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VII. — Polyblessés

Il faut souligner la fréquence de ces cas, en particulier les blessures par éclats d’obus ou de bombes.

Quelques remarques doivent être faites au sujet de leur traitement.

A) Le choc est souvent intense rendant toute intervention impossible d'emblée. Même après traitement anti-choc bien conduit (réchauffement, sérum physiologique intra-veineux ou transiusion, encore que celle-ci ne soit pas toujours indiquée, tonicardiaques), on ne pourra pas toujours remonter l’état général et rendre une intervention praticable.

Le choc sera d'ailleurs d'autant plus marqué qu'il y aura eu écrasement de masses musculaires plus importantes. Il nous a semblé que la pose d’un garrot bien serré (en dehors de toute lésion vasculaire importante) empêchait ou atténuait le choc.

B) La multiplicité des blessures ne permettra pas une intervention longue pour chacune, c’est donc une contre-indication absolue à la suture primitive, si on pensait pouvoir la tenter.

C) L'intervention devra être un parage complet mais rapide des lésions musculaires et un pansement à plat.

D) L’'anesthésie sera toujours faite au minimum, quelques bouffées d’éther y sufhiront le plus souvent.

E) Enfin, après l'acte opératoire, le traitement anti-choc sera repris avec persévérance. Cependant, il nous a semblé que la transfusion post-opératoire était peut-être plus choquante que salvatrice.

OBSERVATION 16. — Le soldat Cons... André nous est amené le 17 mai 1940, c’est un poly-blessé par éclats d’obus.

Il présente : |

1) Un gros fracas de l'épaule droite. L'orilice d'entrée est dans la Îlosse sous-épineuse et il existe un éclatement de la partie supérieure de la diaphyse humérale. L'orifice de sortie est dans la région delto-pectorale, avec délabrement musculo-cutané énorme, allant de la coracoïde à la région mamelonnaire ; 1l existe une fracture du scapulum. E

Le pouls radial existe, témoin de lintégrité de l'artère axillaire ; de nombreuses esquilles sortent par orifice antérieur.

2) Une plaie cutanée de l’aissélle droite, n'intéressant que la peau.

3) Une plaie de la fesse avec délabrement musculaire important.

ie —

L'état général du blessé est grave, la paleur est impressionnante, le nez est pincé et froid, les lèvres pâles, les yeux cernés, le pouls est petit et incomptable.

Cependant, le blessé a toute sa lucidité, et réclame l'intervention.

On met en jeu tout le traitement anti-choc, réchaullement par des cerceaux munis de lampes électriques, caféine, huile camphrée, adrénaline intramusculaire ; enfin, nous faisons une transiusion de 300 cc.

L'état général se relève un peu, le pouls est meilleur, le facies se recolore.

La plaie de l'épaule, qui jusque-là n’émettait qu'un suintement sanguin peu important, se met à saigner plus abondamment, puis bientôt violemment. Après avoir injecté un litre de sérum physiologique intra-veineux, nous décidons d'opérer le blessé pour faire l’'hémostase.

Nous faisons une intervention aussi rapide que possible.

a) nettoyage de la plaie antérieure, avec ablation de gros fragments de grand pectoral et de deltoïde attris ; hémostase aussi soigneuse que possible ; parage de la plaie postérieure, et mèchage.

b) excision de la plaie de la fesse et hémostase. Nous ne recherchons pas l'éclat d’obus inclus, car l'intervention serait trop longue. Nous pansons à plat.

Après l'intervention, le traitement anti-choc est repris. Le blessé étant surtout anémié, nous faisons une nouvelle transfusion. Malgré tous les traitements, l’état général s'aggrave peu à peu et la mort survient quatre heures après l'intervention.

Nous ne rapportons cette observation que pour montrer lintensité du choc qui peut exister chez ces poly-blessés, l'impossibilité de faire une intervention longue, et l’aggravation du choc malgré toutes les thérapeutiques.

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