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réglée pour la première fois à 17 ans, la menstruation s'établit ensuite très régulièrement tous les mois pendant sept à huit
jours, mais elle était précédée de douleurs pendant un ou deux jours ; le sang était rendu en quantité assez considérable et en
caillots. La première grossesse remonte à neuf ans ; l’accouchement se fit normalement, mais les suites de couches furent mau-
“vaises ; le troisième jour les lochies devinrent extrêmement fétides avec frissons et fiévre et le médecin retira alors, me
dit-on, quelques fragments putréfiés de membranes ou de pla-
-centa, elle se leva quelques jours après et reprit ses occupations.
Frois ans après elle accoucha de deux jumeaux ; la grossesse avait été des plus pénibles à cause de violentes douleurs que la
femme ressentait danstle flanc gauche, depuis l'accouchement précédent ; ces douleurs existaient en tout temps, mais avec une exaspération dans les rapports conjugaux.
Elle se leva au bout de sept jours. Dans les deux cas elle nourrit ses enfants.
Après le second accouchement, les règles se reproduisirent
d’une façon très irrégulière tous les quinze jours, toutes les
trois ou quatre semaines jusqu'à l’année dernière. Elles redevinrent alors assez régulières, mais très abondantes et, toujours suivies, pendant huit jours, de douleurs très vives dans le basventre et les reins. En dehors des règles les douleurs existaient
également, elles apparaissaient spontanément ou sous l’in-
fluence de la fatigue, de la marche surtout ; elle était obligée de se courber en deux; le repos au lit les atténuait. Presque
continues, elles étaient très vives pendant les huit jours qui
suivaient les règles, pour devenir supportables le reste du temps.
Leur siège était dans les reins et surtout dans le bas-ventre. Les écoulements intermenstruels se composaient de flueurs blanches très abondantes, souillant parfois le parquet, tachant
la chemise en jaune sale et mêlées assez souvent de glaires san-guinolentes. Pas de constipation, ni de dysurie, un peu de ténesme vésical et anal.
L'état général est bon, elle n'a jamais été malade et souffre seulement de quelques troubles digestifs. paresse stomacale avec éructations.
En aoùteten septembre 1893, ses régies se montrèrent comme à l'ordinaire, le 10 octobre elle ressentit subitement dans le bas-ventre, des douleurs cxpulsives, analogues à celles de son accouchement ; puis les règles, dit-elle, apparurent, et tout rentra dans l'ordre.
Cependant son appétit, ordinairement modéré, prenait des proportions inusitées ; elle n'était jamais rassasiée, faisant six ou sept repas par jour. et au lieu de prendre de l'embonpoint, elle maigrissait et pâlissait de plus en plus. En outre, des picotements se montraient dans les seins, accompagnés de gonflement et de tension.
Le 14 octobre, à la suite d'une vive contrariété, survinrent au milieu de la nuit, de nouvelles douleurs dans les reins et le bas-ventre ; à quatre heures du matin, elle perd «une flaque » de sang, puis plus rien jusqu’à sept heures. 4« sept heures et demie elle descend ; alors survint une hémorrhagie considérable ; elle croit que ce sont ses règles qui viennent « très fort », ne s'en préoccupe pas, et reste assise.
C’est en cet état que je la trouve à dix heures et demie. Elle me donne les détails précédents, m'assure qu'elle n’est pas enceinte, mais ajoute que dans sa dernière grossesse, les règles ont continué à se montrer pendant les deux premières époques.
Un examen rapide montre l'utérus hypertrophié, atteignant presque le niveau du pubis, le col ramolli, entr'ouvert ; la femme git littéralement dans un amas de caillots, au milieu des-quels je découvre le fœtus. La tête énorme, formant. plus du...
tiers du corps, la distinction très nette du bras et de l’avantbras, de la cuisse et de la jambe, indiquaient qu’il s'agissait d’un fœtus de huit semaines environ. Pas de traces de l'œuf.
L'hémorrhagie. durait depuis trois heures consécutives ; aussi la malade était-elle d'une pâleur extrême, presque sans pouls, en imminence de syncope d’autant plus probable qu’elle était assise. Je prescrivis : repos absolu en décubitus dorsal, tête basse ; injections d'eau phéniquée très chaudes. Café alcoolisé.
Une demi-heure après je reviens ; la pâleur est encore plus prononcée ; je ne sens plus le pouls ; des sueurs froides se montrent sur le visage, accompagnées de baillements et de tendance invincible au sommeil ; je la voyais mourir sous mes yeux. Coup sur coup je fis trois injections sous-cutanées d’éther de un centimétre cube chacune ; je place la malade en position obstétricale et le spéculum étant appliqué, je posais huit à dix gros tampons d’ouate phéniquée, sur le col et dans les culs-de sac. Le pouls revient, puis remonte un peu et une demi-heure après, les battements redeviennent bien frappés, en même temps que l'état général se relève. Champagne glacé, bouillon froid. 52
Dans l'après-midi, je fis deux nouvelles injections d’éther, j'enlevai les tampons, après cathétérisme de l'uréthre ; comme l'hémorrhagie se reproduisait, je réappliquai un second tamponnement.
15 Octobre. — Les tampons étant enlevés, je fais une injection intra-utérine avec la sonde à double courant de mon maitre M. le D' Budin. Je fais passer deux ou trois litres d’eau phéniquée chaude, le tout suivi d'un tamponnement d'ouate phéniquée dans le vagin. A midi et à six heures même traitement.
16 Octobre. — L'hémorrhagie parait s'arrêter, température
37°, pas de vomissements, pas de diarrhée, mais une céphalalgie extrêmement pénible. Traitement de la veille à 3 reprises différentes. Vers le soir, frissons répétés, on ne parvient pas à réchauffer la femme.
Le 17 et 18 octobre, l’état général devient de plus en plus mauvais, le thermomètre est à 40°, la céphalalgie a encore augmentée ; langue saburrale, ballonnement du ventre avec douleurs à la pression ; l'hémorrhagie recommence, je fais encore un tamponnement.
Le 19 octobre, voyant que la situation devenait critique, qu'il y avait décollement partiel du placenta en même temps que rétention avec septicémie ; que la malade était à bout de forces, du fait de son hémorrhagie initiale, de ses hémorrhagies consécutives et surtout de l'infection généralisée, je crus bien faire en pratiquant le curettage. Antisepsie plus rigoureuse encore, position obstétricale, pas de chloroforme, curettage à la curette mousse après redressement préalable du col par la pince de Museux. Grattage du fond de l'utérus et d'une grande portion de la muqueuse. Expulsion de lambeaux de placenta volumineux, sphacélés, à odeur infecte.Injection intra-utérine détersive, tamponnement intra-utérin et vaginal à la gaze iodoformée.
Le lendemain, T. 39°, même pansement, le surlendemain, 37°5, température qui, depuis, n’a jamais été dépassée.
Dès le lendemain de l'opération, cette femme se sentait renaître à la vie, l'hémorrhagie ne se reproduisit plus et tous les symptômes s'amendèrent petit à petit. La convalescence fut très longue, et deux mois après l'intervention, l’anémie était telle qu'il fallait deux personnes pour l'aider à marcher. Quinze jours après l’avortement se produisit une complication signalée dans les auteurs comme consécutive parfois aux hémorrhagies graves : cette femme perdit subitement la vue, elle ne distin-
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guait même plus la garde malade ; cette amblyopie par anémie de la pupille dura jusqu'au commencement de février 1894: Elle s’'accompagnait de strabisme avec diplopie par paralysie des moteurs oculaires. Actuellement, février 1894, le strabisme a disparu, il persiste un peu de dyplopie, mais toute lecture lui est absolument impossible.
* Les règles sont revenues à deux reprises différentes en janviér et en février, sans douleurs, sans caillots, le sang est liquide et tre ; pâle. Quant aux douleurs du bas ventre, des flancs et des reins, elles ont totalement disparu depuis le curettage.