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CHAPITRE III

LA VOIE INTRACÉRÉBRALE

Le traitement du tétanos par les injections intracérébrales de sérum antitétanique prit naissance à la suite d'un travail de Roux et Borrel paru en avril 1898 dans les Annales de l’Institut Pasteur, travail qui fut résumé dans une communication de Borrel faite à la même époque au Congrès international d'hygiène et de démographie de Madrid.

La toxine télanique, ‘qui a une Si grande affinité pour

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RNA En RÉ RPSITR RTS:

les cellules nerveuses, peut arriver à l’axe nerveux, soit

en suivant le trajet des nerfs comme l'a démontré M. Marie, soit par le sang. Quelle que soit la voie suivie,

le poison tétanique se fée sur les cellules nerveuses qu 1l C]

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envahit peu à peu et enfin gagne les centres vitaux bulbaires. L'’antitoxine injectée sous la peau ne pourra détruire que la toxine qui se trouvera dans le sang, mais elle n'aura aucune action sur le poison qui a déjà gagné les éléments nerveux. Roux et Borrel l'ont parfaitement démontré par l'expérience suivante. Si chez des lapins immunisés, on injecte la toxine directement dans le cerveau, ils meurent et cependant leur sang est antitoxique ;

tandis que le lapin témoin, qui a reçu la toxine tétanique

ho ee sous la peau, reste bien- portant. Le sang des lapins morts est tellement anttoxique que si, lorsqu'on fait Ja piqûre, une pelite hémorragie se produit, le tétanos ne se déclare

pas. A Ne rs 3

On voitdonc, comme Île disent si bien Roux et Borrel, que tous les or ganes sont protégés par l’antitoxine, excepté ‘la cellule nerveuse. S'il en est ainsi, ce n’est pas dans le

| sang des tétaniques qu'il faut accumuler l'antitoxine, il faut la mettre là même où se trouve la toxine.

Nous rappellerons rapidement leurs expériences, car

sx elles ont élé le point de départ d'une méthode sur laquelle nous voulons insister d'une façon toute particulière.

‘A vingt cobayes, on injecte une dose de toxine tétanique mortelle en 70 heures environ. À la 24° heure, ils sont tous tétaniques. On en conserve cinq comme témoins et les quinze autres sont divisés'en trois lots. Aux cinq du premier lot, on injecte à la 24° heure, à l’un : un centimètre cube de sérum : aux quatre autres : quatre gouttes du même sérum en pleine substance cérébrale. On agil de même avec les cobayes du deuxième et du troisième lot

qui sont traités à la 28° et à la 32° heure.

Les résultats sont les suivants :

Les cinq cobayes témoins meurent de la 67° à la 4° heure. à Les trois cobayes au sérum sous la peau meurent/de ‘la 64° à là 72° "heure.

Les douze cobayes au sérum dans le cerveau ont leur tétanos arrêté. ARS Des contractures persistent dans les pattes postérieures

pendant un mois.

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es Les expérimentateurs concluent en disant que quelce ques gouttes de sérum antitétanique dans le cerveau guéei rissent mieux le tétanos que de grandes quantités intro- | duites dans le sang ou sous la peau. CIl ne suffit pas de donner de l’antitoxine, il faut la mettre au bon endroit. » ‘© C’est à la suite de ces expériences sur les animaux tout à fait concluantes que l'on a tenté d'appliquer à l’homme ce qui avait si bien réussi aux cobayes. Roux et Borrel avaient d'ailleurs dit dans leur travail que chez les animaux la dilacération causée par l'aiguille, de même que la compression produite par le sérum injecté, n'étaient causes d'aucun accident et que chez ces animaux,

«rien n’est plus facile et moins dangereux que d’injecter

dans le cerveau un liquide pur, tel que le sérum antité-

tanique (1) »..

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Nous devons dire qu'ultérieurement en 1898, Fon-

seca (2) répéta sur le lapin les expériences de Roux et

be < - y à ( Borrel, 1l obtint des résultats opposés à ceux que ces sa-

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vants avaient obtenus sur le cobaye.

. D'autre part, Nocard a guéri par cette méthode un

chien atteint accidentellement de tétanos : le cas était très

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UE | grave, il fit l’amputation du membre blessé et une injec-

‘tion intracérébrale d'antitoxine ; au grand étonnement de :

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Nocard, le chien guérit. Chez les Chevaux il n’obtint au mé contraire que des résultats le plus souvent négatifs.

nl Mais avant de passer à l'étude de cette méthode appli-

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quée à l’homme, il est juste de dire que Roux et Borrel

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@) Roux et Borrer. Loco citato, p, 235.

(2) Foxseca. Société de biol., 1898, p. 779.

dans leur travail firent bien remarquer que l'on devait faire encore de nombreuses expériences sur d’autres espèces animales et que ce ne serait qu'après avoir mulüplié les expériences que l’on pourrait peut-être enfin appliquer leur méthode à l'homme.

On ne tarda cependant pas à passer de l'expérimentaton à la pratique. La communication de Borrel au Congrès de Madrid est du 12 avril 1898, le travail de Roux et Borrel parut dans le numéro d'avril 1 898 des Annales de l'Institut Pasteur et le 26 avril 1898, à trois heures de l’après-midi, on faisait la première injection intracérébrale de sérum antitétanique chez l'homme. Nous ne nous attarderons pas sur ce cas fameux du malade dé M. Chauffard, trépané par M. Quénu.et imjecté par Roux, cette observation est universellement connue (1), nous n'en signalerons que le procédé opératoire, car c'est celui qui a été presque toujours employé depuis. |

«@ La tête est entièrement rasée, aseptisée, et munie d’un pansement. |

« Le malade étant endormi sous le chloroforme, l’injection est successivement faite à droite, puis à gauche. D'un côié, on pratique une petite incision du cuir chevelu, courbe, à concavité antéro-nférieure, longue de quatre centimètres et allant d'emblée Jusqu'à l'os. Le centre de cette incision est situé sur le trajet d’une verticale passant par le bord antérieur de l’apophyse orbitaire externe, à huit centimètres de celle-ci. Le petit lambeau

curviligne qui résulte de cette incision est rapidement

(1) Quénu et Cuaurrarp. Presse médicale, 1898, n° 51.

Eee disséqué et détaché de l'os avec la rugine ; deux pinces de Kocher le tiennent relevé en arrière et en haut. On trépane alors avec une petite fraise, qui donne une ouverture de huit millimètres de diamètre. La dure-mère mise à nu suivant un diamètre, on enfonce l'aiguille à une profondeur de cinq à six centimètres et on pousse lentement l'injection. On injecte environ un centimètre cube et demi à deux centimètres cubes de sérum concentré à moitié (sérum sec desséché, redissous dans 5 centimètres cubes au lieu de 10). L'injection doit être poussée goutte à goutte et durer environ six minutes. Trois points de suture ferment la plaie cutanée. L'opération est répétée de l’autre côté, incision de trois centimètres au même point, trépanation, injection, suture de la plaie cutanée. Le sérum est ainsi injecté en avant des centres psychomoteurs, au niveau du pied de la deuxième frontale : il pénètre probablement dans les ventricules. »

Tel fut le procédé employé par M. Quénu : ajoutons que l’on avait fait les Jours précédents et que l'on continua les jours suivants les injections sous-cutanées de sérum antitétanique. Dix-sept jours après l'injection, on pouvait considérer le malade comme guéri de son tétanos.

Puis de nouveaux cas sont bientôt traités de cette facon. Bacaloglu (1) publie le second mais, moins heureux, le malade meurt. M. Garnier (2) publie le troisième, le malade guérit. Le quatrième cas est celui de M. Robert (3),

(1) C. Bacrrocru. Gazelte des hôp., 1898, 21 juin. (2) Garnier. Presse médicale, 1898, n° 70, 24 août. (3) Roserr. Presse médicale, 1898, n° 72

il se termine aussi par la mort. Puis viennent les cas de M. Ombredanne(1)avec guérison; celui de MM. Heckel et Reynès (2) avec mort: celui de M. Delmas (3) avec mort. Puis les observations se succèdent de plus en plus nombreuses, si bien qu'à la fin de 1898, à la Société de chirurgie, on put réunir 16 cas de tétanos traités par la méthode de Roux et Borrel: on comptait 13 morts et 3 guérisOns. | | :

Pendant l'année 1899, on employa de plus en plus la voie intracérébrale; les heureux résultats publiés, les mauvais cas trop souvent cachés ne permirent pas à la :. majorité des médecins de se faire une juste opinion sur la valeur de la méthode. En France, en Angleterre, en Allemagne, on fit beaucoup de ces injections, 1l n’y eut guère qu'en Italie où, fidèle au traitement de Baccelhi, on en fit peu. Cependant, quelques chirurgiens impartiaux signalèrent les cas malheureux, c'est ainsi qu'à la Société de Chirurgie (4) M. Quénu cite cinq cas d'injections intra- cérébrales : tous les malades sont morts. MM. Chaput et Peyrot relatent aussi chacun un cas de mort par cette méthode.

‘L'année 1900 vit s'éteindre le bel enthousiasme qu'on avait montré pour ce nouveau procédé.

Le bruit des insuccès tenus cachés finit par se répandre et l’on se servit de moins en moins de cette nouvelle

voie d'introduction de l’antitoxine.

(1) OuBreDanxeE. Presse médicale, 1898, n° 73.

(2) Hecxec et Reynks. Presse médicale, 1898, n° 74.

(3) Dervas. Presse médicale, 1898, n° 33.

(4) Quénu, Cuarur, Pevror. Société de chir., 8 mars 1899.

Les résultats obtenus par ce procédé étaient en effet moins bons que ceux que l’on obtenait avec les anciens traitements. Dans l'excellent travail de MM. Lœper et Oppenheim (1) paru en avril 1900, on trouve une mortalité globale de 73 pour 100 par ce procédé.

Actuellement, cette méthode de traitement est de plus en plus abandonnée et les cas d’injections intracérébrales se font heureusement de plus en plus rares.

= La clinique démontra une fois de plus que si l'expéri- : mentation pouvait dans certains cas être d’une utilité incontestable, elle pouvait également induire en erreur, lorsqu'on voulait trop vite appliquer à l’homme ce qui avait si bien réussi aux cobayes.

Mais pourquoi l'injection intracérébrale a-t-elle causé des désastres ?

I suffit dans la plupart des cas malheureux de lire les résultats de l'autopsie. … :

Ne prenons que les premières observations. Nous trouvons par exemple dans le cas de Bacaloglu qu'il y avait une zone de ramollissement cortical visible en écartant le sillon qui sépare la troisième de la deuxième circonvoiu-

lion frontale (lieu très voisin de l'injection) : au niveau du

-pied postérieur de la capsule interne gauche, près du ge-

nou, on trouve un pelit foyer rouge d'hémorragie cérébrale récente de la grosseur d'un petit pois. Dans l’observalion de Heckel et Reynès, on signale à

l'autopsie un petit foyer hémorragique de la grosseur

(1) Lœver el Orrexnemm. Archives générales de méd., avril 1900.

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ER EPA d'un grain de blé en avant du prolongement frontal du ventricule latéral.

Le malade de Delmas présentait sur le trajet de la pi-

& Sang.

qüre une petite c cavité de la grosseur d’un pois remplie de

. Chez celui de Richelot, on trouva à droite un petit caillot sanguin gros comme un pois.

Dans le cas de Hue, on trouva de chaque côté dans l'épaisseur de la substance blanche une cavité de la capacité d’une noisette à parois lisses avec piqueté hémorragique: à gauche 1l Y avait un caillot sanguin du volume d'un pois.

Le malade de Robert avait db Robes cérébrale un foyer hémorragique de la grosseur d’une noisette.

Celui de Mongour et Rothamel présentait dans le centre ovale de l’hémisphère droit un foyer mesurant environ un centimètre de diamètre et dans l'hémisphère gauche une cavité du volume d’une pièce de cinq francs, remplie d’un caillot noirâtre et située dans un point où vraisemblablement l'injection a porté.

Dans l'observation que nous reproduisons plus loin on trouva à l’autopsie un petit foyer hémorragique de la grosseur d'une noisette en plein centre ovale d’un des hémisphères et dans un point où vraisemblablement l'injection avait porté. (Obs. X).

Et cependant ces différentes lésions, se trouvant dans un organe aussi délicat et aussi important que le cerveau, n'ont pas empêché les partisans de la méthode de dire qu'elles n'étaient pas d'une bien grande importance. On

ne peut, ainsi que le voudrait M. Lereboullet, considérer

comme telles «les petits épanchements sanguins, sous-

pie-mériens ou intra-cérébraux, les piquetés hémorragi-

. \ . ENTO . & or ques suivan{ le trajet de l'aiguille, la congestion cérébrale

prédominante au niveau de l'injection, Fœdème pie-mérien, & # vw

le foyer de ramollissement cortical au niveau de la pitüre, le foyer sanguin intracérébral qui n'a Jamais dépassé le

volume d'une noisette (1) ».

Et M. Lereboullet conclut, de l'ensemble des autopsies,

à l'innocuité absolue de l'injection intracérébrale chez

l'homme.

Mais il ÿ eut des cas où l'injection détermina des accidents que l’on ne peut plus considérer comme de peu d'importance : témoin ce cas de Gibb où le malade guérit, puis deux mois après le malade mourait et à l’autopsie on trouvait des abcès au centre de chaque lobe frontal.

Nous avons d’ailleurs relaté plus loin cette observation . (Obs. IX). Ce cas, comme nous le faisons remarquer dans notre tableau IF, a été souvent signalé parmi les cas de guérison. |

D'autre part, même chez les malades guéris, on trouve relatés dans beaucoup d'observations dés troubles cérébraux à la suite de l'injection ; certains auteurs ne donnent d'eux aucune explication les mettant sans doute sur le compte de l'affection, d'autres accusent l'alcoolisme ou l'hystérie. | :

Quoi qu'ilen soit, on remarque très souvent, à la suite

de l'injection, comme dans le cas de Chauffard et Quénu : /

Q@) Lerrsourrer, Gazette hebdom. de méd. et de chir., 12 février

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