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CHAPITRE TIT

TRAITEMENT OPOTHÉRAPIQUE

L'idée d’injecter chez les tétaniques une émulsion de substance cérébrale découle des expériences de Wasser- mannet Takaki (EL)

L'expérience fondamentale consiste à injecter à une souris un mélange intime composé d'émulsion de substance cérébrale (ou médullaire) et d’une dose mortelle de toxine tétanique : la souris ainsi injectée ne meurt pas: alors que meurt la souris témoin qui a recu la même dose de toxine seule.

On pile un cerveau de cobaye normal et on y ajoute 10 centimètres cubes d’eau salée ;: un centimètre cube de cette émulsion mélangé avec de la toxine tétanique neutralise in vitro jusqu'à dix doses mortelles et atténue soixante doses mortelles pour une souris.

La substance nerveuse à rendu la toxine inoffensive. La moelle est moins active que le cerveau. De plus, Wassermann et Takaki prétendaient que la substance nerveuse

avait un pouvoir préventif et curatif et ils apportaient

(1) WassermMann et TarAkr. Berliner Klinische Wochensch., 1898, n° 5.

à l'appui de leurs dires le résultat d'expériences faites sur les animaux. Ils pensaient que la cellule cérébrale contenait une antitoxine capable de se combiner avec la toxine.

L'expérience fondamentale est exacte, mais les conséquences qu'ils en ont tirées sont fausses. Si donc les cellules cérébrales renfermaient une antitoxine ‘capable de neutraliser la toxine tétanique, l’injection intracérébrale de toxine ne devrait pas créer le tétanos. Il faut pour que la toxine devienne inactive qu'il y ait contact intime (comme dans le broyage) de celle-c1 avec la substance cérébrale : c’est une condition indispensable à la réussite du phénomène. D'autre part, A. Marie a montré que l'animal auquel on injecte simultanément, mais sur deux points différents du corps, l'émulsion et la toxine prend le tétanos d’une façon aussi rapide et aussi intense que le témoin (1).

| Metchnikoff (2) a démontré qu'il n'y avait pas neutralisation de la toxine par la prétendue antitoxine contenue dans les cellules cérébrales, mais que la substance nerveuse, et avec elle la toxine qui y est fixée, était aussitôt après l'injection rapidement envahie par les phagocytes et incorporée par eux. D'ailleurs, d'autres expériences (3) ont permis de séparer mécaniquement la matière cérébrale

de la toxine. I n'y avait donc pas eu destruction de la

() A, Marie. Annales de l'Inst. Pasteur, 1898, p. 98.

(2) Mercanxorr. Annales de l’Inst. Pasteur, 1898, p. 263.

(3) V. Kworr. Munschne medicinische Wochenschrift, 1898; n° 19, p. 187.

ER TEE S

foxine par une antitoxine, car la toxine ainsi séparée restait aussi virulente qu'elle l'était, avant d’avoir été mé- Jlangée à la substance nerveuse.

Mais nous n'aurions pas parlé de toutes ces expériences qui sortent du cadre de notre sujet, si l'expérience de Wassermann el Takaki n'avait donné naissance à un mode de traitement, qui consiste à pratiquer des injections de matière cérébrale diluée dans un certain volume d’eau disullée.

Krokiewicz a été le plus fervent adepte de cette mé- © thode: ce fut lui qui en fit avec succès la première application à l'homme en 1898. Ce nouveau mode de traitement fut employé par Kadyi, Polen, Schrann, Mori et Salvolini, Zupnik, Schuster. Sur les 10 cas que nous avons pu réunir, nous avons trouvé 8 guérisons ef 2 morts, soit une mortalité de 20 pour 100.

Parmi les cas de tétanos traités par ce procédé, la plupart ont trait à des tétanos peu intenses. Nous n'avons pas trouvé d'observation française ; il y a donc lieu de penser que les injections d’émulsion de substance cérébrale n’ont jamais été employées dans notre pays.

Après ce que nous ont démontré les expériences si concluantes de Metchnikoff et de Marie nous croyons inutile d’insister sur la valeur de cette méthode qui n'a même pas le mérite d'être inoffensive, puisque, dans un certain nombre d'observations, on signale la formation d’abeès dans les régions où ont été pratiquées les injec-

tions.

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