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CHAPITRE PREMIER

GÉNÉRALITÉS SUR L'ANTITOXINE

C'est à Richet et Héricourt que revient l'honneur d'avoir signalé les premiers le pouvoir préventif du sang des animaux rendus réfractaires contre une septicémie spéciale qu'ils ont étudiée.

En décembre 1890, Behring et Kitasato (1) firent paraître un premier mémoire dans lequel ils exposèrent le résultat de leurs recherches au sujet de la guérison du tétanos animal par les injections de sérum d'animaux immunisés. Ils purent conférer l'immunité au lapin en lui inoculant des cultures en bouillon de bacilles de Nicolaïer suivies d'injections de trichlorure d'iode. Ils tirèrent de leurs expériences les conclusions suivantes :

1° Le sang d'un lapin rendu réfractaire au tétanos est capable de détruire les toxines du tétanos :

2° Cette propriété peut se démontrer par. le sang

(:) Beurine et Kirasaro. Deutsche medicinische Wochensch., 1890,

RTE:

extrait des vaisseaux et pour le sérum débarrassé de toute cellule qui en provient;

3° Cette propriété est si durable qu’elle persiste même après la transfusion dans l'organisme d’autres animaux ; elle permet ainsi un traitement de l'affection :

A Cette propriété manque dans le sang d'animaux non réfractaires et le poison tétanique peut se retrouver après leur mort dans le sang et les autres humeurs.

Quelques jours après, dans le numéro suivant du même journal, Behrmg publie un travail analogue sur la diphtérie el, croyant ne s'être pas suffisamment expliqué dans son travail avec Kitasato, il conclut entre autres choses : & Les souris ne sont pas seulement rendues réfractaires elles-mêmes par la transfusion du sang de lapins réfractaires, non seulement elles n'éprouvent pas d'accidents tétaniques si, aussitôt après l'infection, elles reçoivent dans le péritoine du sang de lapin réfractaire, mais elles peuvent même être guéries par la transfusion quand les accidents sont déjà très accentués... Quant à la possibilité d’une guérison dans les cas suraigus, ilne peut en être question. »

Tizzoni et Catani (1), en 1891, vaceinent les animaux en leur injectant de petites doses successives de cultures vivantes. Ils arrivent ainsi à conférer l'immunité en agis- sant avec prudence.

Ces auteurs confirment entièrement les conclusions de Behring et Kitasato. \

(1) Tizzont et Carranr. Archives ital, de biol,, mars 1891.

Vaillard (1), la même année, utilise les propriétés vaccinantes des cultures filtrées, c’est-à-dire la toxine : puis il la rend inoffensive en la chauffant à 60°, 55° et 50°. On injecte des quantités massives de toxine chauffée, puis ensuite des doses graduellement progressives de toxine active. Ses conclusions s'accordent également avec celles de Behring et Kitasato, sauf en ce qui concerne la durée de l'immunité qui, d’après lui, diminue peu à peu pour disparaître à partir du 15° jour. |

En août 1891, Kitasato fait une communication au Congrès d'Hygiène de Londres où il maintient ses conclusions.

En 1892, Roux et Vaillard mélangent de l'iode à la toxine, imitant ainsi la méthode de Behring et Kitasato “ le mélange d'iode à la toxine fait perdre à celle-ci une grande partie de ses propriétés nuisibles sans être caustique.

La même année, Brieger, Wassermann et Kitasato imaginèrent un procédé qui consiste à faire soit des cultures tétaniques dans de l'extrait de thymus (ces cultures sont asporogènes et très peu toxiques), soit à mélanger . l'extrait de thymus à la culture filtrée du tétanos, faite dans le bouillon ordinaire et très toxique ; l'extrait de thymus détruit peu à peu la toxicité de la culture. En se servant de ces mélanges après deux jours, à des doses progressivement croissantes, on peut vacciner sans danger les animaux les plus sensibles au tétanos.

Enfin, Vaillard propose d’injecter de fortes doses de

@) Varzarp. Société de biol., 1891, p. 147 et 462.

Aou

toxine à une poule (animal réfractaire au tétanos). Au bout de deux semaines le sérum fourni par la poule manifeste un énergique pouvoir antitoxique.

Quoi qu'il en soit, des différents procédés qui ont été proposés pour immuniser les animaux, nous ne décrirons pour la fabrication du sérum antitétanique que les procé-

dés couramment employés aujourd'hui.

Préparation de l'antiloxine de Tizzoni.

Tizzoni et Cattani remarquèrent que le sérum sanguin conservé à l'abri de la lumière et à basse température possède encore un pouvoir anttoxique au bout de 3 mois, mais 1l se forme un précipité. Après un certain nombre d'expériences, 1ls remarquèrent que seul le précipité était acüf. Ils en isolèrent une substance sèche qui garde son pouvoir spécial pendant huit ou dix mois suivant l'espèce animale sur laquelle on a opéré. Ils émirent l'opinion que cette substance se rapprochait des albuminoïdes, car, quoiqu'encore un peu active à 65°, elle perdait toute activité à 68°, température à laquelle coagulent les albuminoïdes. Telle fut la première technique qu'ils employèrent pour isoler l’antitoxine.

Puis, dans d’autres expériences, Tizzoni précipite par l'alcool absolu le sérum d'animaux vaccinés (il expérimentait sur des chiens) dans la proportion d'un volume de sérum pour dix volumes d'alcool absolu. Au bout de 48 heures on sépare le précipité et on le sèche dans le vide. C’est cet extrait sec dont l'alcool n’a pas atténué les

+ 99 propriétés qui correspond à l’antitoxine de Tizzoni et Cattani. Il peut être repris par l’eau sans perdre son activité.

Ces auteurs retirent de un demi-centimètre cube de

sérum : 0#,0312 à 0#,0/400 d'antitoxine.

Préparation du sérum anlilélanique de | Vaillard, Roux el Nocard.

Actuellement, le sérum antitétanique est fabriqué en France de la façon suivante :

Un cheval jeune et sain est vacciné très prudemment avec 1/8, puis 1/4 de centimètre cube de toxine mélangée à quelques gouttes de la solution de Lugol: puis peu à peu on augmente les doses. L'animal supporte très bien ces inoculations, si l’on a soin de ne pratiquer les injections qu'à intervalle de 4 à 5 jours. Au bout de trois semaines environ, on peut commencer à injecter de la toxine pure, puis on augmente graduellement les doses, mais on ne pratique plus les injections que tous les neuf jours. On arrive au bout d'un certain temps à pouvoir injecter à l'animal jusqu'à 500 centimètres cubes d’une toxine très active sans aucun inconvénient. Enfin, après plusieurs mois, le sérum du cheval possède des propriétés antitétaniques suffisantes, ce dont on s'assure expérimentalement. Mais il faut remarquer que le pouvoir immunisant du sérum viendrait à diminuer progressivement si l’on ne continuait pas à inoculer le cheval, tout en pouvant ne faire les inoculations qu'à un mois et plus d'intervalle. En tout cas, la saignée ne sera jamais pratiquée

dans les quinze jours qui suivent la dernière inoculation.

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