‹ Contribution à l'étude du traitement des septicémies gangréneuses: par les injections sous-cutanées d'eau oxygénéeChapitre 8 sur 18 · OBSERVATION II · texte numérisé non relu

OBSERVATION II

(Inédite) (Due à l'obligeance de M. le Dr Pluyette)

Marius B.., charcutier, âgé" de 19 ans, recut deux coups de fusil chargé de plomb numéro 8. L'un avait porté sur l’avantras gauche, l’autre au niveau de l’articulation coxo-fémorale sur la face externe. Cette dernière plaie ne présenta rien de spécial, je n’en parlerai plus. S

L'événement s'était produit dans la journée du dimanche 29 novembre 1903, l'heure exacte n’est pas indiquée dans l’observation ; le blessé n'’entra à l’hôpital que le lundi soir, 30 novembre.

Mon interne (docteur Escarras de Castellane) le trouva avec une température de 37°6. Les plaies ne présentaient aucun signe alarmant et il fit appliquer des pansements humides.

Je le vis le lendemain matin, mardi, 1* décembre. L'accident remontait à plus de 36 heures et à moins de 48 ; très vraisemblablement à une quarantaine d'heures.

La température était 39°4 ; le malade délirait. La main gauche était tuméfiée et sonore comme un tambour : sa coloration était bleu verdâtre, les ongles violacés. L’avant-bras,e criblé de plombs, était également tuméfé, mais moins que la main ; il était aussi sonore et infiltré de bulles gazeuses qu'on sentait courir sous le doigt ; il était complètement insensible jusqu’au pli du coude.

Le bras, au contraire, présentait de l’hyperesthésie, et sa coloration terre de sienne brûlée était bien celle décrite sous le nom d’érysipèle bronzé. Moins sonore que l’avant-bras, on sentait pourtant la crépitation gazeu$Se qui remontait jusqu’à l’aisselle en dedans, la tête humérale en dehors. J'ajouterai à ce tableau typique qu'à l’ouverture du pansement il se dégagea une odeur pu- ‘ride imfecte. ;

Ainsi, dans l’espace: d’une nuit, l’état avait changé du tout au tout. La température s'était élevée de 37°6 à 3904 : le délfre s'était emparé du blessé et la gangrène gazeuse s'était dévelop-

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pée au point d'atteindre l’aisselle. N'est-ce pas ce qu'on peut appeler foudroyant ?

Je fs immédiatement porter le blessé à la salle de pansements, et, sans anesthésie, je pratiquai de très larges débridements au thermo-cautère ; toutes les parties furent lavées à l’eau oxygénée et l’épaule fut circonscrite par une vingtaine d’injections hypodermiques d’un centimètre cub2 d’eau oxygénée ; enfin tout le membre fut enveloppé dans un vaste pansement humide au même antiseptique.

Le soir, la température baiïssa à 390, Il n’est pas, noté dans l'observation si les injections hypodermiques furent reénouvelées le soir. |

Mercredi, 2 octobre. — La nuit a été mauvaise, agitation et délire. La température n’est plus qu'à 38°5. La zone gazeuse n’a pas dépassé l'épaule, mais la main et l’avant-bras sont complètement noirs, le bras très bronzé. C’est surtout l’état général qui est mauvais. Teinte subictérique généralisée, yeux excavés, indifférence absolue. On pratique une nouvelle série d’injections bypodermiques d’eau oxygénée ; pansement humide.

Jeudi, 3 octobre. — Nuit agitée, délire continu ; l’ictère a envahi tout le corps ; la température continuant à baisser atteint 36°. Le membre entier est noir ; l’odeur cadavérique est repoussante. La zone erépitante gagne la moitié du dos en arrière, va jusqu'aux fausses-côtes sur les côtés et en avant, soulève tout le grand pectoral, qui est tendu et augmenté de volume, Il n’y a plus rien à espérer et le blessé succombe danç la journée’ de vendredi.

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