‹ Contribution à l'étude du traitement de la tuberculose pulmonaire par le pneumothorax artificielChapitre 6 sur 16 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

L'idée de réaliser volontairement dans un but thérapeutique un pneumothorax artificiel est venue de la constatation de nombreux cas heureux de pneumothorax spontané.

D'après les travaux de Piéry et Roshem, Baglivi (1669- 1707), fut le premier à citer des cas de guérison, chez des soldats atteints de consomption, à la suite de plaies pénétrantes de poitrine.

En 1822, un physiologiste de Liverpool, Carson, étudia expérimentalement le pneumothorax chez le lapin en incisant un espace intercostal et conclut que «le remède sem- Elait sûr, simple et complet ». Cependant, il ne fit aucune tentative sur l’homme.

Ramagde, de Londres, en 1834, ayant créé involontairement un pneumothorax chez un tuberculeux, constata une considérable amélioration, Il fit alors sur un autre malade un pneumothorax volontaire suivi de guérison complète ; mais ce premier essai tomba dans l’oubli.

Cependant les cas publiés de pneumothorax spontanés suivis de guérison augmentèrent de jour en jour. En 1838, W. Stokes en 1843, Bach, nous firent connaître quelquesunes de leurs observations ; en 1853, Woillez combattit l’opinion de Saussier et nota l’amélioration sensible des lésions tubereuleuses à la suite de perforation spontanée; en 1872, Czernicki nous cita 2 cas de guérison; Vigier, en 1875,

4 cas; Pernet, en 1878, 3 cas et enfin, en 1880, Toussaint, dans sa thèse, publia 24 observations de malades de Potain chez lesquels les lésions tuberculeuses avaient été améliorées à la suite de pneumothorax spontané.

Nous arrivons ainsi à Forlanini, à qui revient sans conteste la gloire d’avoir créé la méthode qui porte son nom.

En 1882, il publia, dans la Rivista degli ospedali, une série d’articles où il exposa sa théorie que nous résumerons ainsi: le poumon est d’abord lésé par les micro-organismes pathogènes ; puis le processus destructif est activé par les mouvements respiratoires ; supprimons donc ces mouvements et le processus destructif sera arrêté; le pneumothorax artificiel est le moyen qui produit l’immobilisation du poumon la plus parfaite.

Ce n’est que dix ans plus tard que Forlanini se décida à joindre la pratique à la théorie et, en avril 1894, au XI° Congrès international de médecine de Rome, il fit la communication retentissante des deux premières observations de pneumothorax thérapeutique.

Les médecins italiens ne semblèrent point accueillir avec confiance le résultat des travaux de leur compatriote, puisque c’est seulement, en 1908, que Orlandi et Antonini publièrent le résultat de leurs essais.

Les Américains, au contraire, furent les premiers, après Forlanini, à mettre en pratique la collapsthérapie. Murphy, de Chicago, en 1898, ignorant même peut-être les travaux de son prédécesseur italien, présenta au Congrès de Dewer, cinq de ses malades heureusement traités par le pneumothorax artificiel. Ce traitement devint alors assez répandu en Amérique et nous voyons paraître sucessivement les travaux de Lemke, de Schell et de Terre Haute.

En 1905, Brauer, de Marbourg, fit en Allemagne les premières tentatives et créa son procédé par incision préala-

ble de la peau et des muscles, Il fut aidé dans ses travaux par Lucius Spengler, directeur du Sanatorium Schatzalp à Davos (Suisse). Sous leur impulsion la collapsthérapie se répandit en Allemagne et dans la plupart des sanatoria suisses.

Que fait-on en France pendant ce temps? Le professeur Potain, en 1888, fait bien une communication à l’Académie de médecine sur les injections d’air stérilisé dans la plèvre, comme traitement des épanchements pleuraux consécutifs au pneumothorax des tuberculeux; au XIX° Congrès français de chirurgie, en octobre 1906, le docteur Delagénière signale l’innocuité du pneumothorax provoqué lentement, mais personne n’ose appliquer la méthode de Forlanini. En 1908, Dessirier, dans sa thèse, constatant d’une part l’amélioration souvent manifeste à la suite de pneumothorax spontané, et d’autre part les bons résultats obtenus à l’étranger par le pneumothorax volontaire, s’étonne, à juste titre, de ce que cette méthode n’ait trouvé aucun écho dans le monde médical français.

C’est le 30 juillet 1908 que le docteur Dumarest crée à Hauteville le premier pneumothorax artificiel en France. Son exemple est immédiatement suivi à l'Hôpital Laënnec par MM. les professeurs Rist et Léon Bernard, à Lyon par MM. les professeurs J. et P. Courmont, par MM. Balvay et Arcelin et d’Espiney et surtout par les docteurs Lyonnet et Piéry; au Sanatorium de Belligneux, par le docteur Murard ; à Bordeaux par le docteur Leuret; au Sanatorium d’Angicourt, par le docteur Küss; à Montpellier, au Sanatorium de Bon-Accueil, par M. le professeur Gaussel; à Rennes, par M. le docteur Marquis; à Nantes, par M. le docteur Gendron dont nous publions ici quelques observa-

tions.

Actuellement, sous l’impulsion de ces maîtres de la phtisiologie française, la pratique du pneumothorax artificiel semble heureusement devoir se généraliser pour le plus grand bien des tuberculeux pulmonaires.

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