FESSES
fut prise entre la roue et le patin du frein. C'était heureusement à une courbe et le tramway put s'arrêter aussitôt, mais il fallut un bon quart d’heure pour la retirer de là.
Portée à sa maison, qui était à 20 mètres du lieu de l’accident, elle fut visitée presque immédiatement par le docteur Gourriér (de Saint-Loup). Celui-ci constata une plaie transversale d’environ 8 à 10 centimètres, siégeant à la face postérieure et moyenne de la jambe. Elle n’intéressait que la peau et le tissu cellulaire, s’arrêtait à l’aponévrose des jumeaux, mais s’accompagnait d’un décollement assez important. Notre confrère de, Saint-Loup la sutura et appliqua un pansement antiseptique.
Quelques jours après, la Compagnie des tramways, bien qu’elle ne fût pas responsable de ‘—l’aceident, me priait d’aller visiter cette blessée à laquelle s’intéressait M. le Directeur. Je fus done à La Pomme le 12 octobre, à midi, soit exactement 90 heures après l’accident.
Je défis le pansement et constatai aussitôt que la peau du mollet se sphacélait ; en le touchant du doigt, je sentis la crépitation gazeuse ; il y avait une plaque brune remontant jusqu’au dessous du genou, et au-dessus une-teinte cuivre bronzée, qui débordait le genou de cinq centimètres environ. [1 ne me fut pas difficile de porter le diagnostic de septicémie suraigué et je dé: clarai très énergiquement que si la malade n’était pas conduite immédiatement à l'hôpital pour y être opérée le soir même, c'était la mort fatale.
La blessée arriva À la Conception à 4 heures du soir ; voici. auci était son état
On voyait sur ia face externe et sur la face postérieure de ‘la jambe une vaste plaque noirâtre, partant en bas de deux travers de doigt des malléoles pour s'arrêter en haut à deux travers de doigt du creux popité : sur le reste de la jambe et le pied, on voyait d’autres plaques brunes, moins avancées dans leur marche, mais présentant déjà quelques phlyctènes. La teinte bronzée qui, à midi, dépassait le genou, atteignait, à 4 heures les trois-quarts inférieurs de la cuisse, spécialement dans la région postéroexterne.
Le pied, la jambe et une partie de la cuisse étaient sonores, et la crépitation gazeuse se percevait en de multiples endroits.
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L'état général était celui des infectés ; température, 39°3 ; le pouls présentait une intemmittence toutes les cinq ou six pulsations. a
Je ne puis m'empêcher de vous faire remarquer la marehe extra-rapide de l'infection, qui est très typique lorsque l’on considère l’état où je l'avais vue à midi et celui où elle fut trouvée quatre heures après.
J’arrivai à l'hôpital à cinq heures et la fis porter à la salle d'opération où elle fut anesthésiée au chloroforme. Je fis à la partie postérieure et externe de la jambe plusieurs débridements au thermo-cautère, portant sur toute l'étendue ‘des parties noi-
< râtres. Les incisions furent larges, longues et profondes, jusqu’à
la rencontre du-tissu non sphacéié.
De plus, sur le pied et sur la jambe, partout où il y avait, soit des plaques brunes, soit une crépitation nette, j'enfoneai la point: rougie de platine de facon à faire des cheminées d'échappement pour les gaz et les liquides. Je procédai de même à la cuisse sur trois lignes parallèles allant du genow au quart supérieur de la cuisse.
Par ces multiples ouvertures s’échappaient, soit du pus sa-. nieux, soit de la sérosité, soit des bulles gazeuses. Chaque orifice fut largement injecté d’eau oxygénée à 12 volumes ; puis je fis une double couronne d’injections hypodermiques d’eau oxygénée, encerelant la racine du membre là où s’arrêtait le développement des gaz.
Chaque piqûre fut de deux seringues de Pravaz, soit 2 centimètres cubes, et on en fit trente, au total 60 centimètres cubes d’eau oxygénée en injections sous-cutanées. Enfin, le membre en-
“tier fut enveloppé dans un large pansement humide avee cet anti. septique. |
Le soir de ce même jour, trois heures après, la température baissait d’un dégré et tombait à 3892. Dans les jours qui suivirent on fit très régulièrement, matin et soir, le lavage complet de tous les orifices à l’eau oxygénée, enlevant ainsi deux fois par jour de vastes lambeaux de tissus sphacélés, mettant à nu les muscles de la région. Les injections furent renouvelées et la lésion s'arrêta à la zone des piqûres.
Le 18 octobre, six jours après mon intervention, l'infection
avait disparu ; les muscles étaient complètement à nu, la température oscillait de 37°3 le matin à 3803 le soir ; l’état général était excellent, mais il restait une vaste plaie suppurante ges demanda du temps pour se cicatriser et que, dès ce jour, on soigna par les pansements humides à l’eau boriquée.
Le 5 décembre, sept semaines après l’accident, je pratiquai-des creffes de Thiersch, pour abréger la durée de la cicatrisation. Sept lambeaux de six centimètres environ furent enlevés sur la cuisse gauche et les sept greffes prirent très bien. Malheureusement, il y eut dans les espaces intergreffés une suppuration qui persista assez longtemps et pour ce, j'épuisai la série des antiseptiques connus. Enfin, la guérison arriva, et le malade quitta l’hôpital, après y avoir fait un séjour de cinq MOIS. J'ai l’intime conviction de lui avoir sauvé la vie par cette énergique
intervention.