OBSERVATION IV
Thèse de Lefèvre, 1891, p. 60.
D... Bernard, 57 ans, ajusteur, entre à l'hôpital Tenon, salle Seymour, lit n° 8, le 5 janvier 1891.
Rien de particuiier dans les antécédents, jusqu’en 1882. Versle mois d'août de cette année, le malade eut deux abcès à l’anus, chacun, dit-il, présentant environ la grosseur d'un petit œuf. Ces abcès s’évacuèrent seuls au bout de peu de jours. Maisla suppuration persista, et un mois après, le malade, voyant toujours son linge souillé de pus, se décida à entrer à l'hôpital de Douai.
On lui fit là une première opération sous le chloroforme pour le guérir de la fistule consécutive aux abcès. Il s’ensuivitunehémorrhagie artérielle (saccadée comme le pouls, dit le malade), hémorrhagie abondante qui survint une heure après l'opération.
La fistule ne s’améliora point et la suppuration resta
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aussi abondante. Après un séjour de quatre mois à l’hôpital de Douai. le malade prit le parti de venir chercher la guérison à Paris, etau mois de janvier 1883, il entrait à l'hôpital Tenon, dans le service de M. le D. Gillette.
Là, il fut de nouveau opéré pour sa fistule que l’on reconnut être une fistule pelvi-rectale supérieure, re-
montant à une très grande hauteur, et bifurquée à sa partieinférieure, pour aboutir au niveau des deux abcès primitifs.
La malade quitta l'hôpital Tenon au bout de quatre mois. La suppuration était tarie, mais le malade commença à avoir de l’incontinence des matières fécales.
Malgré cela, jusqu'à la fin de 1887, c’est-à-dire pendant plus de quatre ans, le malade continua son métier d’ajusteur, obligé de changer souveit d'atelier à cause de son infirmité.
A la fin, n’y tenant plus, il entra en 1887, à l'hôpital de Lyon, où il se trouvait alors. On tenta une restauration de son sphincter anal, sans succès d’ailleurs. Presque aussitôt après, apparut un prolapsus du rectum, peu considérable d’abord, et qui augmenta progressivement.
Lors de son entrée à l’hôpital Tenon, dans le service de M. le D' Reynier, le 5 janvier 1891, son prolapsus mesurait 10 centimètres de long.
Au moindre effort de défécation, et même pendant la marche, le prolapsus se reproduisait, causant d'assez vives douleurs et parfois de petites hémorrhagies.
Le 15 janvier, 10 jours après l’entrée du malade,
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M. Reynier fit la rectopexie dans les conditions suivantes : Après Vincision classique du procédé Verneuil, il tomba sur la paroi rectale postérieure qu’il fronça au moyen de fils superposés et passés dans le sens longitudinal, comme l’avait préconisé M. Gérard-Marchant.
Mais pour augmenter la hauteur sur laquelle il pouvait agir, il pratiqua la résection du coccyx et fixa lé rectum au cartilage intermédiaire au sacrum et au coccyx. Les suites de l’opération furent irréprochables.
Au 11 février, l’état du malade est le suivant : le prolapsus n’existe plus ; le rectum est fixé au sacrum.
Il en résulte un tnfundibulum interfessier au fond duquel on aperçoit la muqueuse rectale. La portion antérieure de cette membrane est renversée sur l’orifice qu’elle obture, mais sans faire hernie à l’extérieur.
La défécation se fait à intervalles de 24 heures environ. Le besoin est assez pressant, mais dans l'intervalle, il n'existe pas d’incontinence des matières.
Depuis deux jours le malade est porteur d’une pelote à prolapsus. |