INTRODUCTION
L'histoire du myxæœdème remonte à une trentaine d'années seulement : c’est, en effet, en 1873 que Wiz- LIAM GULL, ORD, CHARCOT et Morvan décrivirent, pour la première fois, une maladie caractérisée par un œdème dur de la face avec gonflement et déformation des pieds et des mains, lenteur et maladresse des mouvements, asthénie très marquée et affaiblissement intellectuel manifeste.
Cette maladie, que W. Gui n'avait observée que chez des femmes, lui paraissait se rapprocher du crétinisme et c’est pour cela qu'il l’a décrite sous le nom d'ædème crétinoïde. « On a certinoïd state supervening in adulte life in women. »
Morvan (de Lannilis), dans une lettre adressée à Charcot, donne, à son tour, une description complète de cette affection et la désigne sous le nom de myxædème.
Enfin, le professeur Caarcor fait à la Salpêtrière
une magistrale lecon sur cette nouvelle entité morbide
or et, voulant surtout mettre en évidence les phénomènes d’épaississement de la peau et de déformation des membres inférieurs, rappelant par leur aspect les pieds des pachydermes, propose le nom de cachexie pachydermique.
Les travaux se sont alors multipliés : citons notamment ceux de GoopxarT (Wedical Times, 1880), Riner- SaizcarD (1881), Fournier (1882), Hamirron (Medical Record, 1882), etc. Ces auteurs contribuèrent à fixer la symptomatologie, mais la pathogénie et Le traitement demeuraient en pleine obscurité. Ce n’est qu'en 1883 que REVERDIN communiqua à la Société médicale de Genève des observations d’opérés de goitre qui présentaient des symptômes en tout semblables à ceux observés chez les myxæœdémateux. Dès ce moment, la pathogénie du myxædème était fixée et les auteurs qui publièrent de nouvelles observations (KocHEer, PONCET, Kœnic, Mickuricz) examinèrent l'état de la glande thyroïde et conclurent à l'identité de la cachexie strumiprive de Reverdin et de la cachexie pachydermique de Charcot.
Les belles recherches des physiologistes ne firent, par la suite, que confirmer cette pathogénie. Les expériences de Scairr (1883), d'Horscey (1886), de Grey (1891), montrèrent que le myxœædème était dû à la suppression totale ou presque totale de la fonction thyroïdienne. Ces mêmes physiologistes prouvèrent expérimentalement qu’on prévenait la cachexie strumiprive chez un animal thyroïdectomisé, en lui greffant sous la
peau un fragment de glande thyroïde. Ces faits ne pou-
vaient s'expliquer qu’en attribuant à la glande thyroïde une sécrétion interne capable de détruire des substances toxiques élaborées dans l’économie.
Dès lors, le traitement du myxœdème par le corps thyroïde s'imposait. Ce fut à la greffe qu’on s’adressa tout d'abord, mais les résultats obtenus furent peu encourageants. On tenta alors de substituer à la greffe les sucs thyroïdiens que l’on injecta dans les tissus, puis la glande elle-même administrée en nature ou sous diver-. ses formes pharmaceutiques.
Ces diverses préparations opothérapiques sont loin d’avoir toutes la même valeur. Nous nous sommes appliqué, au cours de ce travail, à mettre en évidence les résultats fournis par chacune d’elles et, à l’aide d’expériences de laboratoire, d'analyses d’urines et d’observations cliniques, à déterminer celles auxquelles il convient d’accorder la préférence.
Nous avons divisé notre travail en quatre parties : la première comporte l’étude de l’urologie et de la toxicité urinaire dans le myxœdème ; la seconde une étude du corps thyroïde au point de vue chimique et physiologique; la troisième, la pharmacologie et le traitement ; dans la quatrième, enfin, nous avons groupé nos obser-
vations.