OBSERVATION V
Ricard. Gazeite des hôpitaux, 2 juin 1891.
Le nommé Auguste L..., exerçant la profession de puisatier, entre à l'hôpital Saint-Antoine le 25 mars 1891 ; il est couché au n° 7 de la salle Broca.
C’est un garçon de trente-deux ans, plutôt petit, mais
trs
ere de bonne constitution et de bonne santé générale. Il y a un an ce malade à déjà été soigné par M. Delens pour un prolapsus considérable du rectum. On a eu recours à la cautérisation par les acides.
La guérison fut de courte durée, et, quelques semaines après sa sortie de l’hôpital, le malade vit reparaître peu à peu son prolapsus.
Aujourd’hui la portion du rectum qui sort par l'anus présente à peu près le volume et la forme du poing. Ce prolapsus est facilement réductible ; mais, au moindre effort, à la moindre tentative de défécation, le prolapsus se reproduit. La muqueuse rectale présente une coloration rouge vineuse, mais nulle part on ne constate d’ulcération. Le sphincter anal, très dilaté, laisse, après réduction de la tumeur, pénétrer facilement deux
doigts.
L'opération est pratiquée le 28 mars par M. Ricard. Après anesthésie chlorforomique, le malade est placé dans le décubitus latéral droit, la jambe droite allongée sur le lit, le membre gauche fléchi sur l’abdomen. Le rectum est réduit par un aide, et une incision médiane part de l’anus pour remonter jusqu’à la moitié de la hauteur du sacrum: Les lèvres de l'incision étant disséquées, le coccyx et l'extrémité inférieure du sacrum isolés, on découvre facilement le rectum, qui est mobilisé. Quatre plis transversaux sont alors faits à la surface extérieure du rectum et assujettis avec du catgut; le cylindre rectalse trouve ainsi raccourci et épaissi. C’est dans ces conditions que, à l’aide de nouvelles anses de catout, le rectum est soulevé et fixé au tissu fibreux
Er qe des bords latéraux du sacrum et du coccyx, à droite comme à gauche.
Pendant tout cet acte opératoire, la perte de sang à été minime. Aucun point de suture ne paraît avoir perforé toute l’épaisseur des parois et pénétré dans la cavité rectale. é
La peau est suturée au erin de Florence, dont quelques anses profondes rétrécissent la partie postérieure de l’anus. Une mèche de gaze iodoformée est maintenue dans la plaie. Pansement iodoformé.
Le soir, rétention d'urine; cathétérisme avec la sonde n° 17. La rétention persiste quarante-huit heures. L’opium est administré à la dose de dix centigrammes par jour jusqu’au 4 avril, puis à 5 centigrammes seulement à partir du sixième jour après l'opération. Le 8 avril, dix jours après l'opération, lemalade a eu ‘une première selle très abondante. Le rectum n'a pas bougé.
À partir de ce jour, les selles s’établissent régulièrement ; la fixation paraît définitive. l
Il faut noter qu’une suppuration très légère s’est manifestée dans la plaie le deuxième jour qui suivit l’opération. Le malade, tourmenté par des gaz, et craignant d'aller à la selle, avait défait son pañsement. Aussi, le troisième jour, la température atteignit 38°,4 pour redevenir normale aussitôt après le premier pansement.
Le malade fut tenu en observation jusqu'au 13 mai, bien qu'il fût guéri depuis longtemps déjà. À aucun moment le prolapsus ne s’est reproduit.