OBSERVATION XXIX
BrissAuD et SOUQUEs (Société médicale), séance du 3 avril 1894).
Marthe M..., 37 ans, présente les symptômes typiques d’un myxædème très accusé développé dans les premières années de la vie.
C’est une naine, dont la taille mesure un mètre douze et dont l'intelligence est fort au-dessous de la moyenne. Elle pèse vingt-sept kilogrammes. La température 36°, pouls 84. Urine, 400 grammes environ par jour.
Le traitement commencé le 19 janvier 1894, fut poursuivi tous les jours de la manière suivante pendant six semaines. La malade prit tous les matins en deux fois un lobe frais et cru de glande thyroïde de mouton.
20 février. — Lendemain de la première prise, le pouls battait à 124, la température montait à 37° 2. Le 23 la diurèse s’est déjà établie (500 à 600 grammes) la diminution de l’infiltration du visage est déjà appréciable. Mais là malade se plaint de céphalalgie, d’insomnie et de douleurs dans lesmembres. Ces phénomènes d’intoxication s’effacent au bout de deux jours sans qu’il soit nécessaire de cesser l’ingestion glandulaire..
Pendant les jours suivants l’œdème de la face diminue visiblement. Le thermomètre se maintient à 37°5, le pouls à 120.
Le huitième jour du traitement la température est encore
Guérin : IL
plus élevée (38° 4) et le pouls plus fréquent (140) sans être accompagné de phénomène grave.
3 mars. — La malade contracte une angine qui nécessite la suspension du traitement durant trois jours.
Dès ce moment l'amélioration est très manifeste. La face, les mains, le corps ne sont presque plus infiltrés, la transpiration est appréciable. |
4 avril. — Le traitement avait duré six semaines et la malade avait ingéré trente-quatre lobes thyroïdes. La guérison était complète.
La malade ne pesait plus que 23 kil. 500, elle avait donc maigri de 7 livres.
La courbe de la température avait présenté une ascension rapide, atteint son acmé en trois jours pour s’y maintenir pendant le reste du traitement. Le pouls a suivi une marche parallèle à celle de la température. |
L'aspect du visage et des mains était devenu normal ; les bourrelets œdémataux de la face du corps des mains avaient disparu ; les paupières étaient normales, les vêtements trop larges. La peau est devenue lisse et normale ; la secrétion sudorale s’est rétablie et sur les ongles on aperçoit un sillon transversal profond qui témoigne de leur modification.
La malade est gaie, douce, mais a toujours un raisonne- . ment assez enfantin.
Du 4 au 12 avril, Marthe M... n’a pris qu'un: lobe tous les deux jours. Désormais un lobe tous les quatre ou cinq cinq jours lui servira de ration d’entretien.
La guérison est complète et rien ne permet de prévoir une récidive.