È CHAPITRE V
VOIE INTRAVEINEUSE
Parmi les sept observations que citent Roux et Vaillard dans leur travail de 1893, il en est une où l’on trouve signalé l'emploi d'injections intraveineuses de sérum anttétanique. Il s'agissait d’un enfant traité par le D° Morax qui, à la suite d'une plaie de la main, présenta cinq jours après l'accident les premiers symptômes du tétanos : mais, comme les accidents étaient tellement intenses, le D' Morax Jugea à propos, pour faire pénétrer plus rapidement l’antitoxine dans l'économie, de pratiquer dès le premier jour une injection intraveineuse de dix centimètres cubes de sérum antitétanique ; on donna en outre du chloral. Le lendemain, on fit par la voie sous-cutanée une nouvelle injection de dix centimètres cubes.
L'enfant mourut 36 heures après le début du tétanos.
Le pouvoir antitoxique du sérum était d’un million. Le cas était très grave, l’incubation avait été courte (o jours) ; d'autre part. la dose et le pouvoir antitoxique du sérum avaient été insuffisants, c'était donc un cas mauvais à tous points de vue.
Cette tentative passa inaperçue et ce n'est qu'en 1896 que cette méthode fut reprise par Bienwald, puis bientôt
par un certain nombre de médecins. Elle n’est pas encore . couramment employée, nons n'avons pu en réunir que trente et un cas. Rd Cette nouvelle voie a comme premier avantage d'être de la plus grande simplicité. - M. Lejars (1) a très clairement exposé la technique des injections intraveineuses de sérum artificiel, qui ne diffère en rien de celle employée pour l’antitoxine tétanique; la seule différence consiste dans la nature du liquide à injecter. Nous rappellerons rapidement les règles données à ce sujet par M. Lejars.
Les mains de l'opérateur, ainsi que la région sur laquelle on va opérer, sont soigneusement aseptisées. pe Si les veines sont gonflées et très saillantes, on peut se passer de faire une incision, on procède par ponclion. Le doigt étant appuyé au-dessus du point choisi sur le cordon veineux et servant à le fixer, l'aiguille est introduite obliquement de bas en haut, jusque dans la veine: on a eu soin préalablement de bien purger l'appareil d'air. Quand l'injection est terminée, l'aiguille est retirée, et la région soumise à une compression modérée. ÿ Le plus souvent, les veines sont peu apparentes, et il faut Les découvrir au bistouri : une compression cireulaire, exercée au-dessus du coude, aide à les retrouver. C'est la médiane céphalique que l'on choisit de préfé-
rence, mais la médiane basilique est d'ordinaire plus
(1) Lrsars. Le lavage du sang. OEuvre médico-chirurgicale, n° 3. Masson éditeur.
Dune de grosse, quelquefois seule visible, et il n’y a aucun inconvénient à s'adresser à elle, puisque l’on procède régulièrement, à ciel ouvert, et non à l’aveugle, comme dans certaines saignées. |
Si la veine est bien apparente, lincision lui sera parallèle : dans le cas contraire, 1l est mieux de faire une ineision verticale, à un doigt en dedans ou en dehors du tendon du biceps : on croise, de la sorte, le segment veineux, qu'on est certain de découvrir. C’est surtout chez les femmes grasses que ce premier temps offre parfois quelques difficultés : en procédant ainsi, on trouvera toujours la veine, |
Il est inutile, et peut-être nuisible, de découvrir un segment veineux de plus de 1 centimètre à 1 centimètre et demi. On passe sous la veine un fil double, et on lie le bout inférieur : le second fil reste sous le bout supérieur, libre ou retenu par une simple boucle d'attente.
Avec la pointe du bistouri ou des ciseaux, on ouvre le vaisseau en long, sur 4 à 6 millimètres, et l'opérateur, tenant avec une pince l’une des lèvres de l'ouverture, introduit la canule. En général, on n'aura pas besoin de lier la veine sur la canule : si celle-ci est suffisamment enfoncée (de 1 1/2 à 2 centimètres) et si l'incision veineuse est assez petite, elle l’obturera elle-même, et la manœuvre en sera simplifiée. |
Devra-t-on injecter le sérum antitétanique pur? Nous ne le croyons pas. Nous pensons qu'il sera préférable de diluer la quantité de sérum antitétanique dans une assez grande quantité, 500 centimètres cubes par exemple, de
sérum artificiel. Le liquide tend ainsi à se rapprocher
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comme composition et comme densité du sérum sanguin, ce qui nous semble à tous points de vue préférable.
Quels sont les avantages de cette nouvelle voie POUE quée à la sérothéraphie du tétanos ?
Il est évident que l’antitoxine ainsi injectée est naturellement répandue très rapidement dans l'organisme, le prémier travail d'absorption étant supprimé. Le poison tétanique qui circule dans le sang est bien vite neutralisé et les organes ne tardent pas à être, y compris le système nerveux central, imprégnés de cette toxine: or, on sait qu'en présence d’un cas de tétanos, on doit lutter de vitesse avec l’intoxication, 1l est donc évident que l'injection
intraveineuse sera un moyen rapide et sûr de faire péné-
trer l’antitoxine dans l'organisme. I n'y a d'ailleurs au-
cun inconvénient inhérent à la méthode lorsque l'on a opéré asepliquement.
Cette méthode est encore peu employée en France, elle l’est d'avantage à l'étranger. Les résultats obtenus sont
cependant encourageants. C'est ainsi que les 31 cas que
nous avons pu recueillir se décomposent de la façon sui-
vante :
Lee è PE nc ‘ { 11 morts Cas où l'incubation a été inférieure à 10 jours: 19 cas \ FE - { 8 guérisons, soit 57,8 p. 100 de mortalité.
RTE : Dre + à : 1 mort Cas où l’incubation a été supérieure à 10 jours: 8 cas me { 7 guérisons, soit 12,5 p. 100 de mortalité.
: ; : k à 1 mo Cas où la durée de l’incubation est inconnue : h cas | g Le 4 | 3 guérisons, soit 25 p. 100 de mortalité.
AE 13 morts Statistique globale : 37 cas :
soit 41,9 p. 100 de mortalité.
18 guérisons,
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‘Cette méthode, d’une technique très simple, d'une grande rapidité d'action, d’une innocuité certaine, donne. donc debons résultats. La proportion de mortalité est in- .férieuré de 24 pour 100 à celle de la sérothérapie intracérébrale, mais un peu supérieure à celle de la voie sous- ‘cutanée. Cette légère augmentation (6,6 pour 100) de mortalité n’est pas due à la méthode elle-même, elle vient de ce que, jusqu’à présent, on a employé la voie intraveineuse surtout dans les cas très graves, où l'intoxication déjà très prononcée commandait d'intervenir très rapidement et par conséquent d'introduire le plus vite possible dans l’organisme le sérum antitétanique ; il n'est donc pas surprenant que la mortalité soit ici un peu supérieure à celle des cas traités par la voie sous-cutanée, qui est employée aussi bien dans les cas aigus que dans de nombreux cas subaigus et chroniques. *
Nous croyons que la méthode des injections intraveineuses sera employée avec avantage concurremment avec les injections sous-cutanées dans tous les cas de tétanos ; elle est tout particulièrement indiquée dans les cas aigus où 1l faut agir vite. Cette méthode pourra dans ces
derniers cas rendre les plus grands services.
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