INTRODUCTION
Nous avons eu l’occasion d'observer dans le service de M. le professeur Vedel, un certain nombre de cas d’orchi-épididymites blennorragiques traités par un composé iodé nouveau, l’iothion. L'étude chimique et clinique de ce composé a déjà été faite en Allemagne, en Autriche et en Italie.
Nous essaierons, dans ce travail qui terminera nos études à la Faculté de médecine de Montpellier, de compléter les observations de nos devanciers par des observations nouvelles, d'ajouter à leurs résultats quelques nouveaux résultats. Nous savons certes qu’un médicament ne saurait être admis dans la thérapeutique sans posséder des titres solidement acquis, vulgairement, sans avoir fait plus d’une fois ses preuves.
Le sujet que nous avons choisi eût certainement beaucoup gagné à être traité par un auteur plus expert. Toutefois, nous avons consciencieusemént envisagé la question, nous avons mis toute notre attention à dégager, des quelques observations que nous possédons, des conclusions bien nettes et précises.
Aussi prions-nous nos juges de vouloir bien nous accorder toute leur bienveillance.
Après avoir envisagé dans un premier chapitre l'étude #linique des orchi-épididymites blennorragiques, nous éli-
dions rapidement les divers procédés de traitement employés en général contre cette affection. Nous faisons ensuite 1 $tule chimique de l'iothion : nous voyons ses propriétés physiques et chimiques ; nous étudions les voies d'absorption et d’élimination de ce médicament. Et dans un dernier chapitre nous voyons les résultats obtenus par l'emploi de l’iothion dans cet- Le complication de la blennorragie. Dix-neuf observations inédites, recueillies dans le service de M. le professeur Vedel, forment Île point capital de notre thèse.
Mais avant d'entreprendre notre travail, à la veille de notre vie médicale pratique, le devoir nous demande de jeter un coup d'œil en arrière pour remercier ceux qui durant nos études se sont intéressés à nos efforts. Nous saisirons dome cette occasion pour témoigner à nos maîtres de la Faculté de Montpellier la reconnaissance qu'ils ont su nous inspirer.
Ils nous ont accueilli d’abord, dirigé ensuite avec une bienveillance extrême.
Que M. le professeur Carrieu, qui nous fit l'honneur de vouloir bien présider notre thèse, reçoive ici, avec nos remerciements, l'expression de notre gratitude.
Nous n'oublierons jamais sa bienveillance et aurons à cœur, dans le cours de notre carrière médicale, de nous inspirer toujours des conseils si précieux et des leçons si méthodiques qu'il nous donnait au chevet des malades.
M. le prolesseur Granel nous à toujours témoigné une indulgente bonté : il nous est agréable de pouvoir aujourd'hui l'en remercier publiquement.
Nous sommes heureux également de pouvoir témoigner notre reconnaissance à M. le professeur agrégé Vedel, qui nous a permis de prendre dans son service les observations de cette thèse : nous regrettons de ne pouvoir lui offrir en retour que co modesie travail, indigne de sa bienveillance.
M. le professeur agrégé Soubeiran connaît notre respectueuse estime, il nous donne une nouvelle marque de son amitié ; c'est de tout cœur que nous le remercions,
Nous n'aurions garde d'oublier M. le professeur Truc qui a été pour nous plus qu'un maître, et nous a toujours soutenu et guidé durant notre vie d'étudiant. A lui s'adresse l’hommage ému de notre impérissable reconnaissance.
https://archive.org/details/1A41555226 0086
DES ORCHI-ÉPIDIDYMITES BLENNORRAGIQUES PAR L'IOTHION
ORCHI-EPIDIDYMITE BLENNORRAGIQUE
L’orchi-épididymite est l’inflammation simultanée du testicule et de l’épididyme ; remarquons toutefois que, pour l’affection qui nous occupe, l’épididymite est beaucoup plus fréquente que l’orchite proprement dite.
L’orchi-épididymite reconnaît pour cause l’uréthrite gorococcéique dont elle est la complication la plus fréquente, et c’est, en général, vers le déclin de la blennorragie aiguë qu’elle apparaît. Certains auteurs considèrent l’orchite blennorragique comme une sorte de métastase, en se basant sur la coïncidence de la diminution ou de la disparition de l’écoulement uréthral.
Quoi qu’il en soit, le mécanisme de l’infection est aujourd'hui universellement admis: le gonocoque de Neïsser, après avoir gagné l’uréthre postérieur, passe par les canaux éjaculateurs, les vésicules séminales, les canaux déférents et atteint
finalement l’épididyme et le testicule, I suffit alors d’une cauæ
se occasionnelle (marche, fatigue, effort violent, abus de boissons excitantes) et la maladie est déclarée.
Les lésions que l’on observe alors occupent toutes ïes parties génitales, depuis l’urèthre jusqu’au testicule.
Les vésicules séminales sont généralement peu atteintes, mais leur cavité peut renfermer une bouillie composée de leuco- cytes et de cellules épithéliales desquamées ; le canal déférent est plus volumineux. Il existe quelquefois de la funiculite; et si alors l’inflammation se propage au tissu cellulaire du cordon, on constate jusque dans le trajet inguinal l’existence d’une tu- : meur cylindrique.
Mais la partie la plus atteinte, c’est l’épididyme et surtout la queue de l’épididyme. Sa masse, par suite de l’infiltration du tissu cellulaire lâche qui l’unit à la vaginale, devient considérable et recouvre le bord postéro-supérieur du testicule. C’est le « cimier du casque ».
Le testicule est plus rarement et moins envahi que la tunique vaginale ; l’albuginée est épaissie et vascularisée ; les tubes séminifères sont séparés par un œdème inflammatoire ; leurs parois sont plus denses qu’à l’état normal et leur lumière est encombrée de cellules épithéliales troubles.
Les lésions de la vaginale existent toujours à un degré variable, mais la quantité de liquide d’épanchement est ordinairement minime.
L’inflammation gagne bientôt de proche en proche et la peau du scrotum apparaît rouge, tendue, chaude et luisante.
Quels sont alors les signes de l’orchi-épididymite ?
C’est tout d'abord de la douleur avec un sentiment de pesanteur dans les bourses ; bientôt apparaît le gonflement, qu marche ordinairement très vite, et, au bout de quatre à cinq jours, la maladie arrive à sa période d'état. La douleur est plus ou moins vive, spontanée et provoquée par la plus légère
pression. Cette douleur est cependant un signe assez incons-
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tant, pouvant manquer dans l’épididymite uréthrale simple. Par contre, l’orchite proprement dite donne lieu à des douleurs plus violentes, douleurs qui peuvent apparaître dans l’abdomen et s'accompagner d'un état gastro-intestinal avec fièvre et frissons ; tels sont les cas où l’orchite s'accompagne de vaginalite intense avec énorme distension de la tunique vaginale. Ajoutons enfin que, du côté de l’urèthre, l'écoulement diminue et finit par disparaître.
Dans les cas de moyenne intensité, l'épididymite évolue dans l’espace de trois à quatre semaines. Déjà, au bout d’une huitaine de jours, la résolution commence à s’opérer, et il ne reste bientôt plus qu’un noyau induré de la queue qui peut persister fort longtemps et présenter une sensibilité plus grande qu’à l’état sain.
Toutefois, la résolution de la partie inflammée n’est pas toujours observée ; et, sans parler des cas d’orchites se terminant par suppuration, il en est d’autres où la guérison, qui paraît complète, n’est qu’apparente, et où sont à craindre des troubles graves de la spermato-genèse, conséquence malheu-
reusement trop fréquente de l’orchi-épididymite blennorragi-
que et surtout des épididymites bilatérales.
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DIVERS TRAITEMENTS EMPLOYES DANS LES ORCHI-EPIDIDYMITES BLENNORRAGIQUES
La liste est longue des médicaments qui ont été employés
pour combattre l’orchi-épididymite blennorragique ; nous nous contenterons d’exposer brièvement les principaux. Nous ne nous étendrons pas sur le traitement chirurgical de l’épididymite blennorragique, qu'il s'agisse des ponctions de la vaginale (Velpeau) ou des mouchetures de l’albuginée imaginées par Vidal de Cassis. Ces deux procédés, qui tendent à diminuer la douleur en s’opposant à la compression du testicule par l’albuginée ou l’épanchement intra-vaginal, ont l’inconvénient d'exposer le malade à l’inoculation de produits septiques, si les précautions antiseptiques les plus minutieuses n’ont pas été prises.
Même inconvénient avec l'emploi des sangsues, qui calment
très bien la douleur, il est vrai, mais ouvrent la porte aux inoculations septiques. Les frictions d’onguent mercuriel dans cette région exposent particulièrement à l’intoxication.
Diday avait proposé de placer le testicule entre deux vessies aux trois quarts remplies de glace, en recommandant de les séparer du scrotum par une compresse pour éviter la formation d’escarres. Aux applications de glace, M. du Castel a substitué
le stypage par le chlorure de méthyle, que l’on peut remplacer,
Rire au besoin, par le chlorure d'éthyle. M. du Castel (Bulletin de Thérapeutique, 12 janvier 1808) insiste sur ce point que l’association du stypage et du port d’un bon suspensoir ouaté assure la guérison rapide, sans qu'il soit nécessaire d'imposer le séjour au lit. Cela n’est cependant pas exact dans les cas d’inflammation intense de l’épididyme, où le repos au lit, bourses relevées, est absolument indispensable pendant la période de grande acuité.
De tous les procédés de compression (bandelettes de diachylon, emplâtre de Vigo, collodion), il n’en est qu’un à retenir, c'est celui dans lequel la compression s'effectue à l’aide de la ouate au moyen du suspensoir ouato-caoutchouté, dit suspensoir d’Horand. La compression ouatée agit par «mmobilisation, compression et sudation.
Grâce à ce suspensoir Horand, les malades peuvent aller et venir et se livrer parfois à des occupations pénibles. Mais si la douleur diminue par la compression, il faut quelques jours pour qu'elle disparaisse ; et enfin, et surtout, il arrive souvent que des malades « que l’on croirait guéris tellement ils souffrent peu quand le testicule est enfermé dans le suspensoir, présentent, pendant longtemps encore, au moment où on retire l’appareil, une induration considérable de l’épididyme » (1).
« I1 faut accorder, dit Gaston Lyon (2) dans son Traité de Clinique thérapeutique, peu de confiance à la médication interne dans le traitement de l’orchite. Le sulfate de quinine et l’antipyrine restent sans effet ; par contre le salicylate de soude (à la dose de 4 à 6 grammes) et la teinture d’anémone pulsatile (à la dose de XXX gouttes), peuvent rendre quelques ser-
vices. »
(1) De la Valle. — Thèse de Paris, 1890.
(2) Gaston Lyon, — Clinique thérapeutique.