OBSERVATION XI
(Clinique chirurgicale du Professeur Béçouix.)
fi B... (Ernest), manœuvre, âgé de 30 ans, tombe d'une fenêtre
du 2° étage, sur les pavés de la rue. I1 ne peut se relever, et on l'amène à l'hôpital, où il est admis d'urgence, salle 17, le 23 mars 1931.
Le malade est très choqué à son admission: on le réchauffe, on lui fait quelques toni-cardiaques; trois heures après, on peut l’examiner, et on constate une fracture des deux poignets, type fracture de Pouteau, à laquelle est associée d’un côté une fracture du scaphoïde. Au niveau de la cuisse gauche, on constate une fracture du fémur.
Radiographie. — Fracture de la diaphyse fémorale au tiers supérieur, fracture en rave perpendiculaire à l’axe avec petite esquille. Il existe un chevauchement important de 4 centimètres, et de plus le fragment supérieur a subi le déplacement classique : il est en abduction; les axes des deux fragments font l’un par rapport à l’autre un angle ouvert en dedans. Cet angle atteint environ 150 degrés.
Le 27 mars 1932, soit trois jours après l’accident, on met une broche de Steinmann et on installe le malade dans un appareil de fortune constitué par une attelle de Thomas. Le membre est placé en abduction d'environ 30 degrés, avec flexion légère de la cuisse sur le bassin. Au-dessous du genou, on ne place pas de lacs sur l’attelle et on laisse la jambe pendre entre les deux tiges de l’attelle, de façon à obtenir la flexion du genou, le pied reposant sur le lit. On exerce une traction de 10 kilos. Cette extension est maintenue cinquante-deux jours; elle à été bien supportée. Quand on la retire, la consolidation est obtenue, mais on constate que cette consolidation est vicieuse : il y à une déviation dans l’axe du fémur. Les deux fragments ont été consolidés avec une angulation ouverte en dehors. Ceci est dù à une abduction trop marquée de l’attelle, qui a amené une hypercorrection dans le sens de l’abduction.
Pendant toute la durée du traitement, on a pratiqué la mobili-
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sation du genou de la manière suivante * pendant douze heures,
la jambe était maintenue en flexion, et pendant les douze heures suivantes elle était placée en extension. Le malade sort de l'hôpital le 3 juillet 1931, soit trois mois et demi après sa fracture. La consolidation a été obtenue en position vicieuse, comme nous l'avons déjà dit. Le malade commence à marcher, la flexion du genou n’atteint pas encore l’angle droit.
Résultat éloigné. — Revu le 2. décembre 1932, soit dix-huit mois après la fracture, le malade à repris son travail en septembre 1931, soit six mois après l'accident, mais il travaille irrégulièrement. A la moindre fatigue il boite et il est obligé de se reposer quelques jours. Il marche sans boiter quand il n’est'pas fatigué, il monte les escaliers difficilement, il ne peut courir. Il s’accroupit incomplètement et ne peut toucher les talons avec ses fesses; 11 est capable de ramasser les objets à terre, mais pour cela il fait porter l'effort sur son membre sain.
A l’examen, on note d'emblée la consolidation vicieuse : le fragment supérieur et le fragment inférieur présentent un angle ouvert en arrière el un peu en dedans, il en résulte une déformation en crosse. La mobilité du genou est satisfaisante, l’extension complète peut être obtenue, la flexion n’est que très légèrement limitée.. On entend quelques petits craquements dans les mouvements
du genou.
En résumé, il s’agit d’une fracture de cuisse au tiers supérieur qui à consolidé en position vicieuse à cause de l’appareillage défectueux; ce malade- était immobilisé dans un appareil de fortune, constitué par une attelle de Thomas, qu'on avait modifiée pour les besoins. Dans ces conditions, on ne pouvait en régler l’abduction. Par contre, le chevauchement a été complètement réduit, et, malgré cette consolidation en crosse, il n’y a pas de raccourcissement à la mensuration.
Malgré cette déformation, le résultat est assez bon; il s’agissait d’un accident du travail et, après expertise médicale, ce malade n’a obtenu qu'une incapacité de 10 p. 100 pour sa fracture de cuisse.
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