F) PLAIES DES MEMBRES
Tout ce que nous avons dit des plaies de guerre s'applique en particulier aux plaies des parties molles des membres. Toutes les réserves que nous avons laites pour les sutures primitives s’appliquent à ces plaies.
Cependant, comme nous Favons déjà dit, on ne peut condamner la suture hermétique en bloc, et il y a une différence fondamentale entre les sétons des régions où les muscles sont à peu près inexistants, et les plaies des régions aux masses musculaires importantes.
Nous n'étudierons donc que les plaies les plus graves, à savoir celles
— de la fesse — de la cuisse — du mollet
a) les plaies de la fesse :
Elles sont très graves du fait de la masse des muscles fessiers, du fait de l'hémorragie souvent abondante, du choc qui existe presque toujours.
C'est dans les plaies de la fesse que :
1) l’excision devra être particulièrement rigoureuse, là encore plus qu'ailleurs ;
2) on ne pourra jamais avoir la certitude d’avoir excisé tout ce qui est contus ou suspect
3) l'hémostase sera toujours difficile, et devra être faite minutieusement ;
4) enfin la gangrène gazeuse sera plus à redouter que partout ailleurs. C’est dire que, jamais, on ne devra faire de suture primitive. Il faudra mettre à plat, absolument tous les décollements, enlever tout le muscle qui est contus, sans parcimonie. Sans cette minutie spéciale, on risquerait des complications graves, avant tout, la gangrène gazeuse.
D'autre part, ces plaies sont toujours anfractueuses, c'est dire que les corps étrangers seront particulièrement difficiles à enlever, et même à trouver, surtout que la table radio-chirurgicale est inutilisable, du fait de l'épaisseur des muscles.
L'infection tétanique sera aussi très à craindre. Là particulièrement il faudra faire la sérothérapie.
a) antigangréneuse à doses plus élevées que dans les autres plaies, au moins 60 c. c.
b}) antitétanique.
Il y a encore un élément aggravant dans ces plaies de la fesse, c'est la possibilité de lésions associées, en particulier de l'abdomen
Nous avons eu l’occasion de voir une fois cette association.
OBSERVATION 15. — X... soldat allemand, nous est amené le 18 mai 1940 ; il a été blessé huit heures auparavant. Il présente une plaie par balle de la esse droite, le trajet est oblique en haut et en avant, la balle étant ressortie par la paroi antérieure de l'abdomen. Par l’oriice du flanc droit, on note l'issue de matières fécales.
L'état général est grave, le pouls mauvais, très rapide et mal frappé.
On fait une laparotomie droite, on excise l’orifice cutané. Les muscles de la paroi abdominale présentent une allure gangréneuse. On trouve dans le péritoine des matières fécales, et un trou large comme une pièce de un franc dans la paroi cæcale antérieure. On explore la face postérieure du cæcum où il existe un gros hématome. On pose une mèche rétro-cæcale, et une sonde de Pezzer dans la perloration cæcale antérieure.
L'état général s'aggrave de plus en plus et le blessé meurt six heures après l'intervention.
b) les plaies de la cuisse
Elles aussi sont très graves du fait des lésions musculaires
importantes, et du danger très grand de gangrène gazeuse.
— du fait de la fréquence des lésions vasculaires pouvant nécessiter la ligature de l'artère fémorale.
— du fait de la possibilité de lésions nerveuses (crural et surtout sciatique) entraînant un pronostic fonctionnel très sévère.
— du fait enfin de la rareté des plaies des parties molles de la cuisse sans lésions osseuses.
c) les plaies du mollet
Elles sont parmi les blessures graves des membres, on ne devra jamais les suturer primitivement.
Assez fréquemment, on aura à lier l'artère tibiale postérieure, ce qui aggravera encore le pronostic du fait de la possibilité du développement d'une gangrène ischémique. Enfin, la gangrène gazeuse sera fréquente.
La gravité fonctionnelle de ces plaies du mollet est due à la
rétraction iréquente du triceps sural, donnant de l’équinisme et gênant considérablement la marche.