OBSERVATION XII
(Clinique chirurgicale du Professeur Bécoun.)
M... (Pierre), 51 ans, élève cordonnier à l'Ecole des mutilés, fait une chute le 15 avril 4932; admis à l'hôpital le lendemain, on constate une fracture du fémur gauche, au tiers inférieur.
La radiographie montre une véritable fracture spiroïde avec êlure du fragment inférieur descendant jusqu’à l’épiphyse. I] semble que cette fracture à été produite par un mécanisme de torsion.
A l’examen, on note un épanchement articulaire, et une ponction ramène un liquide légèrement sanguinolent.
Le 19 avril 1982, soit quatre jours après la fracture, on place une broche de Kirschner sous rachianesthésie et on installe le malade dans un appareil universel de l’armée. Traction : 6 kilos. Mobilisation quotidienne du genou. Pendant les quarante premiers jours, le malade supporte bien l'extension, mais à partir de ce moment, il commence à se plaindre de sa broche et au bout de cinquante jours on enlève Ja broche.
La consolidation est obtenue. On sent à la palpation un eal volumineux. Il existe une légère réaction inflammatoire autour de l’orifice externe de la broche, mais c’est une inflammation superficielle, il n’y à pas de collection purulente, il ne semble pas qu'il y ait d'atteinte osseuse, et, d'ailleurs, sous l’action de quelques pansements humides, ces phénomènes inflammatoires disparaissent en quelques jours sans provoquer le moindre incident. On commence Je massage et la mobilisation.
Le malade sort de l'hôpital le 27 juillet 1932; il commence à marcher, mais il présente une certaine raideur de l'articulation
du genou, la flexion ne pouvant dépasser 80 degrés; cette raideur
Pc AUS,
semble imputable à un état rhumatismal antérieur. Il existe un raccourcissement de 1 cm. 1/2.
Résultat éloigné. — Revu huit mois après la fracture; le malade a repris son travail de cordonnier, le 15 août, soit quatre mois après la fracture. Il est un peu gêné dans son métier, parce qu'il ne peut fléchir complètement le genou.
I] marche avec une canne et souffre seulement du genou aux changements de temps; il monte les escaliers en se tenant à la rampe.
Il persiste un raccourcissement de 4 cm. 1/2 et une atrophie musculaire notable. La mobilité du genou a considérablement augmenté depuis sa sortie de l’hôpital, elle atteint un champ de 110 degrés, l’extension étant limitée de 10 degrés et la flexion atteignant 120 degrés.
Ce cas constitue un bon résultat, car la réduction complète a été obtenue, et si le malade conserve encore une certaine raideur du genou il ne faut pas oublier que l’on avait affaire à un infirme déjà admis à l'Ecole des Mutilés ‘pour rhumatismes chroniques.
Cependant, dans ce cas, il était peut-être dangereux de placer la broche sur l’extrémité inférieure du fémur, puisqu'un trait de fracture spiroïde intéressait cette portion de l'os. Dans une pareille fracture, 1l serait indiqué de placer de préférence la broche sur le tibia.
OBsErRvaTION XIII.
(Clinique chirurgicale du Professeur BéGouIn.)
S... (Marcel), 44 ans, domestique, entre à l'hôpital, salle 17, le 1% mars 1930, pour fracture sus-condylienne du fémur par choc direct, le malade ayant reçu un coup de pied de cheval dans la région poplitée.
La radiographie montre qu’il n’y a pas de déplacement posté-
rieur du fragment inférieur, mais qu'il existe au contraire un déplacement latéral important, le fragment diaphysaire ayant glissé sur la face externe de l’épiphyse fémorale. Sept jours après la Na broche de Steinmann sous rachianesthésie. Le malade est immobilisé dans un appareil de fortune constitué par une attelle de Thomas, que l’on a coudé au niveau du genou. La traction est au début de 3 kilos, elle est augmentée progressivement pour atteindre 12 kilos. On enlève la broche au bout de trente-cinq jours, mais huit jours plus tard, à la suite d’une mobilisation un peu active, le malade fracture son cal. On met une nouvelle broche, qui est laissée pendant un mois. Le malade sort de l'hôpital après quatre mois de traitement; la consolidation est obtenue, mais la flexion du genou est fortement diminuée, puisqu'elle n’atteint que 30 degrés.
Résultat éloigné. — Le malade est revu deux ans et demi plus tard; il n’a repris son travail de cultivateur que neuf mois après la fracture; le résultat fonctionnel n’est pas très bon, il. marche avec une canne, en s'appuyant sur la pointe du pied; il est fatigué tous les soirs et il a la jambe enflée. II monte difficilement les escaliers, il souffre du genou aux changements de temps et il ne peui s’accroupir. Il persiste un raccourcissement de 4 centimètres et la mobilité du genou est fortement diminuée; l’extension complète est impossible, elle est diminuée de 20 degrés, et la flexion n'atteint que 100 degrés.
Une radiographie montre que la consolidation à été obtenue en position vicieuse; il existe une angulation de la diaphyse fémorale sur le fragment épiphysaire, dont le sinus est ouvert en arrière. C'est ce vice de consolidation qui gêne le malade, car l'axe de la jambe et l’axe de la cuisse ne sont plus dans le prolongement,
ce qui l’oblige à marcher sur la pointe du pied.
Ce cas constitue un résultat médiocre à cause de l’hypercorrection qui a été obtenue. C’est d’ailleurs une des premières broches que nous avons posées; et l’appareïllage de fortune dont nous disposions ne nous permettait pas de donner à la jambe l'angle de flexion désirable.
CPE
OBsERVATION XIV.
(Service de M. le Professeur agrégé CHARRIER.)
D... (Jean), 53 ans, restaurateur, entre à l’hôpital, salle 11, le 3 septembre 1932 pour fracture de la cuisse gauche. La radiographie montre une fracture sus-condylienne du fémur, c’est une fracture esquilleuse, à plusieurs fragments, avec légère bascule en arrière du fragment inférieur. ) L
Le 7 septembre 1932, soit quatre jours après la fracture, sous rachianesthésie, on met une broche de Steinmann et on installe le malade dans l’appareil de Rouvillois avec légère flexion du genou (30 degrés). Traction, 3 kilos.
Vingt jours après la pose de la broche, on commence la mobilisation du genou, on enlève la broche au bout de soixante jours d'extension, on commence le massage et on continue la mobilisation.
Quatre-vingt-dix jours après la fracture, le malade commence à marcher, mais la récupération fonctionnelle est assez lente, car il s’agit d’un sujet obèse; cependant, peu à peu, la mobilité du genou augmente, et le 15 janvier, soit quatre mois et demi après la fracture, le malade marche avec une canne et fléchit le genou à 90 degrés.
Il à persisté pendant quelques jours un peu de suppuration au niveau des orifices faits par la broche, mais la cicatrisation a été obtenue sans intervention ni curettage.
Résultat éloigné. — Le malade est revu le 15 février 1933, soit cinq mois après sa fracture. [1 marche sans béquille depuis un mois et monte les escaliers en s’aidant à la rampe; il est capable de faire une marche de 3 kilomètres.
Il continue le traitement physiothérapique, la flexion du genou a notablement augmenté, il peut faire l'extension complète et la fiexion atteint 100 degrés.
Le malade présente un peu d’œdème de la jambe le soir, surtout quand il est fatigué. Il a persisté une légère suppuration au niveau des orifices de la broche jusqu’au 1% février 1983: actuellement ces orifices sont cicatrisés.