‹ Contribution à l'étude du traitement des septicémies gangréneuses: par les injections sous-cutanées d'eau oxygénéeChapitre 5 sur 18 · SET RER · texte numérisé non relu

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Ce sont les propriétés antiseptiques du bioxyde d’hydrogène, avec leurs heureuses influences sur les plaies atones, qui tout d’abord attirèrent l’attention des chirursiens. Dès 1862, Jules Guérin signale son action excitante ;: en 1869, Schmitt insiste sur les propriétés antiputrides, mais àl faut arriver aux expériences et aux applications de Baldy pour voir entrer l’eau oxygénée dans la thérapeutique chirurgicale courante.

À cette époque, plusieurs thèses intéressantes parurent sur la question, notamment celle de Larrivé et de Barbolain. |

Après quelques années de vogue, ce nouvel agent fut bientôt délaissé et passa dans la thérapeutique étrangère, cù il donna des succès surprenants, surtout en oto-rhinologie.

Lucas-Championnière a fait, en 1898, une importante communication à l’Académie de Médecine sur la valeur de l’eau oxygénée et sur ses emplois en chirurgie. Cette communication est venue confirmer les premiers essais de Baldy en 1879.

En gynécologie, Lucas-Champisnnière s’en sert pou le lavage et la désinfection pré-opératoire des cavités avant l’hystérectomie vaginale. Il lui reconnaît comme avantage principal de pénétrer et d’imprégner totalement les tissus, contrairement au sublimé, qui est annihilé au contact des masses albumineuses. C’est ce qui explique les insuccès du sublimé dans l’antisepsie de certains foyers où, se transformant en albuminate de Hg, il laisse dans la plaie de nombreux germes. L’eau oxygénée n’a pas cet inconvénient.

Cet antiseptique a été essayé pour un nombre, très divers d’affections, Dans les maladies de la bouche et des dents, son emploi est fréquent et a rendu de grands ser-

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vices. En effet, dans la bouche, cavité close, se développe une flore où l’on trouve des champignons, des anaérobies ; ie vibrion septique lui-même peut s’y rencontrer et nous lisons dans la thèse de Négretti, que des forçats, qui mettaient du tartre dentaire dans une plaie pour la faire suppurer, étaient parfois atteints de la terrible complication due au vibrion de Pasteur.

Notons donc, en passant, cette action élective de l’eau oxygénée sur les microbes d’une cavité close.

Tissot, un oto-rhinvlogiste distingué, concluait de sa pratique de quelques années : « L’eau oxygénée ne produit ni irritation locale, n1 érythème, ni phénomènes toxiques ; son application est presque indolore. Elle a une action rapide sur les phénomènes ide réparation. En somme, c’est un antiseptique puissant, désodorisant et hémostatique. » |

En ce qui concerne l’eau oxygénée employée chirurgicalement contre la septicémie gazeuse, ce n’est qu’en 1898 que nous trouvons la première observation de ce genre.

C’est à Bruxelles que le docteur Lebesgue l’employa avec fruit pour le pansement du moignon d’un blessé, amputé pour septicémie gazeuse. Le docteur T'hiriar s’en sert en 1899, comme agent curateur, concurremment avec le gaz Oxygène.

En 1900, le docteur Pluyette (de Marseille) utilise l’eau oxygénée en pansement et, le premier, fait des injections sous-cutanées de cet antiseptique. La même année, M. le docteur Dayot, professeur à l’Ecole de médecine de Rennes, suit, en pratique, le traitement par l’eau oxygénée en pansement.

Le but de tous ces praticiens, en se servant de cet antiseptique, était de lutter plus efficacement contre les anaérobies, auteurs de cette complication redoutable, dont

LNNTE EE Salleron avait proclamé « l’incurabilité absolue », et qui ne donnait, en ces derniers temps, que le nombre déplorable de 5 pour 100 de guérisons.

Tous les travaux de laboratoire ont, en effet, démontré que, s’il ne faut pas toujours incriminer le vibrion de Pasteur comme cause de la gangrène gazeuse, c’est toujours vn microbe anaérobie qui produit ces graves désordres, locaux et généraux, dont le tableau symptomatique si effrayant est décrit magistralement dans la thèse d’agré-. gation de M. le professeur. Forgue. d

Pasteur le premier, dans une communication à l’Académie des sciences, établit la présence dans le sang de deux animaux trouvés à l'équarrissage de Sours de & vibrions de putréfactions » longs, mobiles, «€ écartant les globules du sang dans leur marche onduleuse et rampant », tout à fait distincts de la bactéridie charbonneuse et déterminant par l’inoculation au cobaye ( des désordres épouvantables ».

En 1878, il isole le vibrion septique de la terre végétale, le cultive sur milieux dépourvus d’oxygène, dans le vide ou en présence de CO? ; en 1881, Koch retrouve dans la terre et décrit sous le nom de bacille de l’œdème malin le vibrion septique de Pasteur. |

Trifaud, en 1884, dans un important travail d’ensemgle, cite les recherches antérieures de Tédenat (thèse de Paris 1879), qui par inoculations au cobaye de sérosité d’origine humaine, avait déjà reproduit des désordres ra- * pidement mortels et comparables à ceux observés chez l’homme, avec présence constante de bacilles sporulés.

De ses recherches personnelles et de 30 inoculations pratiquées sur le cobaye, il conclut à l’existence constante dans les produits septiques « de bâtonnets longs et grêles, présentant à l’une ou aux deux extrémités un nu-

cléole » ; il considère ce bacille comme spécifique, mais le Gistingue du vibrion septique de Pasteur.

À la suite de nombreux cas de Septicémie gangréneuse observés dans les services hospitaliers de Lyon, Chauveau-et Arloing, en 1884, en font l'étude expérimentale ect affirment l'identité de l’agent des gangrènes gazeuses et du vibrion septique de Pasteur.

Forgue, en 1886, confirme les recherches expérimentaies de Chauveau et Arloimg.

En 1891, paraissent trois intéressantes observations, d'infections gangréneuses publiées par Wicklein, qui, après. recherches bactériologiques et inoculations expérimentaies, établit la présence dans les trois cas d’un bacille anaérobie, auquel il donne le nom de « bacillus emphysematis malègni ».

Au Congrès français de chirurgie de 1892, Gérard-Marchant rapporte un cas de gangrène gazeuse typique avec examen bactériologique de Veillon, concluant à la présence de vibrion septique. Campenon, dans trois cas, rencontre également le vibrion.

Frænke]l, dans diverses publications parues en 1893 et 1899, décrit un baeïlle qu'il a rencontré dans plusieurs cas d'infection gazeuse : C’est encore un anaérobie strict qu'il nomme « bacillus phlegmones emphysematosæ ».

Veillon et Zuber, en 1898, employant une technique spéciale qui facilite l'isolement des anaérobies, trouvent leur & bacillus perfringens » encore anaérobie strict.

A noter cependant une publication de Lecène, en juin 1901, qui rapporte l’observation d’un cas de gangrène yazeuse aiguë, mortel en 4 jours, chez un homme de 40 ans. Les recherches de laboratoire ont permis de conclure à la mise en cause d’un bacille aérobie.

Nous. pouvons done conclure, après ce coup d’œil ra-

pide sur l’histoire bactériologique des gangrènes gazeuses, que dans l’immense majorité des cas, c’est un anaérobie, associé ou non avec d’autres espèces, qui est l’agent de cette affection.

C’est sur ce caractère principal d’anaérobiose que repose toute la thérapeutique chirurgicale de la septicémie. Aussi a-t-on conseillé depuis longtemps déjà les débridements larges de ces plaies souillées et anfractueuses afin qu’elles soient exposées à l’air qui agissait mieux que tous les antiseptiques. Puis on a fait des lavages avec l’eau oxygénée, qui, au contact du sang ou de la sérosité, dégageait l’oxygène meurtrier. Maloré ‘cela, le vibrion anaérobie se cache encore et échappe par endroits à l’action du pansement antiseptique ; c’est alors que Thiriar, de Bruxelles, a l’idée d’opposer à son envahissement rapide une barrière de gaz oxygène ; notre maître, M. Pluyette, en 1900, arrête le processus envahisseur par une barrière d’eau oxygénée et voit guérir son malade. Dans quatre autres cas, le même traitement est institué et irois fois le blessé est arraché à la mort.

Quel est le rôle de l’eau oxygénée ? Comment agit-elle contre le microbe ? Pour pouvoir répondre à cette question, il faudrait que nous possédions des connaissances de physiologie expérimentale très approfondies et cette discussion grave ne peut entrer dans le cadre de cette modeste étude.

Voici cependant quelles sont les opinions de M. Pluyette

et de M. Thiriar.

@ La septicémie suraiguë ou gangrène gazeuse, dit: Pluyette, en commentant sa première observation, a pour agent pathogène le vibrion septique de Pasteur. Me rappelant que celui-ci est anaérobie, j’ai pensé que l’oKkygène contenu dans l’eau oxyg énée serait meurtrier pour ce der-

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nier ; c’est ce que l'événement à prouvé. Je n’ai donc pas choisi l’eau oxygénée comme un antiseptique supérieur à ceux qu’on utilisait avant lui, mais à cause de son action élective qui en fait un véritable spécifique. »

Le but de M. Thiriar est d’opposer à l’envahissement

du vibrion une barrière d'oxygène. & Aux gaz neutres ou

toxiques qu’il lance en avant pour favoriser sa marche, dit-il, à l’emphysème gazeux qu'il produit, j’ai opposé un iarge emphysème oxygéné, en insufflant avec force une quantité d'oxygène dans le tissu cellulaire voisin, Je crois avoir ainsi établi un rempart solide, résistant, pour empêcher le microbe de se développer. On sait, en effet, que l’emphysème produit par les gaz résultant de l’infection septique, précède le microbe, le vibrion de Pasteur, qu’il jui fait un chemin, qu’il favorise son développement, sa virulence, et probablement la production des toxines qui viennent coopérer, dans une certaine mesure, à la désorganisation des tissus, à la putréfaction sur le vivant,

comme on l’a si bien dit. » Nous verrons dans l’observa-

tion de M. Thirier, citée plus loin (obs. VI), que le résultat obtenu répondit à son attente et montra une fois de plus l’excellence de cette thérapeutique oxygénée.

Une autre hypothèse très séduisante sur l’action antiseptique de l’eau oxygénée, émet l’idée que celle-ci, en se décomposant au sein dés tissus, donne naissance à de l’oxygène et à des combinaisons ozoniques, qui ont une action bactéricide énergique ; la démonstration est encore à faire (Corsy). PAR

Enfin, nous donnerons aussi l’explication émise par MM. Féraud et Georges Lambert, notre excellent camarade, qui, dans un travail plein d’érudition sur la stérilisation de l’eau, disaient que, chaque fois qu’il y à état

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paissant, il se produit des phémomènes de radio-activité.

Or, &ce que nous savons sur la constitution des infiniment petits, sur l’importance du noyau de ces êtres, sur l'assimilation qu’on a pu faire entre l'extrême division de la matière dont ils sont composés et les solutions colioïdales, nous à amené à penser que les microbes pourraient être détruits par une action radio-active, quand celle-ci se produisait dans le milieu où ils vivaient ».

Si l’on admet cette explication, l’oxygène naissant détruirait les bacilles par radio-activité. Quoi qu’il en soit du mécanisme de ce phénomène biologique, l’action bactéricide est incontestable et nous allons montrer, par des/ chservations inédites, les succès de cette thérapeutique.

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