A) GROS FRACAS DES MEMBRES
a) Broiement d’une partie du membre avec écrasement de tous les tissus musculaires et osseux, de tous les éléments vasculaires et nerveux. Le choc est le plus souvent marqué par hémorragie et par choc nerveux ; le choc toxique ne joue pas, car ces blessés sont porteurs d’un garrot bien serré.
Nous rapprocherons de ces broiements l'éclatement d’un segment de membre par projectile tiré à courte distance et réalisant de véritables ellets explosifs de tout le segment atteint ; — il y a éclatement des tissus mous, broiement osseux dont les esquilles sont disséminées. Dans tous ces cas, lamputation immédiate s'impose et ne se discute pas.
OBSERVATION 27. — Le soldat Le Goué... nous est amené le 17 mai 1940, il à été blessé accidentellement par un coup de fusil tiré à bout portant.
Il présente un gros fracas de lPavant-bras droit, la balle est entrée à la partie moyenne de l’avant-bras, a pulvérisé le radius, a arraché tous les muscles de la loge antérieure et tous les éléments vasculo-nerveux.
Le blessè est très peu choqué, il porte un garrot à la partie moyenne du bras.
On intervient sous-narcose à l’éther et on fait une amputation à deux lambeaux, le postérieur étant le plus long du fait des lésions explosives de la loge antérieure. On fait cette exérèse au niveau du tiers supérieur de l'avant-bras, on laisse tout ouvert et on met les fils nécessaires non serrés pour laire une suture retardée.
Le blessé est évacué en bon état, tant local que général, deux jours plus tard.
OBSERVATION 28. — La maréchal des logis Boës... Alphonse nous est amené le 20 mai; il a été blessé par des éclats d'obus, quatre heures plus tôt. Cest un poly-blessé qui présente une transfixion de l’avant-bras gauche (Gl est porteur d'un garrot bien serré) et de plus, une plaie pénétrante de l’hémithorax gauche. L
Cependant il est peu choqué, les blessures n'ayant pas atteint de masses musculaires importantes.
L'examen clhimaue » antre
Une translixion @ as, Péclat étant entré à la face-postérieure, ayant pulvérisé le cubitus €. 4. 4 arraché tous les éléments vasculo-nerveux antérieurs et pose 1eurs. : »S ; 7
La nutrition de l'extrémité ‘distale est s'ible, la circulation collatérale
ne pouvant + rétablir. De plus, les dé SAN ‘res sont très importants et
l'absence d'éléments vasculo-nerveux rend la main inutilisable ; on décide l’amputation.
On fait une amputation à deux lambeaux au tiers supérieur de lavantbras sans Îer meture, on met simplement quelques crins d'attente qu’on ne serre pas et qu’on pourra utiliser ultérieurement pour faire une suture retardée.
Quoique poly-blessé, et malgré la durée des interventions faites pour ses di-
verses plaies, le blessé se remonte rapidement et il est évacué huit jours plus tard sans température et en bon état local.
Nous rapportons l'observation suivante qui est aussi un éclatement d'un segment de membre, pour montrer l’état de choc qui
peut exister et s’aggraver malgré tout traitement et intervention minime.
OBSERVATION 29. — Le sergent-chef Tho... Marcel est amené à notre formation le 20 mai, il a été blessé neuf heures plus tôt.
Ce qui frappe d’abord lorsqu'on voit le blessé, c’est l’état de choc intense qu'il présente : pâleur cireuse, nez pincé, yeux excavés, pouls imperceptible.
L'examen montre des lésions explosives de la jambe droite au tiers supérieur. Il semble que ce soit une balle tirée à courte distance, entrée à la face externe et ressortie à la face interne. La jambe est doublée de volume, la peau est éclatée, et par ces orilices sortent des fragments musculaires et osseux.
Le blessé est porteur d'un garrot au tiers inférieur de la cuisse, mais il est très peu serré, et semble ne pas servir à grand’chose.
On s'attache d’abord à remonter le blessé, on le réchaulle avec des cerceaux chauffants, on lui fait de l'huile camphrée, de la caléine, un litre de sérum intra-veineux, tout cela après avoir resserré le garrot.
Mais, malgré toute thérapeutique, l’état général reste mauvais ; on fait une transiusion de 300 cc. Peu à peu le blessé semble se remonter et on décide d’intervenir.
Rapidement on passe le blessé à la radioscopie et on voit des lésions explosives du tibia, qui est véritablement pulvérisé sur la moitié de sa heuteur ; le fémur est intact.
On fait une narcose rapide, avec quelques boullées d’éther, et on décide de faire une désarticulation du genou. L'intervention est rapidement menée, on a sur la face antérieure de la jambe un lambeau qui permet cette intervention. On novocaïnise les nerîs avant leur section. On fait une hémostase soigneuse, et on ne pr atique aucune suture.
Peu après l'intervention, dès que le bléssé est remis dans son lit, il présente une agitation intense, du tremblement, sa pâleur s’accentue, le pouls qui était perceptible pendant l'intervention s'accélère et devient très mauvais ; malgré tous les soins, il meurt une heure après.
Dans cette observation, malgré tous les traitements, le choc s’est accentué et l'intervention, quoique réduite au minimum, n a pu sauver le blessé.
Quelques points semblent intéres
1° Le garrot était très peu serré êt, non seuler nt n'empêchait
pas le saignement, mais rêtait pas la résorption des produits L ï fs ci « k N g .
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> Nous avons pratiqué une désarticulation du genou, intervention qui à une mauvaise réputation au point de vue fonctionnel. Nous nous sommes décidés à cela parce que :
a) l'intervention était plus rapide ;
b) on n'avait pas de sections osseuses à faire, ce qui nous paraît très choquant chez ces blessés déjà très touchés ;
c) la question de la prothèse ultérieure ne se posait pas. Il ne faut faire entrer, en effet, ce facteur en ligne de compte que s'il ne porte pas préjudice de façon immédiate au blessé.
d) nous avons cocaïnisé les neris avant leur section et on sait que c'est un facteur important pour diminuer le choc opératoire.
Nous reverrons ces diverses notions aux principes directeurs de la technique opératoire.
Nous rapprocherons des gros broiements des membres les arrachenients. Dans ces cas, l'amputation ne sera pas une amputation typique de médecine opératoire, mais une régularisation de l'amputation faite par l'agent traumatique. Le chirurgien, dans ces cas, aura intérêt à garder le plus de membre possible pour une réintervention ultérieure, peut-être indispensable.
OBSERVATION 30. — Le sergent Per... Marcel, poly-blessé par éclats d'obus, présente une plaie pénétrante du thorax et une grosse plaie pariétale lombaire gauche, un arrachemnt complet de l’avant-bras droit ; la section est oblique en haut et en dehors, les tissus sont souillés de terre, déchiquetés ; il est porteur d’un garrot bien serré au bras.
Malgré ces blessures nombreuses et graves, le choc est très minime, et il suilit de quelques centimètres d'huile camphrée et de 250 ce de sérum sous-cutané pour lui permettre de supporter l'intervention.
Sous anesthésie générale à l’évipan, nous pratiquons une amputation ou plutôt une régularisation de l’amputation faite par l'éclat d'obus. On laisse tout ouvert avec de la gaze imbibée de Dakin.
Le blessé est évacué quatre jours plus tard en très bon état.