AVANTAGES ET INCONVÉNIENTS DE LA MÉTHODE DE FONTAN
La méthode de Fontan comporte de multiples avantages. :
Elle n’exige qu'un matériel très réduit, facile à - stériliser et qu’on pourra toujours réunir rapidement. La technique en est fort simple ; elle ne demande qu'une attention soutenue et une asepsie minutieuse tant pendant l'intervention que lors des pansements consécutifs. Tout médecin praticien peut dont l'appliquer.
Au contraire le traitement par l’air chaud, par les rayons X ou même par la ventouse de Bier demande une instrumentation \spéciale, fort coûteuse, qu’on aura parfois de la peine à se procurer et qui, pour quelques-unes de ces méthodes, n’est applicable que par un médecin spécialiste,
Avec le procédé de Fontan, les soins post-opératoires sont des plus réduits : dans les cas favorables, ils se bornent à remplacer, au bout de deux à huit jours, la compresse souillée par la vaseline que la plaie a laissé filer et par quelques gouttes de sang ou
de sérosité. Les cas sont rares qui nécessitent des réinjections successives de vaseline.
Nous avons dit plus haut que nous considérions comme nécessaire le repos au lit pendant trois ou quatre jours malgré les succès obtenus chez des malades qui continuaient à marcher.
Les malades des dispensaires et policliniques auront donc tout intérêt à être hospitalisés ; mais celte hospitalisation sera réduite au minimum ; elle durera une semaine en général et n’est pas comparable à celle que nécessitent les larges débridements qui immobilisent les patients pendant des mois. En clientèle, le médecin ne sera pas obligé de revenir chaque jour auprès du malade ; il avertira qu’il n’y a pas d’inconvénient sérieux à ce qu'un peu de vaseline s'échappe spontanément ; par contre, le méde- cin devra être rappelé, si la douleur reprend après quelques jours d’accalmie, s’il s'écoule du pus. ou si
l’orifice se chancrellise.
Fontan fait remarquer, avec juste raison, que sa méthode ne laisse aucune cicatrice : pas de brides, pas d'adhérences, la peau conserve toute sa finesse et sa souplesse, la cicatrice est invisible. A peine persiste-t-il, pendant quelque temps, dans la profondeur, un bourrelet dur et indolore de péri-adénite ou, au contraire, une masse de vaseline plus ou moins ramollie et fluctuante.
Enfin, s’il échoue, le procédé de Fontan n’est pas un obstacle à un traitement chirurgical ultérieur. Il
apporte souvent une amélioration notableet stérilise, en partie, la cavité du bubon.
. Aprèsavoir fait valoir les avantages de ce mode de traitement, il est juste d’en énumérer les inconvénients.
La ponction avec la pointe du bistouri est peu douloureuse, l'expression l'est beaucoup plus. I faut en effet vider complètement la poche de tout le pus qu’elle contient ; c’est là un temps capilal de l’intervention et la malaxation, qui permet d'arriver à ce résultat, est très pénible, surtout quand l’inflammation périganglionnaire est prononcée. On peut, nous l'avons dit, atténuer cette sensibililé par différents anesthésiques. En général c’est inutile; il suffit de procéder doucement et progressivement.
Si pénible que soit cette expression, elle est beau- ‘coup moins redoutée des malades que les débridements larges et multiples qu’exige la méthode des grandesincisions. Elle est suivie presque immédiatement, dans la plupart des cas, d’une sédation complète des symptômes douloureux qui accompagnent la suppuration du bubon. Tel malade, qui depuis plusieurs jours ne dormait plus, peut enfin reposer une nuit entière.
Si l’orifice de porction est un peu large ou si le malade n’observe pas l'immobilité, une certaine quantité de vaseline peut filer dans le pansement. La vaseline imprègne les compresses et on constate un applatissement marqué de la poche. Il est indiqué, en pareil cas, de refaire une ou plusieurs injec-
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tions de vaseline pour remplir à nouveau la cavité. Quelquefois l’accalmie qui suit l’intervention n’est que passagère. Il persiste un peu de sensibilité et d’inflammation de la région, il peut sourdre quelques gouttes de pus à l’orifice de ponction et quand, le troisième ou quatrième jour, on exprime la vaseline, on voit sortir, mélangé à elle, un pus jaune brun, sanglant. Quelques diverticules de la poche ont échappé à l’action de l’iodoforme. Il faut alors vider complètement la cavité et réinjecter de la vaseline iodoformée. Cet incident se produit surtout avec des bubons polyganglionnaires et Duclos dans ce cas
préfère à la vaseline iodoformée le liquide de Calot.…
La grosse cause d’échec du traitement, c’est la chancrellisation des lèvres de l’orifice de ponction, Cet orifice s’élargit, présente des bords blanchâtres et suppurés, entourés d’une aréole inflammatoire et se révèle plus large encore qu'on ne le jugeait à première vue, si on le sonde avec prudence. Cet accident se produit presque à coup sûr, lorsqu'on intervient trop tard, alors que la peau infectée est en état de moindre résistance.
Mais il est des cas où la chancrellisation frappe des téguments sains recouvrant un bubon opéré au moment d'élection, Parfois il faut attribuer cet accident à une faute de technique : incision trop large laissant filer la vaseline, insuffisance de l’expression, infection de la plaie par des compresses souillées par le pus du chancre, manque d’attention dans les soins post-opératoires. D’autres fois il faut s'en
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prendre à l’indifférence ou à l’indocilité du malade, qui défait son pansement, porte sur la plaie ses mains souillées ou n’observe pas l’immobilité prescrite, Cette complication comporte un traitement fort simple : les attouchements quotidiens du point chancrellisé avec du liquide de Bonnin qui est analgésiant puis avec une solution saturée d’acide phénique dans l’alcoo!.La guérison sera retardée d’une semaine au moins mais non compromise si la chancrellisation est reconnue et trailée dès son-apparition.
Lorsqu'on laisse la vaseline se résorber d’elle-même ou lorsqu'on ne l'exprime qu'en partie, on peut pendant longtemps sentir par la palpation profonde une pelite masse molle et fluctuante, qui n’est autre que la poche remplie de vaseline. Malgré l’absence de douleur et d’inflammation, un observateur non averti pourrait croire qu'il s’est reformé du pus. Fontan rapporte une erreur de ce genre (Obs. XVI) qui amena le médecin à faire une nouvelle incision. Cette intervention donna issue à une vaseline « blanche, dépouillée d’iodoforme ».
Des cas analogues ont été publiés et nous même, à l’occasion d’une ponction de bubon, avons constaté chez un de nos malades, l’issue de vaseline décolorée provenant d’une adénite située un peu plus bas et traitée par la méthode de Fontan quelque temps auparavant (Obs. V),
Il semble bien que l'iodoforme soit absorbé et ce fait a pu faire redouier les dangers d’une intoxication ; nous n’en avons pas observé personnellement
mais des accidents ont été signalés. Il est donc pru-
dent d'examiner les urines du malade au cas où, la
poche étant un peu volumineuse, il y aurait lieu d’injecter une grande quantité de vaseline. Ce danger paraît d’ailleurs illusoire ; il est rare qu'on injecte plus de 25 à 30 centimètres de vaseline ce qui représente au maximum 3 grammes d'iodoforme. Or, Paul Reclus écrit qu’on n’observe d’accidents qu'avec
des doses de 10, 15 et 20 grammes d’iodoforme et
encore ces cas sont-ils fort rares.
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