‹ Contribution à l'étude du traitement des lésions des vaisseauxChapitre 9 sur 26 · C. — La sTUPEUR ARTÉRIELLE · texte numérisé non relu

C. — La sTUPEUR ARTÉRIELLE

L’inhibition segmentaire. — À la fin de 1917, Viannay publie un cas très curieux qu’on pourrait qualifier, dit-il, de stupeur artérielle. Il s’agissait d’une plaie en séton allant de la nuque à l’aisselle par éclat d’obus: volumineux hématome de l’aisselle; une plaie de l’axillaire paraissait certaine. L'opération, largement conduite, montre une axil. laire et une sous-clavière absolument saines en apparence, mais privées de battements. Bientôt sous les yeux du chirurgien, l’artère se remet à battre et le pouls radial qui était imperceptible reparaît peu de temps après.

En 1918, J. Fiolle communique à la Société de chirurgie, sous le titre d’ «inhibition segmentaire des artères dans les plaies de guerre, une observation analogue à la précédente; il s’agissait d’un hématome assez volumineux du triangle de Scarpa ayant fait croire à une lésion artérielle importante. Les vaisseaux fémoraux sont découverts, la veine est déchirée et doit être liée. L’artère ne présente aucune lésion apparente, mais elle est dilatée au-dessus du point où elle a été croisée par le projectile et très diminuée de volume au-dessous; en outre, les battements artériels très puissants, en amont du point précédent, cessent complètement au-dessous. Croyant avoir affaire à une lésion de contusion artérielle, Fiolle résèque 3 centimètres de l’artère, et ouvrant le segment extirpé, ne constate aucune lésion des tuniques interne et moyenne. Soubeyran et Mi-

chon avaient présenté d’ailleurs déjà une observation de contusion artérielle avec stupeur (Bulletin de la Société de chirurgie, 1° mai 1918) ; ce cas, très intéressant, paraît plus complexe à interpréter; la stupeur y est représentée plutôt par une vaso-constriction lointaine.

Depuis les observations se sont multipliées et douze cas ont été rapportés à la Société de chirurgie, mais il nous a semblé que la stupeur artérielle était d’observation beaucoup plus courante en chirurgie de l’avant.

Les grosses artères sont le plus souvent en cause dans l’évolution artérielle (fémorale, axillaire, humérale, radiale). Les symptômes tiennent, d’une part au trouble apporté dans la vascularisation du membre, d’autre part à l’aspect de l’artère au moment de l’intervention.

Quand la gêne circulatoire est importante, tous les signes de l’ischémie locale apparaissent: le pouls est supprimé, les téguments sont pâles et froids, l’oscillomètre de Pachon donne des indications précieuses dans les cas limités, la tension est parfois nulle maïs parfois aussi simplement diminuée, variant du côté malade de 8-8 par exemple, à 12-10, en moyenne, suivant les cas (cas de Viannay).

Un blessé de Barthélemy avait une paralysie à type terminal (comme en ont décrit Desplats et Busquet dans l’oblitération traumatique des gros trones vasculaires). Un blessé de Veau fit une paralysie complète et son ischémie aboutit à la gangrène.

Des modifications que présente une artère en état de stupeur, la plus caractéristique est l’absence de battements ; parfois l’artère ondule encore un peu; d'ordinaire, elle est tout à fait immobile et le changement d’aspect est brusque, si bien que le segment sus-jacent contraste complètement avec le segment périphérique qui reste inerte et contracté.

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L’inhibition est un phénomène passager, durant peu et disparaissant sans laisser de traces; exceptionnels sont les cas qui se sont accompagnés de troubles cireulatoires graves (Barthélemy, Veau).

Très intéressant est ce phénomène au point de vue de l'interprétation pathogénique. Ti s’agit, dans tout les cas, d’un spasme vasculaire causant, en dernière analyse, une contraction artérielle, mais dont les degrés sont variables et qui peut, sans diminuer visiblement le calibre du vaisseau, se borner à rendre sa paroi rigide, à en supprimer le tonus. La cause intime du Spasme est l’irritation du sympathique péri-artériel, réseau surtout formé de fibres vasoconstrictives ; les fibres vaso-dilatatrices étant de moins en moins nombreuses au fur et à mesure qu’on s'éloigne des centres. L’irritation du réseau amène donc toujours la va- So-constriction. La sympathectomie de J aboulay et Leriche est très instructive à ce sujet. Dès qu’on touche à la gaine, dit Leriche, l’artère entre en contraction.

Le diagnostie de l’inhibition paraît devoir être très difficile avant l’intervention, le syndrome de l’ischémie locale est, en effet, sensiblement le même, quelle qu’en soit la cause. Il serait évidemment intéressant de pouvoir faire ce diagnostic avant d'intervenir, car beaucoup de trajets en sétons « suspects », au point de vue vasculaire, peuvent évoluer de façon pratiquement aseptique et ne nécessitent pas de traitement chirurgical.

L'épreuve du bain chaud de Babinsky et Heitz s’est surtout montrée efficace chez les blessés dont les troubles vaso-moteurs étaient plutôt périphériques. Quoi qu’il en soit, pour peu que le doute subsiste, il faut débrider la Plaïe; nous verrons au chapitre suivant comment il convient de se comporter en présence de la Stupeur artérielle.

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