CHAPITRE PREMIER
A. — La greffe. — Ce fut Æorsley qui, en 1890, proposa le premier la greffe du corps thyroïde. |
Schiff, cependant, avait, dès 1884, montré, expérimentalement, que l’ablation du corps thyroïde présentait moins de danger si l’on transplantait la glande extirpée dans la cavité abdominale. Mais c’est au professeur Lannelongue que revient le mérite d’avoir publié la première observation de greffe chez l’homme. Kocher, Merklen, Walther, etc., publièrent à leur tour des observations analogues.
Dans toutes ces observations, on note une amélioration rapide mais passagère. Tous les auteurs modernes, s'accordent pour admettre que cette amélioration est due à la résorption du tissu thyroïdien par l’organisme et que, si théoriquement les greffes sont possibles, pratiquement elles n'ont jamais été réalisées. Ajoutons que, le fussent-elles, ce que nous savons de Panatomie de la thyroïde autorise à penser que son
rôle physiologique se trouverait singulièrement amoin-
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dri, attendu que, dans ces conditions nouvelles, elle serait certainement privée de la riche vascularisatio n qu'elle possède à l’état normal.
B. — Les sucs thyroïdes. — Rapidement abandonnée, la méthode des greffes avait cependant eu l'avantage de montrer que la résorption de la glande produisait la régression des accidents du myxædème. De là à l'emploi des sucs thyroïdiens il n’y avait qu’un pas, il fat vite feanchi : Brown-Séquard venait précisément de montrer les résultats surprenants obtenus par les injections de suc testiculaire. Ce fut Pisanti qui conceut, le premier, l’idée de cette médication ; Vassal, Gley firent, sur ce point, les premiers essais expérimentaux. Les premières applications à l’homme sont dues à Murray (1891) et, depuis cette époque, les observations se sont multipliées.
Les préparations destinées à être injectées soit par la voie hypodermique, soit par la voie intra-veineuse (4), sont de simples macérations dans des véhicules très variés (eau salée, chloroformée, alcoolisée, glycérinée, ete), le plus souvent additionnés d’antiseptiques (naphtol, thymol, etc...).
Ces macérations doivent être suffisamment prolon-
1.Dans ce groupe, abstraction faite du mode d’administration, méritent d’être rangées, d'une part, les préparations obtenues en solubilisant l'organe par la digestion artificielle soit au moyen de la pepsine (Baumann), soit avec la pancréatine goue soit par la papaine (Dastre et Floresco); d’autre park la liqueur obtenue par macération dans l’eau additionnée tue chlore drique, neutralisée ensuite par la soude et soumise à la dialyse
(procédé Gilbert et Carnot).
gées (12 à 24 heures) et sont exposées ainsi à être ense-
mencées par des microbes divers. IL est vrai que, le
plus souvent, elles ont été additionnées d’antiseptiques,. mais ceux-ci sont-ils sans inconvénients sur les prin-
cipes actifs? D’autre part, tout autre mode de stérili-
sation est condamnable pour les mêmes raisons ; la
filtration mème par la méthode de d’Arsonval sous pres-
sion d'acide carbonique n’est pas un procédé à recom-
mander, attendu que la bougie de porcelaine retient
en grande partie les substances actives.
La pratique de ces injections a, de plus, montré la fréquence des accidents septiques qui leur était impu-"* tables.
C. — La glande fraîche. — L'’ingestion de la glande fraîche a été préconisée par le D' Owitz (de Copenhague) en 1892. Employée ensuite en Angleterre par Fox, Mackenzie, puis en France par Pierre Marie, Brissaud, Voisin, elc., cette méthode ne tarda pas à révéler ses bons effets.
On pouvait craindre que la digestion n'altéràt les principes actifs : il n’en est rien et les faits l’ont surabondamment démontré. Actuellement, l'accord est unanime pour la considérer comme le procédé de choix, toutes les fois qu’elle est possible.
Deux principales objections peuvent toutefois être faites à cette méthode.
D'abord, cette ingestion de corps tyroïde frais ne Va pas sans causer, chez certains malades, une répugnance invincible. On a beau s'ingénier à masquer sa
saveur en le mélangeant, finement haché, à de la con-
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fiture ou à du bouillon, ou bien encore, en l’enrobant entre deux feuilles de pain azyme, les observations sont nombreuses qui montrent que les médecins ont dû recourir à une des préparations pharmaceutiques que nous étudierons tout à l'heure.
D'autre part, le corps tyroïde frais ne peut ètre donné aux malades dans toutes les localités, soit que les bouchers des petites villes ou des campagnes ne connaissent pas cet organe, soit qu'ils le livrent falsifié ou altéré.
Ajoutons encore que ce procédé ne permet pas une posologie exacte, attendu que le poids des lobes est extrèmement variable et que les doses de un ou deux lobes par jour qui ont été conseillées nous paraissent beaucoup trop élevées; nous aurons l’occasion de revenir sur ce point.
D. — La glande désséchée. — Les deux arguments que nous avons opposés à la méthode précédente ont poussé les thérapeutes à s'adresser aux préparations officinales, préparations que l’on peut diviser en deux groupes suivant qu'elles renferment simplement des principes actifs (?) ou bien la glande entière desséchée.
Des premières nous n’avons rien à ajouter à ce que nous avons dit déjà dans un précédent chapitre: nous avons suffisamment insisté sur l'ignorance où nous sommes des véritables principes actifs, très complexes, et que l’on n'aurait d’ailleurs aucun avantage à séparer. Ces raisons deviennent encore plus saisissantes si l’on compare le corps thyroïde à l’opium, par exemple,
à propos duquel, l'expérience a montré l’intérèt que l'on
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a à administrer cette drogue sous une forme se rapprochant le plus possible de l’état naturel. N’est-il pas surabondamment démontré que chacun de ses alcaloïdes, pourtant bien connus, administré seul ou associé, est loin de produire un effet comparable à celui de l’opium brut ou de son extrait?
Quant aux préparations de glandes desséchées, elles offrent assurément des avantages au point de vue de la conservation et de la facilité avec laquelle on les fait accepter par les malades les plus difficiles, mais de graves critiques s'adressent à la plupart d’entre elles.
En général, elles ont été obtenues à l’étuve ; or l’influence de la température est mal connue et on ignore encore quelle limite exacte il importe de ne pas dépasser pour éviter la destruction des ferments et la coagulation des matières albuminoïdes. On opère bien, il est vrai, à une température relativement basse qui ne dépasse généralement pas 40° mais qui a pour conséquence aussi d'entraîner une dessiccation un peu longue: l'organe pulpé reste exposé longtemps au contact de l'air etil y a toute chance pour qu'il s’y produise des oxydations sans doute préjudiciables à l’activité du produit. Ces préparations ont, en outre, l'inconvénient, par suite de la fusion des graisses, de rancir assez rapidement, ce qui leur donne une odeur très désagréable.
Il est nécessaire d'ajouter aussi que la longueur des manipulations et la température favorable aident au développement des microorganismes. Lanz (de Berne),
Sabrazès (de Bordeaux) ont ensemencé divers milieux
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de culture avec les produits de plusieurs maisons de droguerie pharmaceutique de France et de l'étranger : toutes les cultures ont été positives. Ces agents patho gènes, véritable dangèr par eux-mêmes, décomposent au surplus les matières organiques et donnént naissance à des ptomaïnes dont on sait la nocuité.
Bien plus encore, ces préparations, quelles soient spécialisées sous la forme de poudre, capsules, comprimés ou lablettes chocolatées, sont préparées longtemps à l’avance, vieillissent chez les commissionnaires et droguistes, et il n’est pas extraordinaire que, dans ces conditions, elles puissent entraîner des accidents com-
parables au botulisme.
Pour ces multiples raisons, on voit la préférence qu'il convient d'accorder à la dessication par le vide sulfurique, seul procédé permettant d’opérer à la température ordinaire et à l’abri de l’air, conditions des plus favorables, sinon indispensables, pour conserver au produit son maximum d'activité.
La méthode est classique, inutile alors de la décrire dans ses détails; elle est, de plus, pratique puisqu'il suffit de disposer d’une petite trompe métallique et d’une cloche à vide, outillage peu coûteux et que possèdent aujourd’hui beaucoup d’officines.
Voici maintenant quelques détails sur la façon d’opérer : les glandes thyroïdes sont débarrassées avec beaucoup de soin des débris de muscles et de cartilages qui les accompagnent ; ainsi décortiquées elles sont ensuite
fendues au bistouri, opération qui permetde découvrir
des kystes (1) qui se rencontrent dans 50 0/0 d’entre elles ; on n'utilise, naturellement, que les glandes saines, on les hache finement et on étend, très également et en mince couche, la pulpe obtenue dans des couvercles de boîtes de Pétri.
On porte ceux-ci sous la cloche, au-dessus d’un cristallisoir renfermant de l’acide sulfurique bouilli et on fait le vide à quelques millimètres : on arrête alors et on laisse la dessication se poursuivre d'elle-même ; elle n’exige pas plus de huit à dix heures et a pour résultat de faire subir aux produits une perte de poids de 75 0/0. Finalement on détache très facilement des boîtes de Pétri, des galettes cassantes qui ont conservé la couleur primitive de la pulpe et que l’on met aussitôt en pilules.
La formule définitive que nous avons adoptéeest la suivante :
Corps thyroïde desséché (quantité
correspondante à 20 grammes d’organe frais dépouillé) ; soit environ. 5 grammes.
Sucre en morceaux . AMPLT EURE 6 —
1. Il nous a paru intéressant de faire une étude bactériologique et histologique de ces kystes. Avec notre excellent maître le Dr Macaigne, professeur agrégé à la Faculté, nous avons entrepris une série derecherches. Nous avons suivi La technique habituelle: nos coupes et nos ensemeancements ont donné des résultats absoluments négatifs, Une analyse chimique sommaire du contenu de ces kystes nous a révélé la présence de substances grasses pouvant faire penser à une dégénérescence granulo-graisseuse.
— hd — Gomme adragante pulvérisée . . . 2 grammes.
Charbon végétal pulvérisé . . . . 4 — OS:
SÉRODI SIMS MR Le pour 100 pilules.
(Primitivement nous ajoutions une faible quantité de benzonaphtol, 0,01 par pilule ; nous avons reconnu, par la suite, l’inutilité de cette addition).
Les galettes sont pulvérisées avec le sucre, on tamise avec soin, on incorpore la gomme et le charbon et on fait, avec le sirop, une pâte plutôt molle que l’on divise rapidement en 100 pilules.
Celles-ci sont alors distribuées dans des boîtes de
Pétri et portées à leur tour sous la cloche à vide où elles se dessèchent parfaitement. Elles sont enfin enrobées avec soin au tolu, au benjoin et mastic, au gluten ou à toute autre substance servant aux enrobages et conservées en flacons secs et bien bouchés.
Ces pilules, qui sont rigoureusement dosées et correspondent sensiblement à leur poids de corps thyroïde frais, peuvent se conserver indéfiniment sans altéra-
tion (1); ajoutons que la formule que nous avons don-
1. D’une façon générale, pour ce qui concerne l'essai et la diagnose des diverses préparations thyroïdiennes, nous croyons qu'il suffit de faire l'épreuve sur l’eau oxygénée en présence de la teinture fraîche de résine de gaïac, comme indicateur, ou mieux encore, dinsi que le recommande Lépinois, de mesurer le volume d’oxygène dégagé dans un uréomètre d’Yvon.
Les épreuves que nous avons faites sur nos pilules nous ont montré qu’elles n'avaient rien perdu de leur activité même au
bout de 3 années.
ARE née plus haut peut être utilisée avec n'importe quel produit opothérapique (1) et que c’est la seule qui permette d’administrer ces médicaments sous la forme se
rapprochant le plus de leur état naturel.
1. Pour les malades du service de notre maître le professeur Segond nous avons préparé, par le même procédé, des pilules d’ovaires de brebis qui ont donné aussi de très bons résultats.