‹ Contribution à l'étude du traitement des plaies de guerreChapitre 8 sur 71 · II. — La cytolise · texte numérisé non relu

II. — La cytolise

Un élément capital dans l’évolution de la plaie de guerre, et dans la genèse de l'infection, est l'importance de la cytolise des tissus traumatisés.

La marche de cette cytolise variera souvent avec le projectile causal (balle, schrapnell, éclat d’obus, de grenade, etc. ).

Cette désintégration cellulaire se fera à un rythme infiniment plus rapide que dans la cytolise expérimentale. L'activité des protéases cellulaires est, en effet, le plus souvent très augmentée par l’appoint des protéases leucocytaires.

L'aboutissant de la digestion cellulaire, par les protéases, au stade polypeptidémique, peut survenir très vite après la blessure. La dégradation des produits d’'hystolise va faire apparaître dans la circulation des produits très toxiques (polypeptides, peptides, amino-acides) qui engendrent, cinq à six heures après la blessure, des phénomènes de choc souvent très graves, qui entravent le moindre acte chirurgical.

De plus, dans ces produits de désintégration, déjà infiniment dangereux et toxiques par eux-mêmes, les bactéries, et en particulier les anaérobies, vont trouver un milieu de culture spécialement favorable à leur développement (acides aminés soufrés surtout).

Ces véritables cultures microbiennes vont prospérer dans ce milieu mort, inapte à la défense, gagner de proche en proche le tissu sain environnant, réalisant une véritable inoculation massive expérimentale, contre quoi aucune immunité active ou passive ne peut être espérée.

Et peu à peu, à l'intoxication microbienne, s'associera l’action puissamment toxique des produits de désintégration cellulaire. Les résidus des polypeptides sont, en effet, très proches des ptomaïnes, poisons particulièrement violents.

slot

De ces quelques considérations, on peut tirer la conclusion suivante :

a) pendant un certain temps, la plaie va être inoculée, mais non encore Inlectée ;

b) les tissus traumatisés, par auto-digestion, vont très vite intoxiquer l'organisme et former un milieu de culture de choix.

Que pouvons-nous opposer à cela :

1) L'acte chirurgical : Yexérèse complète des tissus, c’est l'acte fondamental et capital de la chirurgie de guerre.

2) La chimiothérapie : localement, on pourra employer les suljanudes.

3) L'aide bactériologique ne pourra être demandée que si la plaie a été traitée chirurgicalement, et lorsqu'on craindra une infection secondaire.

Le laboratoire devra donner une indication rapide, au moven de cultures (en moins de 24 heures, si possible) et dénoncer la présence et l'abondance de telle ou telle bactérie, aérobie ou anaérobie qui semble particulièrement à craindre.

Ainsi pourra être institué un fraitement préventif spécifique (sérothérapie ou chimiothérapie).

Donc, seul l'acte chirurgical, enlevant la totalité des tissus malades, pourra réaliser le double effet attendu :

— Stériliser la plaie ;

— Enlever tous les tissus susceptibles de donner des produits toxiques.

Tous les auteurs s'accordent sur la nécessité de cette exérèse parfaite de la plaie, mais les uns et les autres ne sont plus unanimes lorsque se pose la question de :

— panser à plat ; — ou de faire la suture.

De toute façon, répétons-le, un acte est capital, c’est l'acte opératoire, de lui va dépendre la vie ou la mort du blessé. La suture est plus qu'un acte secondaire qui permettra de changer, dans certains cas, l'évolution de la plaie, mais qui n’est pas indispensable.

L’EXxCISION

L'anatomie pathologique nous explique qu’elle doit être — large ; — complète.

HU

a) Large : enlevant tous les tissus attris, les muscles morts, les tissus suspects, en un mot passant au large des lésions, en tissu sain.

b) Complète : et ce n’est que lorsque le chirurgien en aura la certitude qu'il pourra s'arrêter :

— après avoir enlevé tous les tissus attris : — débridé tous les décollements :

— fait une hémostase parlaite et enlevé tous les corps étrangers, agents primordiaux de l'infection anaérobie et tétanique.

Page 1