièrement l’attention. Les sels de cuivre avaient été essayés, en 1894, par Luton, qui avait remarqué la rareté de la tuberculose chez les ouvriers qui les employaient.
He oues
Plusieurs expérimentateurs (Harry J. Corper, Grysez, Von Linden) reprirent cette question, mais leurs essais cliniques ne parurent jamais très probants. Et même les travaux de ces dernières années tendaient à établir, que l’espoir d'obtenir des résultats devait être considéré comme très incertain, parce que les sels employés étaient plus dangereux pour l’organisme que pour les bacilles.
Les sels d’or retinrent encore plus particulièrement l’attention, depuis que Robert Koch, au Congrès de Médecine de 1890, eut signalé que le cyanure d’or, en solution à 1 pour 1.000.000, empêchait le développement des cultures du Bacille de Koch. Se basant sur cette expérience, des auteurs essayèrent de combattre la tuberculose avec ce sel. Ce traitement fut bientôt abandonné à cause de sa toxicité et des résultats expérimentaux de Calmette et Breton. Ceux-ci (C. R. Société de Biologie, 1913), montraient en effet qu’on pouvait facilement accoutumer les Bacilles de Koch à pousser en présence de quantités progressivement croissantes de sels d’or. Malgré cela, récemment, les recherches .sur Paurothérapie de la tuberculose, furent reprises en’ Allemagne par Feldt ét Spiess. Elles aboutirent, en 1917, à la création d’un sel double de sodium en partant d’un‘acide organique complexe, dans:lequel un atome d’or est fixé sur le noyau benzénique ce sel a reçu le‘nom. de Krysolgan. Feldt, qui traite dés malades depuis huit ans par lPaurothérapie, estime que l’action chimiothérapique de son produit ne serait que le résultat d’un effet catalytique; stimulant les réactions de défense de l'organisme: .
C’est en reprenant les travaux de Feldt, pour essayer de combattre cette théorie de l’action catalytique qu’il jugeait fausse, que le Docteur Holger Môllgaard, professeur de physiologie à l'Ecole vétérinaire de Copenhague, après avoir essayé depuis 1920, de nombreuses combinaisons auriques, aboutit à la découverte d’un composé nouveau qu’il baptisa du nom de « Sanochrysine ». Celui-ci n’était autre que l’hyposulfite double d’or et de sodium découvert, il y a longtemps déjà, en 1845, par deux chimistes français, Fordos et Gelis (1), mais qui était resté sans emploi en thérapeutique. Les résultats de ses recherches expérimentales furent consignés dans un livre « Chemotherapy of Tuberculosis >», qui parut à Copenhague, en novembre 1924. La Sanochrysine semblait devoir être le remède vraiment spécifique de la tuberculose pulmonaire, en ce qui concerne tout au moins l’infection expérimentale des Bovidés. Les résultats obtenus étaient si favorables, que les cliniciens danois employèrent immédiatement le produit pour traiter des tuberculeux pulmonaires et contrôler son efficacité en tuberculose humaine. Leurs premières recherches parurent à la suite du livre de Môllgaard.
La nouvelle de la découverte d’un nouveau médicament chimique se répandit rapidement dans le monde médical, grâce à la diffusion du livre de Môllgaard et à la propagande que l’auteur et ses collaborateurs firent un peu partout pour leur méthode. Des commissions scientifiques furent nommées en France, en Allemagne, en Angleterre : elles devaient essayer la Sano-
(4) Annales de physique et chimie, 1845.
Lun Vie
chrysine sur les tuberculeux pulmonaires et contrôler les résultats des auteurs danois.
A Lyon, on essaya, dans. divers services d'hôpital ou de sanatorium, un hyposulfite double d’or et de sodium fabriqué au Laboratoire des Usines du Rhône, sous la direction de M. le Docteur Sarvonat, et dont la composition fut reconnue identique à celle de la Sanochrysine du Professeur Môllgaard.
C’est l’étude expérimentale et clinique de ce produit que M. le Docteur Ch. Garin nous a proposé comme sujet de ce travail.
Nous l’avons divisé en deux parties :
La première comprendra l’étude expérimentale. C’est un exposé des travaux de Môllgaaard et des recherches faites sur ce médicament, depuis son introduction en thérapeutique. :
La seconde sera consacrée à l'étude clinique de l’hyposulfite double d’or et de sodium, qui a été employé avec une posologie nouvelle par M. le Docteur Ch. Garin et aux résultats que nous avons obtenus.