CHAPITRE PREMIER
TROUBLES CONSÉCUTIFS AUX PERTES DE SUBS- TANCE OSSEUSE DU CRANE ET INDICATIONS DE LA CRANIOPLASTIE.
Les nombreuses trépanations d'urgence, pratiquées généralement dans les ambulances de l'avant, ont guéri - ou amélioré le blessé, mais ont laissé à leur suite une brêche osseuse plus ou moins considérable.
Sans doute, si la perte de substance n’est guère plus large qu'une pièce d’un franc, et surtout si la dure-mère - n’a pas été ouverte, on pourra assister à une réparation fibreuse ou osseuse. A l’examen de la cicatrice, on ne constate alors ni dépression sous le doigt, ni extensibilité sous l'influence des efforts ou des mouvements du malade. me. |
Mais, c'est là un fait exceptionnel. Les lésions crâniennes, soit par arme à feu, soit consécutives à une crâniectomie, sont généralement beaucoup plus considérables, et il n’est pas rare de rencontrer des pertes de substance de la dimension de pièces de 2? francs ou de 5 francs, et même plus larges. Le cerveau n’est alors protégé contre les traumatismes que par le cuir chevelu,
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et au-dessous de la cicatrice cutanée, on perçoit les battements cérébraux. Les sujets porteurs de telles brèches présentent fréquemment des troubles subjectifs et objectifs susceptibles d'être atténués par la cranio-
plastie.
A. — Troubles subjectits:
Les sujets porteurs de larges brèches osseuses du crâne se trouvent vis-à-vis de leur entourage, dans un état d’infériorité notoire. Ils sont sujets à des troubles intellectuels fréquents. Beaucoup sont abouliques, plongés dans un perpétuel mutisme, dans un état d'abattement, de somnolence, de torpeur, qui souvent inquiètent leur famille. Selon l'expression de la femme d’un trépané, ils sont « lourds ». |
Tout déplacement est -pour eux une appréhension, une crainte.
Une simple inclinaison de la tête détermine parfois une sensation pénible de ballottement cérébral; le moindre effort, la toux par exemple, provoque de la douleur au niveau de la cicatrice; aussi, quel que soit le déplacement, quel que soit l'effort qu'il ait à faire, le trépané porte instinctivement Ja main à sa cicatrice, pour contenir la poussée cérébrale.
Le cerveau, non protégé par la paroi crânienne, est sans cesse exposé aux chocs, aux pressions, aux frotte-* ments, aux vibrations même. Un trépané, que nous avons. eu l'occasion de rencontrer dans un village de la Somme, craignait leèvoisinage des routes et les endroits fréquentés ; le simple passage d’une voiture lui détermi-
Mas Es:
nant dans lé crâne def vibrations, causes de sensations pénibles et de violentes douleurs.
Les maux de tête, la céphalée sont d’une fréquence et d'une intensité telles chez beaucoup de ces trépanés, qu'ils justifient une intervention, souvent réclamée en grâce par le patient lui-même et susceptible de l'améliorer. À
En un mot, certains trépanés sont inaptes à tout traval, incapables du moindre effort, du moindre déplacement, du moindre voyage. Un trépané du Professeur Gosset ne pouvait utiliser le métropolitain; le départ ou l'arrêt étant une cause de douleurs ou de sensations pénibles.
D’autres racontent que brusquement ilsont « éblouis »; tout « tourne » ou « brille » autour d'eux; d’où, obligalion de s'arrêter et de s'appuyer contre un mur, contre un arbre, ou de s'asseoir par terre. Ils se plaignent de siflements d'oreilles, de vertiges, d'étourdissements, leur survenant avec une telle rapidité, que parfois la chute est inévitable.
Certains sujets porteurs de larges brèches osseuses
sont alteints de crises épileptiques dont le nombre, la fréquence et l'intensité ont parfois déterminé les chirurgiens à tenter une cranioplastie. Fait d'autant plus surprenant que depuis longtemps on était convenu de décomprimer les épileptiques et de pratiquer chez eux la trépanation. Or, maintenant, selon l'expression de De Martel, il faudrait, « détrépaner ». Cette question réclame évidemment l'attention des neurologistes, qui, seuls, par des examens approfondis des malades, et par
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l'observation tardive des opérés, pourront déterminer les véritables indications de la cranioplastie dans le cas
de crises épileptiques. D'ailleurs, beaucoup de trépanés,
atteints d’'adhérences cicatricielles ou de lésicns irritatives de l'écorce cérébrale et présentant de nombreuses
crises d’épilepsie se sont trouvés guéris et fréquem-
ment améliorés par une cranioplastie.
B. — Troubles objectifs.
A la oue, la perte de substance crânienne crée une excavation, une difformité, apparaissant aussitôt. L’aire de la perte de substance est recouverte d'une mince membrane cicatricielle, parfois plissée, déterminant autour d'elle des rides de la peau ou du cuir chevelu, parfois colorée et d'aspect bleuâtre. À chaque battement cérébral, la peau se soulève rythmiquement, et au moindre effort le cerveau fait une hernie, plus ou moins volumineuse suivant les cas.
À la palpation, on sent le pourtour de la perte de substance crânienne et les battements cérébraux, rendus plus nets par l'impulsion de la toux. On peut, par des tentatives de déplacement de la cicatrice, noter des adhérences plus ou moins nettes de la peau aux méninges ou au cerveau. Ces adhérences cicatricielles sont parfois le point de départ d'irritations, de crises épileptiques, jacksonniennes, qui réclament l'examen ou l'observation attentive du médecin.
Il arrive parfois, qu'au lieu d’une excavation de la peau couvrant la perte de substance osseuse, on se