ETAT ACTUEL DE LA QUESTION DU TRAITEMENT DES TUMEURS BLANCHES
Nous ne nous attarderons pas à décrire longuement le traitement recommandé des anciens etmême des chirurgiens du commencement de ce siècle, un résumé très bref de la thérapeutique d'autrefois nous suffisant, car, en ces époques, on englobait sous ce titre de tumeur blanche plusieurs autres arthrites qui ne sauraient entrer dans notre sujet et qui, mieux que les arthrites tuberculeuses, peuvent être influencées par l’immobilisation.
Partout, dans nos cliniques et nos traités classiques qui reflètent la pensée des Maïîtres, nous assistons à des débats ‘ou lisons et voyons pratiquer ces méthodes les plus variées.
Avec Lister.et Guérin, l'ère de l'antisepsie, avec élle la suppression de bien des soucis, nous assistons à un vrai réveil, pendant quelques années, de la chirurgie exérétique, à cette belle évolution, pleine d’audaces et souvent de succès, que les siècles précédents ne connurent pas, mais hélas ! aussi à des revers dans cette « furia » opératoire.
On voulut donc tout opérer et cela dès le début. Et l’on semble un temps renoncer aux préceptes de nos Maîtres de l’antiquité et du moyen-âge. Mais les méthodes conservatrices, à la suite de plusieurs insuccès et des résultats trop souvent désastreux, reprirent bientôt leur revanche.
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Maintenant ils sont nombreux, chirurgiens des deux mondes, qui, moins impatients, espèrent guérir leurs malades, non point grâce à une intervention sanglante, mais par l’immobilisation tant vantée de jadis.
« Chi va piano va sano e sieuro » dit un proverbe os ! Souvent, en effet.
Nous allons donc essayer de prouver que l’immobilisation n’est pas morte encore en tant que manuel curateur, qu’elle jouit même d’une grande faveur auprès des chirurgiens actuels.
Procédons par ordre chronologique et inscrivons en tête de cette pléïade illustre de chirurgiens français le nom de ce professeur lyonnais : A. Bonnet. Nous lui devons un appareil pour la contention. Sans être un fanatique de l’immobilisation (loin de là, puisque déjà il se servait de méthodes qui, en cette fin de siècle, semblent devoir reléguer tout derrière elles), il recourait cependant, et cela très souvent, à ce moyen, surtout au début.
Y avait-il abcès ? Alors ce maître préférait recourir aux ponctions suivies d'injections, ces injections que quelquesuns croient n'être que d'hier.
Bonnet ne se contente pas de rechercher un moyen sûr de thérapeutique ; il étudie la question et crée le mot de diathèse
fongueuse pour peindre cette prédisposition. Il nous en laisse une étude approfondie ainsi qu'un traitement qui peut parfois nous paraître audacieux pour l’époque.
Sur la question du traitement, Bonnet ne craint pas de s'étendre dans son ouvrage. Avec Hufeland, il recommande d'abord de ne pas oublier le traitement général qui doit être un auxiliaire puissant, puis il divise le traitement local suivaut: 1° qu'il y ait une fongosité sans suppuration ni trajet fistuleux ; 2° abcès avec fongus ; 3° fistules. Il conseille de ne pas laisser le membre immobilisé, si aucune inflammation aiguë ne persiste. Malgaigne et Teissier en cela sont d'accord.
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AR Il conseille, en outre, de règler, mais non de suspendre la fonction des articulations malades. Il préconise à cette période les frictions et la révulsion, comme Jobert de Lamballe.
Si nous nous trouvons en présence d’un abeès : ponction et injection.
« Tant que j'ai cru, écrit plus loin Bonnet, avec la plupart des auteurs classiques, que le repos de l'articulation et le. séjour au lit étaient nécessaires à la guérison des tumeurs fongueuses, il me semblait que les exigences du traitement local ne pouvaient être satisfaites en même temps que celles du traitement général qui réclame l’exercice. Aujourd’hui, nous savons combien il est utile de faire exécuter des mouvements dans les arthropathies, du moins lorsqu'il n’y a pas inflammation aiguë où qu'on n'a pas besoin d'obtenir l’ankylose.
» Nous comprenons qu'on peut remplir tout à la fois les indications que présentent l’état de la constitution et celui de l'articulation malade, etc. »
Aussi recommande-t-il les mouvements alternatifs de flexion et d'extension qui doivent être opérés une ou deux fois par jour, pendant cinq minutes au moins, en exerçant la jointure doucement-et graduellement.
Il se préoccupe ensuite de l'avenir du membre malade. € Après les inffammations aiguës des articulations, il n’est pas de maladies des jointures dans lesquelles il faille veiller avec plus de soin à la position des membres, que dans les tumeurs fongueuses : pour éviter une attitude vicieuse, une ankylose nuisible, ete. »
Nous lui devons un appareil immobilisateur et un autre de traction continue pour lutter contre la contracture et les mauvaises attitudes du membre. Il s’inspira de l'appareil de Fabrice de Hilden. Le sien donna ensuite naissance à ceux de Raspail, Eulenburg et tant d’autres.
Ce nom de Bonnet est done à jamais inséparable du sujet que nous devons traiter.
Gerdy, Desault, Bichat, Boyer et Dupuytren déjà, recommandaient, en leur temps, le repos absolu et l’immobilisation comme moyen le plus favorable à la résorption des produits morbides, etc. « Les tissus blancs périarticulaires » pour emprunter l'expression de Gerdy, «se rétractent peu à peu. » Barthez? non, il faisait marcher ses malades, espérant par ce mécanisme aider la résorption et la régression des tissus morbides tont en luftant efficacement contre l’atrophie musculaire.
Teissier, de Lyon, combattit de son côté l'immobilisation, l’accusant de causer des désordres graves dans les articulatons.
Malgaigne n’en est non plus point partisan. L'immobilisation produit latrophie et la dégénérescence des muscles, selon lui. Il l’emploie toutefois et nous donne quelques indications bien nettes pour sa durée. « N’ôtez l'appareil que si aucune douleur n’est ressentie par la pression ou les mouvements. Essais progressifs et lents dans l'emploi du membre malade. »
Bouvier et Verneuil, en ceci, sont du même AVIS.
« Je n’ai pour guide dans la suppression graduelle de l'immobilisation que la cessation graduelle des symptômes, et ce n’est que sous forme d'essais progressifs et avec une sage lenteur, que l’on doit procéder à la suppression des moyens contentifs. » Nous citons là un passage du traité de Bouvier sur les maladies articulaires.
Avec eux, presque tous les chirurgiens.
Pour Follin, l'immobilisation est la première condition à remplir. Esmarch, en Allemagne, émettait le même principe, avant 4861... et de plus, y joignait l'application du froid.
Mais depuis, modifiant quelque peu sa méthode, il crut
D devoir adopter le procédé de Bier. Ce procédé s'appuye sur la remarque suivante de Rokitanski : un cerlain degré d'immunité vis-à-vis de la tuberculose se manifeste chez certains cardiaques, grâce à la stase veineuse consécutive.
La cure? « par hyperhémie veineuse ou accumulation de sérum dans les parties atteintes ? ou par « auto-tuberculinisation. » Maisici, le traitement dure des mois... et l’on doit de plus, ne jamais oublier de changer chaque jour de place la bande élastique posée à la racine du membre et modérément serrée jusqu’à obtention de la cyanose et de l’æœdème. Et cela, afin d'éviter des ulcérations et Fatrophie musculaire. Ce procédé a encore un autre inconvénient : celui d'être douloureux. | :
Peu de chirurgiens paraissent s’en servir. Parmi eux, Thébault n’est même pas convaincu de la bonté de ce procédé, car trop d'échecs sont à son actif. Malgré cette quasi-indifférence universelle à utiliser ce procédé, Chlumsky le fait sien ; car, dit-il, il y trouve plusieurs avantages : facilité, ete.
Revenons à l’immobilisation.
Pour plusieurs l'emploi des révulsifs paraissant aider l’action de limmobilisation, on eut recours à l’usage simultané de ces deux procédés.
Percy et Larrey, Gerdy aussi en vantèrent l'efficacité.
Par contre, la révulsion seule ne rencontre en ce siècle que peu de partisans. Médiocre moyen, dit-on. sinon nuisible souvent par les infections secondaires que la plaie d’un vésicatoire peut engendrer.
Nous voyons jusqu'ici que les chirurgiens sont la plupart favorables à l'immobilisation. Mais comment la pratiquer ?
Pour Bouchut et Desprès, grands partisans de ce moyen curatif, on doit immobiliser en extension pour le genou. On doit toujours la prescrire «s’il n'existe pas d’épuisement du malade par une suppuration trop abondante, si les os ne sont