OBSERVATION VI
(Dr Thiviar, de Bruxelles) (Traitement par le gaz oxygène d'une septicémie gazeuse suraiguë ; guérison des phénomènes seplicémiques ; mort par tétanos.)
Le 23 juin dernier, on transporta dans mon service le nommé V.. Louis, âgé de 27 ans. Il , avait recu le matin même, dans la région du mollet gauche, une charge de gros plombs. Dès son entrée, l’interne de garde constata l'existence d’un fort gonflement œdémateux s'étendant à toute la jamibe gauche, depuis
(1) Bull. de l'Ac. de Méd. de Belgique, 1899, p. 635.
PA se
les orteils jusqu’au genou. A la partie postérieure et supérieure
. du mollet et à la partie inférieure du creux poplité, la peau pré-
sentait 25 perforations produites par les plombs qui avaient pénétré très profondément dans la masse musculaire.
Il existait une vaste éechymose qui envahissait les régions latérales. Par les orifices, il s’écoulait un liquide séro-sanguinolent. La palpation était douloureuse, la marche était impossible. ' Le soir, le pouls était à 100 et la température montait à 39°. On se contenta de faire des lavages an sublimé, d'appliquer un large pansement humide et de placer le memibre en position élevée.
Le 25, le 26, le ae la température oscilla entre 39° et 40°. Le pouls était dé 96 à 100. Le gonflement et l’ecchymibose avaient augmenté. )
- Le 28, au matin, ant d’une absence de quelques jours, Je constatai l’état grave du blessé. Le gonflement était devenu très
considérable et avait gagné la cuisse ; la peau est devenue rouge
bronzé, vendâtre par places. Jusqu'au tiers de la cuisse, la coloration bronzée caractéristique ; il existe des marbrures de coloration plus accentuée, et, dans toute l’étenidue;, on observe un emphysème très marqué, caractérisé par de la crépitation gazeuse.
-On constate, par la percussion et la palpation, l'existence de po-
ches gazeuses, principalement sur le dos du pied et à la partie
‘ supérieure externe et interne de la jambe. La pression fait sor-
tir des orifices produits par les plombs une sérosité roussâtre, spumeuse!
Le gonflement est tel qu’il a impossible les mouvements de
l'articulation du genou. La température était à 40°, le pouls à
120. Il y avait du subdélire, peu d’appétit. Langue sèche, sabur- rale.
Je fis procéder immédiatement à un large lavage, très copieux,
au moyen de l’eau oxygénée; puis à l’aide d’une fine aiguille de
Dieulafoy, reliée par un tube de caoutchouc à une bonbonne renfermant 850 litres de gaz oxygène comprimé à 120 atmosphères,
‘ jj'insufflai non seulement le pied et la jambe, mais encore toute
la cuisse, remontant jusqu’au pli de l’aine, jusqu'à. la fesse, dans les parties saines. J’établis ainsi un large emphysème oxygéné au moyen d’une série de piqûres pratiquées dans le tissu cellulaire sous-cutané ; l’emphysème ainsi produit remontait sur la par-